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![]() L'ordre monétaire mondial
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- pour aider les pays pauvres, ils veulent taxer des activités éminemment utiles aux pays pauvres, et ils baptisent Tobin une préconisation que Tobin a complètement désavouée. - par ailleurs ils ne précisent nulle part de quelle façon ces taxes iraient soulager les pauvres. Mais leur philosophie générale laisse supposer que, comme leur disciple Jacques Chirac, ils voient cette "aide aux citoyens" sous la forme de redistribution aux Etats pauvres par quelque organisation internationale comme l'ONU. Mais il n'y a rien de pire, pour l'évolution de l'humanité, que les aides internationales qui passent par les dirigeants des Etats pauvres. Je vais essayer de démontrer ces deux points dans ce qui suit. A ses débuts, ATTAC stigmatisait le fait que les mouvements de capitaux entre pays sont très supérieurs au montant des échanges commerciaux et des investissements à l'étranger, et l'attribuait à la "spéculation financière". Florin Aftalion a démontré l'ineptie de cette hypothèse en décortiquant les opérations de change. Il a montré que les simples opérations de change entraînaient une cascade d'échanges entre cambistes pour permettre à chacun de faire face à tous moments aux demandes de ses clients. Cela explique que tout euro dépensé dans une transaction purement commerciale, entraîne le mouvement de 6 à 7 euros de transactions financières. Certes, d'un jour à l'autre, les cours fluctuent légèrement, et un cambiste ne En dehors de ces opérations parfaitement normales et utiles, il existe de temps en temps des crises affectant les monnaies de certains pays. Soyons clairs : elles n'ont d'autre origine que l'incompétence ou le laxisme des gouvernants. Dans ces cas là, oui, des spéculateurs à la Soros peuvent gagner de l'argent en anticipant la faillite de la gestion financière d'un gouvernement. Mais ces phénomènes sont beaucoup plus rares aujourd'hui, notamment parce qu'il existe une monnaie unique en Europe et que les parités fixes cèdent de plus en plus la place aux changes flottants. En régime de parité fixe, la période pendant laquelle la spéculation est possible est courte, car un Etat est bien obligé de dévaluer sa monnaie lorsque sa banque centrale voit ses réserves s'épuiser. Pendant cette courte période, les sommes mises en jeu sur le marché des changes, et partant les gains ou les pertes peuvent être considérables. C'est pour lutter contre ce type de spéculation que Tobin, a proposé un jour de taxer ces mouvements à un faible taux (quelques millièmes) : ainsi cela ne gênerait pas vraiment les transactions "normales", mais gênerait la spéculation. La taxe engendrerait des sommes importantes - malgré son faible taux - puisqu'elle porterait sur des montants très importants. ATTAC s'est emparé de cette idée en déclarant que ces sommes devraient être utilisées pour venir en aide aux pays pauvres. Or en 1971, lorsque Tobin a émis l'idée de sa fameuse taxe, les transactions purement spéculatives représentaient une part beaucoup plus grande qu'aujourd'hui des transactions totales, et même les transactions normales pouvaient donner lieu à un peu de spéculation. Les ordres de mouvement étaient donnés par téléphone et non par ordinateur, il fallait un quart d'heure pour obtenir une ligne téléphonique entre New York et Tokyo et il était possible de jouer - modestement et sûrement pas des centaines de fois par jour - sur les différences de cours entre les deux places. Mais surtout, les transactions normales étaient très loin d'avoir atteint le niveau qu'elles ont aujourd'hui. La spéculation pure était donc relativement plus importante par rapport à ces dernières. Mais au moment où ATTAC s'est emparé de cette idée, elle était complètement démodée de l'aveu de Tobin lui-même. Voici quelques extraits de ses déclarations : "J'apprécie l'intérêt qu'on porte à mon idée , mais beaucoup de ces éloges ne viennent pas d'où il faut. Je suis économiste, et comme la plupart des économistes, je défends le libre-échange. ... "J'estime être aujourd'hui mal compris. J'estime aussi qu'on s'est abusivement servi de mon nom pour des priorités qui ne sont pas les miennes. La taxe Tobin n'est pas un tremplin pour les réformes dont ces gens veulent. Mais que faire?" ... "Les problèmes de la mondialisation ne seront pas réglés en s'opposant à ce qu'elle aille de l'avant. Tous les pays, comme leurs habitants, tirent profit du libre échange des biens et des capitaux." ... "C'est absolument faux [que la pauvreté a progressé] . Prenons la Corée du Sud, qui en 1960 était un pays extrêmement pauvre. Elle fait aujourd'hui partie des grandes nations industrialisées. Il en est de même de beaucoup d'autres "tigres", en dépit de la crise que l'Asie du Sud-Est a connue il y a trois ans. Ces pays restent à l'heure actuelle plus prospères qu'ils ne l'étaient il y a trente ans. Et cela grâce au commerce et aux capitaux étrangers." Il est donc complètement aberrant de vouloir taxer des activités utiles aux pays pauvres pour aider ces pays. ATTAC a compris et ne parle plus aujourd'hui de taxe Tobin, mais parle toujours de taxes sur quelque chose, et Jacques Chirac, jamais à court d'idées pour dépenser plus et taxer plus, a eu la lumineuse idée d'introduire une taxe sur les billets d'avion. Mais en bon disciple d'ATTAC, il invente des moyens de trouver de l'argent pour aider les pays pauvres, sans se soucier le moins du monde de la façon dont cet argent sera utilisé, si ce n'est en émettant de vagues propos sur l'éradication des maladies. Or, il n'y rien de pire, pour aider les pays pauvres à s'en sortir, que l'argent distribué par des Etats à d'autres Etats. La plus grande partie de ces "aides" sont en effet détournées par des dirigeants corrompus et incompétents pour acheter des armes et étoffer leur armée, pour remplir leurs propres comptes à l'étranger, pour brimer leurs dissidents, ou au mieux pour se lancer dans de grands travaux de prestige qui contribuent peu au sort des plus pauvres. Nous en donnons divers exemples dans le livre ATTAC où l'intoxication des personnes de bonne volonté. Pourquoi les gouvernements qui donnent ferment-ils les yeux sur ce gaspillage et cette corruption? Pour essentiellement quatre raisons : - La première est que les gouvernements sont incapables de résoudre les problèmes autrement qu'en lâchant un peu d'argent. Dans l'entreprise, et à moindre degré, dans les organisations non gouvernementales, quand il y a un problème, on l'analyse à fond, on cherche des solutions en concertation avec les personnes concernées par le problème, et on désigne des responsables capables de faire appliquer ces solutions. L'Etat, lui, se contente d'accroître les budgets et de multiplier les règlements. - La deuxième est le paravent de la non-intervention dans les affaires des autres pays, voire la peur de paraître raciste : Mengitsu a continué à recevoir de l'aide alors même qu'il affamait à mort des dizaines de milliers de ses compatriotes. Mugabe a continué à recevoir de l'aide alors même qu'il faisait massacrer des milliers d'opposants. - La troisième est que pendant la guerre froide, l'URRSS soutenait n'importe quel régime pourvu qu'il se dise marxiste, et les Occidentaux n'importe quelle dictature qui se disait anticommuniste. - Enfin la quatrième est que l'aide d'Etat à Etat compense la mauvaise conscience des gouvernants lorsqu'ils refusent, pour satisfaire leur lobbies nationaux, d'importer les produits des pays pauvres. Alors, comment s'y prendre?, c'est la question à laquelle ATTAC ne répond pas. Et pour cause, car les cinq façons les plus efficaces de remédier à la misère des peuples les plus pauvres, sont totalement contraires à l'idéologie intime des dirigeants d'ATTAC. Ce sont : - Le libre échange. - La démocratie libérale - Les investissements par les multinationales - Le développement des OGM. - Le financement direct de programmes adaptés aux vrais besoins C'est cette dernière méthode que pratiquent les vraies organisations humanitaires qui obtiennent des résultats, comme La Croix Rouge, Médecins sans Frontières ou Médecins du Monde, car contrairement aux Etats, elles ont quelques comptes à rendre à ceux qui leur donnent de l'argent. Mais encore plus efficaces sont les fondations privées qui utilisent leur propre argent, comme la fondation Bill et Melinda Gates, qui combat la Malaria dans divers pays d'Afrique . Les propositions d'ATTAC sur le sujet de l'aide aux pays pauvres sont donc non seulement superficielles et contradictoires, elles sont en plus contre productives : si l'on fait croire aux militants qu'il suffit de taxer les mouvements de capitaux et de donner la taxe aux pays pauvres pour les sortir de leur misère, alors on tue dans l'oeuf chez ces militants la volonté de faire eux-mêmes quelque chose pour contribuer à éradiquer cette misère. 1. Depuis 1850, la population du monde occidental a été multipliée par 4, et les niveaux de vie individuels ont été multipliés par 5! 2. N'oublions pas le dévouement des médecins militaires qui ont établi des infirmeries dans la brousse pour combattre les maladies tropicales comme la maladie du sommeil, au temps honni de la colonisation. Mais les mêmes gens que l'idéologie rend imperméable aux faits contestent tout effet positif à cette même colonisation.
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