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Retraites : c'est du gâteau !

par Jean-Pierre Chevallier, le 27/10/05

Que se passera-t-il à l'avenir pour nos retraites ? ... et plus particulièrement entre 2020 et 2040, période au cours de laquelle les papy boomers retraités seront très nombreux ?

L'essentiel...

Le niveau de vie des retraités en France en 2020 sera inférieur à celui des actifs d'aujourd'hui car le taux de croissance sera durablement inférieur à 2 % si de profondes réformes libérales ne sont pas réalisées rapidement. La clé de la richesse des nations et des hommes est la croissance.

En travaillant pendant un an, les 60 millions de Français produisent un gros gâteau : un PIB de € 1 670 milliards actuellement. En principe, chaque Français reçoit une part de ce gâteau diminuée de 15 % pour que chaque retraité puisse disposer des 2/3 de la part qu'il aurait reçue s'il pouvait encore travailler. Tout se passe bien en apparence. C'est la redistribution dans le plus pur style d'une société de partage communiste. C'est le système de retraite dit par répartition. Mais que se passera-t-il à l'avenir ? ... et plus particulièrement entre 2020 et 2040, lorsque les papy boomers retraités seront très nombreux ? Ils voudront toujours la même chose : une part du gâteau égale aux 2/3 de la part en vigueur à ce moment là. Plus le gâteau sera gros, plus les parts seront grosses...

Le niveau de vie des retraités repose donc sur la croissance : il faut qu'elle atteigne son potentiel optimal à tout moment. Si le taux de croissance annuel est de l'ordre de 2 %, le PIB aura augmenté en 2016 de 45 % par rapport à celui de 2001 et il aura doublé en 2040, mais si le taux de croissance est durablement inférieur à 2 %, en 2020 le niveau de vie des retraités sera inférieur à celui des actifs d'aujourd'hui.

La richesse des nations et des hommes passe donc par la croissance. Le problème est alors le suivant : comment atteindre la croissance la plus élevée possible compte tenu des contraintes ? La réponse est simple : grâce à la diffusion des gains de productivité dans une économie de marché. Les entreprises qui innovent se développent, celles qui ne s'adaptent pas aux nouvelles techniques disparaissent. C'est la destruction créatrice de Schumpeter.

En France, les entreprises bien gérées atteignent des niveaux de productivité égaux et même supérieurs à ceux de leurs concurrents américains, mais la productivité globale du système de production français est très faible. Celle des Etats-Unis est supérieure à la notre de 45 % car les administrations publiques françaises ont une productivité très faible, trop faible, et l'organisation (en général) de notre société n'est pas efficiente. Des gains considérables de productivité peuvent être obtenus en réformant l'organisation de notre société et les administrations ainsi qu'en privatisant les services qui ne correspondent pas aux fonctions régaliennes de l'Etat. La croissance en France pourrait alors être de l'ordre de 3 % comme celle des Américains. L'application de solutions libérales calquées sur le modèle des Etats-Unis suffirait à atteindre ces résultats pour le bénéfice de tout le monde.

Travail et productivité

Comment augmenter la taille du gâteau, c'est à dire du PIB ? Le laboureur de La Fontaine et le paysan de Böhm-Bawerk ont trouvé spontanément et naturellement les bonnes solutions : augmenter la productivité du travail en investissant et fournir une quantité de travail plus importante pour produire davantage. Aux Etats-Unis, la durée hebdomadaire du travail dans l'industrie est de 45 heures et de 1 800 heures par an contre 1 500 en France. En une année, les ouvriers américains travaillent deux mois de plus que les Français !

L'investissement des entreprises est fonction des bénéfices passés (les capitaux propres sont importants aux Etats-Unis), des bénéfices présents (pour l'autofinancement), et des bénéfices à venir (si leurs perspectives sont bonnes). Or les perspectives d'investissement en France sont peu attractives car la croissance s'annonce faible et les coûts élevés à cause des dysfonctionnements organisationnels, réglementaires et des administrations. Depuis 2001, les sorties de capitaux de France l'ont emporté sur les entrées. Les capitaux libres à la recherche d'opportunités d'investissements se dirigent préférentiellement vers la zone Pacifique, principalement aux Etats-Unis et en Asie.

Les investissements qui ne sont pas réalisés en France aujourd'hui sont les bénéfices qui ne seront pas faits demain, et c'est le gâteau d'après demain qui en sera réduit d'autant. Ainsi, un processus cumulatif de déclin relatif est enclenché. Il risque de s'accélérer d'autant plus facilement que les Français veulent toujours prendre des mesures qui aggravent les problèmes. En effet, ils demandent toujours plus d'intervention de l'Etat, toujours plus de collectivisation, toujours plus de bureaucratie et de réglementation...alors qu'il faudrait faire exactement le contraire : libéraliser, déréglementer, adopter des réformes libérales.

Une telle politique libérale a permis aux Etats-Unis de redevenir une grande puissance en une vingtaine d'années. Elle a été initiée par Ronald Reagan, inspiré par un économiste français : Frédéric Bastiat.

Productivité globale

La productivité globale des pays européens est très faible par rapport à celle des Etats-Unis : le PIB des 300 millions d'Américains est de 12 373 milliards US$ (actuellement en 2005) alors que celui des 300 millions d'Eurolandais est de 7 680 milliards d'euros. La productivité globale des Français est même inférieure à la moyenne européenne. Or la productivité de la plupart des entreprises françaises qui opèrent sur les marchés ouverts à la concurrence internationale est comparable à celle des firmes américaines (pour ce qui concerne le taux de marge). C'est donc la productivité de l'environnement des entreprises européennes qui est trop faible : les administrations publiques et la mauvaise organisation des pays européens (et de la France en particulier) sont responsables de l'écart de productivité globale entre les Etats-Unis et l'Europe.

En France, plus de 50 % du PIB dépend directement de l'Etat. Les administrations publiques sont omniprésentes et leurs effectifs sont pléthoriques. Elles obéissent aux règles de gestion de la comptabilité publique française qui ne permettent pas de connaître les coûts, donc la productivité des services publics. Cette situation est le résultat de la volonté des Français qui ne veulent pas adopter de solutions libérales.

Croissance zéro

Depuis la faillite de la collectivisation soviétique, les socialistes français tolèrent l'existence du libéralisme à condition qu'ils puissent réguler et limiter eux-mêmes la croissance. Ainsi ils contrôlent divers organismes pour maîtriser l'activité économique et la ralentir pour réaliser la croissance zéro. Leurs objectifs sont atteints : la croissance est faible en France, de l'ordre de 1 % depuis 2002 et même inférieure en Allemagne où la coalition rose vert réussit à atteindre la croissance zéro. Une croissance faible est contraire aux intérêts des personnes qui disposent de revenus faibles. Elle est antisociale mais elle est paradoxalement défendue avec le plus d'acharnement par les personnes qui en sont les premières victimes. La croissance zéro aura des conséquences dramatiques dans les années à venir : la taille du gâteau français sera réduite ainsi que le niveau de vie des futurs retraités.

Si la croissance en France reste durablement inférieure à 2 %, en 2020 le niveau de vie des retraités sera inférieur à celui des actifs d'aujourd'hui !

Gains de productivité

Des réformes fondamentalement libérales permettraient d'obtenir des gains considérables de productivité du système global de production en France. Quelques exemples...

L'adoption d'un système de retraite par capitalisation dégagerait une épargne supplémentaire (15 % des revenus) pour l'investissement.

La suppression des subventions permettrait d'éliminer l'impôt sur les bénéfices des sociétés et donc de faire jouer pleinement la dynamique de l'effet boule de neige.

La privatisation des services dits publics en augmenterait leur productivité. Certaines de leurs prestations sont offertes sur des marchés libres dans d'autres pays comme par exemple l'enseignement supérieur, les services de santé dans les hôpitaux, etc.

La suppression du monopole de la Sécurité Sociale (et de l'assurance chômage obligatoire) conformément aux directives européennes datant de 1992, non transposées en droit français, laisserait le champ libre à un système d'assurances santé (et chômage) privées qui augmenterait le pouvoir d'achat des salariés français de plus de 30 %.

Dans la situation présente les salariés français sont passifs et résignés car ils savent qu'ils ne peuvent rien obtenir d'un système qui décourage les initiatives individuelles. Des réformes fondamentalement libérales constitueraient un électrochoc qui produirait des effets psychologiques considérables : les Français pourraient alors faire preuve d'un plus grand dynamisme en ayant l'espoir de conserver enfin le fruit de leur propre travail.

Dysfonctionnements organisationnels

Les dysfonctionnements organisationnels en France ont des conséquences graves. Quelques exemples... Les villes américaines sont construites sur des plans simples : ce sont des matrices constituées de blocs délimités par des rues parallèles et perpendiculaires. Toute personne s'y retrouve facilement et rapidement. Rien de tel en Europe, même dans les zones nouvellement urbanisées, ce qui engendre des surcoûts considérables. Les centres commerciaux américains ne se trouvent pas dans le centre des villes embouteillées comme en Europe. Le surdimensionnement des espaces de circulation et de parking facilite les déplacements en voiture d'autant plus que les taxes sur l'essence sont inférieures à celles qui sont en vigueur en Europe. Il en est de même pour les transports aériens banalisés grâce au grand nombre d'aéroports et aux faibles coûts de ces services. Des réseaux de communications performants ont été installés et facilitent la circulation des informations télévisées et informatisées, pour les particuliers comme pour les entreprises. Etc. Etc.

Et enfin...

Les problèmes posés par les retraites sont complexes car ils se déroulent sur de longues périodes. Il est nécessaire de les simplifier et pour cela toute réflexion doit se baser sur des normes, c'est à dire sur des valeurs pivots résultant de l'observation de situations souhaitables, comme en analyse financière...

    * Un taux de croissance du PIB de 3 %
      constitue la valeur critique sur le long terme.

    * Les caractéristiques de
    * la population doivent être normales, c'est à dire en croissance naturelle et par migrations, avec une répartition équilibrée de la pyramide des âges. Les pensions courantes des retraités doivent être égales aux
    * 2/3 des revenus de leurs collègues actifs de qualification équivalente, et pour cela les prélèvements auprès des actifs doivent être de 15 % de leurs revenus. La durée d'activité professionnelle doit s'étaler sur 45 années
      .

Les Etats-Unis entrent dans ces normes. La croissance annuelle de la population américaine a été de 1 % (soit 40 % de 1970 à 2000), en particulier par une immigration maîtrisée et diversifiée géographiquement et professionnellement. Les gains de productivité sont de 2,5 % par an en moyenne. La croissance du PIB restera dans sa moyenne historique de 3,5 % à l'avenir qui s'annonce radieux...dans ce pays.

En France, la croissance de la population a été plus faible : 0,5 % par an (20 % de 1970 à 2000) ce qui va générer une rupture de l'équilibre démographique dont les conséquences négatives vont se manifester dans les décennies à venir. Les gains de productivité globale sont faibles : inférieurs à 1 %. La situation sera aggravée à l'avenir par la faible croissance du PIB due à la pérennisation de structures et de mentalités antilibérales.. Elle sera inférieure à 2 % en moyenne dans les décennies à venir, ce qui aura des conséquences catastrophiques pour les retraites des baby boomers.

Les Français ne veulent pas adopter le libéralisme. Personne ne les y oblige. Tant pis pour eux ! Tant pis pour nous ! Nous en subirons les conséquences.