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Service Garanti : il ne manque que le courage de passer la loi !
Retour sur les grèves de juin 2003
15 juin 2003: "contre les blocages, pour les réformes!"
Tous les citoyens contre les syndicats non représentatifs!
RATP : une grève contre l’emploi
Nouvelle grève générale en France
A Marseille, la CGT fait plier l'Etat de droit
Encore une grève SNCF ! Exigeons la liberté de circuler!
Grève SNCF et RATP: les libéraux feront face aux syndicats!
Débat sur LCI pour le service minimum
Les 6 réformes de la société civile - Journée du 29 septembre
Liberté Chérie sera une nouvelle fois l'unique contre-voix des syndicats lors des grèves de la SNCF et de la RATP !
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Source : Le Figaro
Tribune publiée dans les pages Débats et Opinions du Figaro du mardi 9 décembre 2003
Qui n'a jamais savouré cette spécialité française : l'attente frustrée d'espérances sur un quai de métro ou de RER bondé, dans les frimas des petits matins blêmes ? Pas de saison pour les grèves des transports : été comme hiver, les travailleurs sont à la merci de l'actualité du «dialogue social». Pas de quartiers dans les grèves du printemps dernier. Pas de répit dans la constante menace qui tient en joue usagers, entreprises et politiques. Cette façon hexagonale de kidnapper les foules pour exercer une pression sur les débats qui déplaisent, qu'on les nomme réformes, statut de la fonction publique ou politique sociale, aurait pu devenir une coutume, presque une institution. Mais c'était sans compter un sursaut inespéré des principaux intéressés, ceux qui n'ont ni voiture de fonction ni centrales syndicales à disposition : les usagers des transports de l'Etat.
En effet, à la surprise générale, les laissés-pour-compte du mouvement social ont décidé de se manifester, le 15 juin 2003, place de la Concorde. Plusieurs dizaines de milliers de citoyens, d'usagers, sont descendus dans la rue, à l'appel de notre association, Liberté, j'écris ton nom, pour dire «non» au blocage du pays. Pour la première fois, une démonstration publique mettait en cause la complainte d'un certain syndicalisme de luttes continuelles. Un tabou était levé. Les otages du service public, miraculeusement délivrés du syndrome de Stockholm, se sont fait entendre haut et fort. Il faut parier que cette colère, éminemment raisonnable, ne les abandonnera plus.
Car la grève est un droit, qu'on choisit ou pas d'exercer, et non pas un devoir pour tous les salariés. Une société ne se conçoit pas sans une subtile alchimie de droits et de devoirs. Le devoir du travailleur est d'être à l'heure, de s'acquitter de ses obligations professionnelles, de rendre des comptes à ses clients, fournisseurs, collègues, employeurs ou salariés... Le premier de ses droits est de se rendre sur son lieu de travail, confiant dans la continuité du service public qu'il paie par deux fois, par son impôt et sa carte orange. Les travailleurs sont donc victimes d'une injustice quand ils ne peuvent aller travailler par suite d'une grève. On leur avait promis un service public : mais, le jour venu et à l'heure dite, le train ne sifflera pas une seule fois. On leur avait garanti que le monopole du secteur public sur les transports en commun aurait raison de tous les dysfonctionnements : aujourd'hui, ils travailleront deux heures de moins et auront besoin de deux heures de plus pour rentrer chez eux. Privés d'outil de travail, ils seront donc privés de revenus, et peut-être bientôt d'emploi.
Mais l'injustice que subissent les citoyens n'est pas seulement économique. La véritable nature de cette injustice réside dans l'atteinte portée à la démocratie, au cadre même de l'Etat de droit. Des syndicats qui trahissent l'intérêt des salariés, un Etat et des politiques qui rechignent à défendre le principe de continuité du service public et à réglementer le droit de grève : il faut bien constater dans cette affaire, au vu et au su de tous, la rupture du «contrat social». La confiance des citoyens, des usagers des transports, est profondément écorchée : elle ne se rétablira pas aisément. «Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir», écrivait Montesquieu dans L'Esprit des lois. Mais qui défend le droit des travailleurs, des usagers, contre le droit des grévistes ? La Constitution de notre République spécifie dans son préambule que «le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent». On voit bien le droit, mais qu'a-t-on fait des lois qui le réglementent ? Quelle institution, quelle réglementation, protégera l'homme laissé seul face au système, à l'intrication d'intérêts qui lui sont étrangers, ceux des salariés de la RATP, ceux du patron de la CGT et de FO ? Le débat sur la réglementation du droit de grève n'est pas seulement un lieu commun de l'actualité médiatisée. Il est essentiel pour préserver la cohérence et la crédibilité de notre démocratie, la confiance des citoyens en leurs institutions, en leurs lois et en leurs droits. C'est aussi là, par la démonstration du courage politique et l'élévation des enjeux, que l'on éloignera les électeurs des solutions de ruptures, d'essence non démocratique, défendues par les extrêmes rouges et bruns. Dans plus de la moitié des pays européens, des solutions ont été trouvées pour concilier la liberté de protester et la liberté d'utiliser un service public légitimement dû. La France est ici encore une triste exception, où le dialogue social tourne systématiquement au dialogue de sourds, où des syndicats peu représentatifs (8% des salariés syndiqués, contre 35% en Italie) lancent des grèves avec des préavis très brefs, soit cinq jours dans la fonction publique (plus des deux tiers des grèves annuelles). Par ailleurs, la France détient le triste record européen du nombre de grèves (plus d'un millier en 2001). Cette fièvre hexagonale, faite de barricades, de coups de semonce et de rapports de force, a la vie dure.
L'association Liberté, j'écris ton nom affirme son soutien à l'instauration d'un service garanti dans les transports. Pour protéger les usagers, un texte de loi est un passage obligé, dans les délais les plus brefs. Que les heures de pointe, à l'aller et au retour des travailleurs, soient garanties par la justice. Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin doit prendre ses responsabilités et donner ce texte nécessaire au pays. Les usagers ne doivent plus subir les grèves en silence. Plus jamais d'hiver 1995, plus jamais de printemps 2003. Un droit sans devoir ne sera jamais que le masque de l'arbitraire.
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