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Altermondialisme
le 18/10/05
« Un autre monde est possible »... L’altermondialisme est un mouvement global de contestation de l’ordre social, économique et culturel établi qui vient contrecarrer les espoirs d’apaisement des sociétés occidentales que laissaient pourtant entrevoir, après 1989, la chute du communisme, l’acceptation des principes de l’économie de marché et la domination des idées libérales. L’altermondialisme naît en 1994, avec le mouvement zapatiste du Chiapas. Il se prolonge, à la faveur des sommets du G7 et de l’OMC, jusqu’en 2001 où il culmine avec les manifestations de Gênes qui rassemblent plus de 200 000 activistes. Depuis cette date, le mouvement s’adapte et affine son action à travers les forums sociaux mondiaux de Porto Alegre, de Saint-Denis et de Bombay et met désormais l’accent sur la lutte contre l’ « impérialisme » des Etats-Unis.
Bien que les « alter » occupent de plus en plus la scène médiatique, il n’est pas facile de cerner leurs aspirations et leurs méthodes. A travers quelques propositions, vraies ou fausses, Liberté Chérie vous aide à lutter contre les idées reçues.
FAUX!
- L’altermondialisme reste un courant marginal dans la société française
La France fait, une fois encore, figure d’exception par l’impact des idées altermondialistes dans notre société. En quelques années, le courant alter s’est imposé sur la scène politique française et internationale.
Les altermondialistes représentent une force, par leur nombre, la diversité de leurs origines, la variété de leurs associations et surtout la popularité grandissante de leurs revendications. 63% des Français déclaraient, en juillet 2001, soutenir la démarche des alter. L’altermondialisme, c’est 200 000 personnes sur le plateau du Larzac pendant l’été 2003.
Les alter sont déjà parvenus à diffuser dans l’électorat de gauche et d’extrême gauche (voire auprès des personnalités de droite, perpétuellement tentées par le suivisme) leur grille de lecture. De nombreux thèmes ont été popularisés par les altermondialistes, dont certains ne sont pas négatifs en soi ; citons simplement le commerce équitable, le développement durable, l’économie solidaire, mais aussi, malheureusement, la hantise des OGM, le sentiment de la « malbouffe », l’antiaméricanisme primaire…
Naguère condescendants, les partis, de droite comme de gauche, se réclament des idées alter. Les politiques, aujourd’hui, se déterminent de plus en plus par rapport au nouveau référent que constitue l’altermondialisme. Jacques Chirac s’est inspiré de plusieurs des propositions formulées par les mouvements alter (« nouvelles contributions financières », Charte de l’environnement). La contagion est identique à l’échelon européen : confrontées à de fortes pressions et accusées de privilégier le libéralisme économique, les institutions de l’Union européenne cherchent à adapter l’Etat-providence et à construire un nouveau modèle social, dans un sens qui n’est pas celui du libéralisme. La référence à « l’économie sociale de marché » et aux services publics dans le projet de Constitution européenne soumis à la Conférence inter-gouvernementale, en est l’indication.
- Les alter sont de doux rêveurs qui poursuivent leur utopie.
La mouvance contestataire française a souvent été résumée à la personnalité de José Bové, porte-parole de la Confédération paysanne et incarnation d’une écologie sympathique et franchouillarde. En réalité, l’altermondialisme en France est représenté par des mouvements parfois anciens et puissants et qui ont fait leurs preuves : des ONG écolo comme Greenpeace et Terre des hommes, des organisations de solidarité internationale comme Agir ici et France libertés (D. Mitterrand) ou des « nouveaux groupes contestataire » comme Attac.
Forte de 30 000 membres et de 200 comités locaux dispersés dans toute la France, représentée à l’étranger (10 000 membres en Allemagne), disposant de relais au sein des partis politiques, Attac, qui se définit comme un « mouvement d’éducation populaire tourné vers l’action », est l’archétype de la « force de frappe » parfaitement organisée, radicale et terriblement efficace.
Deux aspects illustrent le « professionnalisme » du mouvement altermondialiste.
D’une part, sa volonté de fédération et d’organisation : Focus on the Global South veut organiser la classe ouvrière mondiale ; les forums sociaux mondiaux mettent l’accent sur le partage d’expérience, d’informations ; des réseaux de jeunes sont constitués ; les syndicats traditionnels sont peu à peu fagocytés. Bref, un véritable quadrillage de la société, à l’échelon de la France comme au niveau international. On retrouve, dans ce mouvement, de nombreux points communs avec l’Internationale socialiste des 19ème et 20ème siècles (les alter se proposent de créer la « Vème Internationale »).
D’autre part, l’utilisation d’outils modernes et efficaces de subversion. Les alter maîtrisent parfaitement les techniques de communication et d’agit-prop : campagnes internationales visant à faire pression sur les « acteurs » et à prendre à témoin les « opinions », techniques de prise de pouvoir, de dialectique et d’ « endormissement » de la majorité passive. La culture en est un des vecteurs : le militantisme intellectuel, la transmission du savoir et l’ « éducation populaire » sont des traits caractéristiques du discours et de l’action altermondialistes. La présence très forte de mouvements d’inspiration trotskiste au sein de l’altermondialisme explique le recours à ces méthodes éprouvées.
Effectivement, les alter sont des utopistes, mais des utopistes efficaces. L’altermondialisme, c’est le retour des utopies liberticides du XXème siècle, qu’on pensait écroulées, à commencer par le communisme. La façade aguichante de l’altermondialisme dissimule en réalité un « néocommunisme » pur et simple. « Comme le communisme, analyse P.-A. Taguieff, l’altermondialisme est une idéologie messianique, une doctrine du salut. Il entend répondre aux questions métaphysiques posées par Kant : d’où vient le mal, qui est la cause du mal, où va le monde (vers le pire), où pourrait-il aller (vers « un autre monde possible ») ? ». L’altermondialisme est un substitut à l’idéologie communiste moribonde : « Le PCF est mort. ce n’est pas grave, un parti n’est jamais qu’un outil. Aujourd’hui, le besoin de biens communs n’a jamais été aussi grand. C’est ce qu’exprime le mouvement altermondialiste » (Jacques Perreux, conseiller général PCF du Val-de-Marne). Au sein de l’altermondialisme, le mythe de Castro et de Cuba libre ! fait toujours recette.
- Les alter sont de vrais démocrates
Le positionnement des alter par rapport à la règle du jeu démocratique traduit une triple ambiguité.
D’une part, les alter se moquent éperdument des opinions de leurs concitoyens et entendent imposer leur seule vérité. L’activisme des altermondialistes s’autojustifie. Les militants altermondialistes considèrent leur action comme un « acte citoyen », comme un « hold-up citoyen ». L’altermondialiste « se réapproprie l’espace », use de la ville comme un chez-soi, un territoire personnel, un terrain de jeu, de lutte ou d’expression.
75% des Franciliens n’approuvent pas les actions des antipubs et 75% trouvent les voyages plus agréables grâce à la pub., ce qui n’empêche pas certains altermondialistes de considérer la pub dans le métro comme une « agression permanente », contraignant la RATP (et donc le contribuable) à débourser 922 000 euros à titre de réparation des dégâts.
On retrouve là une constante des idéologies liberticides du 20ème siècle (nihilisme, anarchisme, léninisme) : l’auto-légitimation d’intérêts particuliers, au mépris des aspirations de la majorité.
D’autre part, les alter revendiquent un rôle de « redresseur de tort » dans la vie démocratique de notre pays. La lutte des alter pour « restaurer la démocratie, la citoyenneté, l’espoir d’un monde meilleur » (Attac) est peut-être la face la plus inquiétante de leur action. L’altermondialisme participe de la « démocratie directe », idée extrêmement pernicieuse mise en avant par l’extrême-gauche et qui sous-entend que le cadre traditionnel du jeu politique (représentation parlementaire, partis politiques, scrutins) ne fait plus l’affaire et que les citoyens (de gauche, si possible) doivent se réapproprier le fonctionnement de la Cité.
Cette appropriation de la démocratie sous-entend que nous ne vivons pas, actuellement, dans une « vraie » démocratie. Or, c’est le contraire : par ses réminiscences d’extrême-gauche, d’exotisme tiers-mondiste et de « dictature du peuple », la société que nous préparent les alter a toutes les chances de ne pas être démocratique.
Finalement, les alter méprisent la démocratie. L’altermondialisme refuse de se couler dans le jeu classique de la politique et reste essentiellement un contre-pouvoir en marge des partis. Les alter avouent leurs doutes, voire leur mépris à l’encontre de la politique traditionnelle et des partis politiques : « Des mourants en coma dépassé », selon José Bové. L’altermondialisme serait donc le seul moyen de ramener nos hommes politiques à la raison : « L’altermondialisme est aujourd’hui la chance des politiques. Il les ramène dans le réel : là où doivent être désormais appréhendés les problèmes » (Libération, 12.11.2003). Les mouvements altermondialistes se distinguent par un mépris avoué des lois et par des appels à la désobéissance civile. L’anarchisme, qui tenait son « Forum social libertaire » en marge du Forum social européen, est très présent au sein de l’altermondialisme.
Aussi, la décision d’Attac de présenter des candidats aux élections européennes de juin 2004 est-elle une « grande première », d’ailleurs diversement jugée au sein du mouvement.
- Les alter sont profondément pacifiques
On assimile volontiers les alter à des nouveaux « Martin Luther King », plus adeptes de la désobéissance civile et du « sit-in » pacifique que de l’assassinat politique. Bien que les formes d’action des alter soient majoritairement non-violentes et festives, certains mouvements « flirtent » avec la violence, lorsqu’il n’y sombrent pas complètement. Les antipubs, les Anglais Reclaim the Streets qui défoncent le béton des rues pour y planter des arbres ou les « anti-malbouffe » qui, avec José Bové, détruisent des Mac-Do, revendiquent la non-violence, alors que leur action est violente et porte atteinte aux droits de leurs concitoyens.
Le raisonnement qui consiste à s’auto-légitimer, profondément opposé aux valeurs démocratiques, peut aller jusqu’à la reconnaissance de certaines formes d’illégalité et même de violence, sur le modèle de la dialectique léniniste. Des formes de désobéissance civile (résistance non-violente aux forces de l’ordre, blocages pacifiques, occupations de lieux publics) ont, de longue date, été expérimentées par des mouvements altermondialistes (Act-Up, les intermittents, No Vox). Mais il est frappant de voir que de plus en plus d’actions des courants altermondialistes adoptent le mode opératoire des commandos, proches de la guérilla urbaine.
Au sein des mouvements altermondialistes, la balance est en train d’osciller vers les activistes partisans de l’action directe, au détriment des réformistes, soucieux de peser sur les décisions politiques, économiques et sociales des gouvernements et des institutions. Les débordements de Stockolm et de Gênes indiquent le potentiel de violence au sein du mouvement altermondialiste.
VRAI!
- L’altermondialisme est la traduction d’un malaise
José Bové et Attac ne sont finalement que les symboles de peurs collectives (peur des OGM, peur de la malbouffe, peur du libre échange, peur du démantèlement des services publics) et d’un repli sur une forme de « préférence nationale » basée sur la défense d’un modèle social français (protection sociale, syndicats, services publics), d’une identité culturelle ou d’un mode de vie.
- L’altermondialisme est une source de paralysie, de régression et de destruction
Paralysie. Les alter s’opposent mais ne proposent rien. Des forums sociaux successifs ne s’est dégagé aucun projet social alternatif. L’altermondialisme est donc une source d’immobilisme et de blocage des réformes.
Régression. L’altermondialisme remet au goût du jour des théories et des méthodes économiques totalement passéistes et qui ont fait la preuve de leur échec : « développement autocentré » (International Forum on Globalization), keynesianisme « à l’échelle globale » (Attac), contrôle des capitaux, « nouvel ordre commercial mondial » (Oxfam ; on se souvient que le « Nouvel ordre économique international », dans les années 1970, avait été un échec cuisant qui, par son radicalisme, avait contribué à retarder l’émergence du Tiers-Monde), « relocalisation » et protectionnisme revisité, etc…
Destruction. Les alter, sous couvert de légèreté, de futilité et de fêtes, veulent bel et bien « tuer la société où nous vivons ». C’est la philosophie des « casseurs de pub » : « renverser le système ». Il s’agit de remettre totalement en cause un modèle de société. D’où la tentation du recours à la violence chez les alter : imposer l’alternance politique, la citoyenneté régénérée dont l’extrême gauche voudrait être le vecteur, ne peut passer que par des formes d’intimidation de la majorité.
- L’altermondialisme est profondément anti-libéral
L’altermondialisme est une formidable caisse de résonance de multiples contestations rassemblées sous l’étendard antilibéral. Les alter accréditent l’idée, pourtant passablement écornée, d’un empire libéral qui s’étendrait sur toute la planète au prix de la guerre, de la « marchandisation » des biens universels et de l’approfondissement du fossé nord-sud.
Les alter font de l’entreprise une cible de choix. C’est ainsi que la puissante ONG Corporate Watch s’est donnée pour mission d’enquêter en permanence sur la « délinquance » des entreprises accusées, par principe et sans procès, des pires malversations. On se souvient de la campagne implacable des Anti-sweatshops contre Nike, qui a fini, en 1999 par plier et à se convertir à l’accompagnement social du travail, ou de la campagne de boycott contre Danone.
L’antilibéralisme des altermondialistes les conduit à rejeter l’Europe, au motif qu’elle serait infectée par le « virus libéral » et qu’elle aboutirait à « la sanctuarisation des dogmes ultra-libéraux » (tels que la concurrence ou l’interdiction des restrictions aux mouvements des capitaux). Si les altermondialistes ont contesté le projet de constitution élaboré par la Convention, c’est qu’il « constitutionnalise le libéralisme comme doctrine officielle » (José Bové). On ne saurait être plus clair : les altermondialistes ne veulent pas d’une Europe libérale.
- L’altermondialisme a échoué dans le cœur de son action:
convaincre les pays du Sud des méfaits de la mondialisation.
Le point commun des courants altermondialistes est de refuser la mondialisation. Les maux de la société contemporaine (misère, catastrophes naturelles et même guerres) auraient tous pour origine la mondialisation libérale. Les altermondialistes rejettent l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et se sont félicités de l’échec des négociations de Cancun, en septembre 2003.
De ce point de vue, les alter peinent à convaincre les pays du Sud des méfaits d’une mondialisation dont ces derniers ont beaucoup à gagner en termes de croissance, de libéralisation des biens, des idées et des connaissances. Les alter font valoir que la mondialisation impose un modèle dont les pays pauvres ne veulent pas. Bien au contraire, le souhait de la plupart des pays pauvres, victimes supposées de la mondialisation, est de profiter du phénomène, sans s’y perdre.
En Asie de l’Est, la croissance générée, en grande partie, par la mondialisation, a permis à plus de 200 millions de personnes de sortir de la pauvreté en une seule décennie. Des pays comme l’Inde apportent la preuve que la mondialisation peut être un formidable vecteur de croissance. La progression du PIB en Inde a été de 7% en 2003 et le pays mise en 2004 sur une croissance de 9% ; le gouvernement de M. Vajpayee a parfaitement compris la vertu de la libéralisation des investissements étrangers, a su miser sur les délocalisations et l’Inde semble décidée à ouvrir son économie ; les services se sont formidablement développés, notamment dans les secteurs de l’informatique et de l’industrie pharmaceutique et une classe moyenne d’environ 35 millions d’habitants est apparue. Le gouvernement nationaliste n’a pas caché d’ailleurs qu’il comptait bien davantage sur les interventions de ses représentants au sommet de Cancun, pour défendre les intérêts de ses agriculteurs, que sur les vains débats du quatrième Forum social mondial de Bombay (la municipalité de la ville a d’ailleurs boycotté le Forum). Certes, les alter ont beau jeu de dénoncer la faible valeur ajoutée de ces emplois créés, le déclin des secteurs traditionnels ; il reste que l’Inde se voit comme un pays émergent et ne boude pas son plaisir.
- L’altermondialisme se nourrit du vide de la pensée politique
Il faut bien reconnaître que la mouvance alter soulève de nombreuses questions que les politiques n’ont pas été capables de formuler ou d’affronter avec précision et conviction. Il faut aussi mettre à l’actif de l’altermondialisme d’avoir ressuscité le militantisme et l’idéalisme politiques, notamment auprès des jeunes, avec une dimension du groupe et du « militantisme comme loisir » qui a disparu à droite.
D’où la nécessité de s’engager résolument dans le combat des idées altermondialistes et de recréer, à droite, les conditions d’une action politique engagée et résolue. Retour à la liste des argumentaires
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