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La mafia syndicale

par Ronny Ktorza, le 27/10/05

par Ronny Ktorza

Jacques LESOURNE ne croyait pas si bien dire quand, en 1998, il qualifiait son pays d'Union soviétique qui a réussi. Si on peut relativiser la généralité de cette phrase (les goulags n'existent heureusement pas en France et parler de "réussite française" est quelque peu exagéré), force est de reconnaître que notre bureaucratie a peu à envier à la Nomenklatura soviétique et à ses privilèges.

Ainsi, aujourd'hui (17 octobre 2005), "Le Parisien" vient de publier un article retentissant sur les dérives apparues dans la gestion de la SNCM qui nous aident à comprendre pourquoi le personnel a fait oeuvre de tant de violence pour que la compagnie ne soit pas privatisée. On apprend, par exemple, que les employés détournaient, à leur avantage, le profit des ventes réalisées sur les ferrys (tabac, alcool, restauration, produits dérivés,...). Mieux, les salariés ne travaillant que 6 mois par an, ces derniers en profitaient pour développer des petits commerces locaux à l'aide des "prises" effectuées à bord et ce, sous l'oeil des organisations syndicales.

Evidemment, la CGT n'a pas tardé à "s'émouvoir" de ces accusations par la voix du secrétaire général des marins du syndicat, Jean-Paul ISRAEL qui a même menacé de porter plainte contre le journal. Puis ce fut au tour de Bernard MARTY, secrétaire général du comité d'entreprise CGT de la SNCM, de surenchérir et de démentir, à son tour, ces accusations.

Toutefois, leurs réactions ne font pas le poids face à d'autres témoignages qui apparaissent beaucoup plus pertinents, tel celui de Philippe GALY, ancien président de la SNCM, qui vient d'avouer avoir eu des soupçons dans le passé sur ces malversations sans néanmoins en avoir pris toute la mesure. Quant au directeur général de Connex, Stéphane RICHARD, il vient de déclarer que la gestion quotidienne de l'entreprise doit changer du tout au tout, reconnaissant, ainsi, à demi-mot, avoir été au courant de ces pillages. Rien de plus normal quand on voit le préjudice qu'ont causé ces "apparatchiks" peu soucieux de l'argent du contribuable.

Une question reste en suspens: va-t-il y avoir des sanctions? Pour l'instant, l'affaire en est encore au stade des rumeurs et même si la culpabilité du personnel était prouvée, on doute que notre justice "poltronne" réagira. D'ailleurs, Jean-Christophe LE DUIGOU a déjà trouvé la parade et pointé du doigt une "tentative de déstabilisation visant à légitimer la privatisation de la compagnie". Cet argument n'est, bien sûr, pas tenable, nul ne pouvant nier la situation précaire dans laquelle se trouvait la SNCM. Quant au Premier Ministre, il reste pour l'instant silencieux et, de toute façon, nous n'attendons rien de lui: Dominique de VILLEPIN est, hélas, plus sensible aux revendications syndicales qu'à la préservation de l'Etat de Droit dans la pays. Un Etat de Droit suppose que nul n'est au-dessus des lois. Dans notre pays, c'est différent: les politiques, les syndicalistes, voire les fonctionnaires peuvent violer impunément la loi.

Les analystes libéraux ont toujours déploré la mafia russe et ses conséquences catastrophiques sur l'économie du pays. La France est peut-être devenue une nouvelle Russie où des marins sont relâchés quelques heures après avoir détourné un navire, où des organisations syndicales méprisent la règle de droit en bloquant l'activité de toute une cité par des procédés à la limite du tolérable. A peine sortie d'une grève qui a ruiné le port de Marseille, la CGT s'attaque maintenant à la Régie des Transports Marseillais, se souciant peu des effets néfastes que leurs actions ont sur le commerce d'une ville déjà très perturbée par d'importants travaux de rénovation. Le ralentissement drastique des affaires aura, par ricochet, des conséquences dramatiques sur l'emploi. Mais d'ici-là, les syndicats rejetteront la faute sur les entreprises et le gouvernement, oubliant, comme à leur habitude, de faire leur propre mea culpa.