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La manif qui a tout fait basculer

le 16/06/03

par Ludovic Vigogne

Source : Le Parisien

DEPUIS DIMANCHE, les jeunes organisateurs de la grande manifestation pari-sienne de soutien à la réforme des retraites sont sur... un nuage. Avec leurs maigres moyens, mais un ha-bile usage des portables et d'Internat, ils ont, en effet, réussi à faire défiler 40 000 personnes (18 000 selon la police, 150 000 selon eux) entre la place du Châtelet et celle de la Concorde aux cris de « Raffarin, tiens bon ». Une façon de rendre sa fierté à un peuple de droite peu habitué à occuper la rue, heureux de dire ses quatre vérités aux fonctionnaires, aux syndicalistes et à tous les opposants au « projet Filon », et surtout satisfait qu'on le laisse enfin s'exprimer: « oui» au service minimum, à la réhabilitation du travail ; « non » aux privilèges du service public...

Pendant des semaines, les dirigeants de l'UMP, qui ne les ont pas aidés, ont écarté toute initiative de ce type, au motif qu'il ne fallait pas « di-viser le pays ». Et, le jour venu, Raffarin a dissuadé ses amis d'y participer : « Il ne faut pas agiter le chiffon rouge. » Or, ça a été un succès. Et cela faisait très longtemps que l'on avait pas vu, de ce côté-là de l'échiquier, une telle mobilisation.

Les cinq associations quasi inconnues à l'origine de cette manif dominicale (Liberté, j'écris ton nom ; le Collectif pour la réforme des retraites ; la France qui bosse ; Sauve-garde retraites ; Ensemble-responsables) refusent d'être classées à droite. « Nous avons une ligne claire, explique Stéphane Roudaut, secrétaire général de Liberté, j'écris ton nom : la défense d'une société ou-verte, libre, démocratique. En un mot, libérale. Et ce n'est pas parce que nous nous disons libéraux, que nous sommes proches d'Alain Madelin... » « Nous sommes pour le réformisme, c'est devenu une urgence pour la France, renchérit Jean Martinez, étudiant à Sciences Po et militant du Collectif pour la réforme des retraites. En manifestant, nous avons voulu dire qu'il y avait une France réelle, et montrer que les gens pour la réforme et contre le blocage ne doivent pas être ringardisés... »

Ceux qui étaient dans la me di-manche étaient très majoritairement de droite », admet Martin Tronquit, étudiant à HEC et adhérent du Collectif pour la réforme des retraites. « Avec la gauche la plus archaïque d'Europe, on se retrouve plutôt à droite », admet Stéphane Roudaut.

C'est l'actuel gouvernement qui peut incarner un certain réformisme », ajoute même Martinez.

Ces différentes associations se vivent comme un vrai groupe de pression et promettent de refaire parler d'elles dès qu'il le faudra. Dès l'automne, pourquoi pas ? Lors de la discussion de la réforme de l'assurance maladie. Car, la droite, à l'écouter, n'a plus peur. Ni d'elle-même, ni de la... rue.