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« Le corps social et politique exige que les pouvoirs qui le gouvernent aient une concordance et une conspirance entre eux pour arriver au but qu'ils se proposent, c'est-à-dire la perfection du gouvernement. »
Mirabeau « On convient que tout ce que chacun aliène par le pacte social, de sa puissance, de ses biens, de sa liberté, c'est seulement la partie de tout cela dont l'usage importe à la communauté » ( Jean-Jacques Rousseau, Contrat Social, II, 4 ). C'est par cette citation que Littré nous exprime le sens premier du mot « social ». A partir de là, il est à considérer que la politique sociale consiste en tout ce qui touche la société, en vue d'une mutation de celle-ci. Sa finalité, en effet, doit être de répondre à une exigence de sécurité et d'amélioration des conditions de vie, tout en assurant la paix sociale, symbole de la pérennité de la société et par conséquent de l'homme humanisé... Notre Gouvernement actuel serait bien avisé de prendre en considération les attentes de son peuple en cette ère de grèves à répétition... Un service minimum... Voilà deux mots bien omniprésents dans les médias et dans les rues en ce moment... Et ce cher Gouvernement a beau jeu de jouer de l'arrêt de Dehaene,de 1950, donnant raison au droit de grève dans le service public, justifiant ainsi toutes les grèves... Mais il a beau jeu aussi d'oublier que, selon la loi, une grève se doit de débuter après discussion... Or il ne s'agit, la plupart du temps, que de grèves sauvages... Les usagers de la RATP et de la SNCF en font souvent la douloureuse expérience. Proposer un service minimum serait une mesure sociale ; au mieux, elle rejoindrait le vaste courant de certains de nos voisins européens. Par contre, serait acte de véritable politique sociale que de laisser les partenaires sociaux à qui depuis longtemps, on le refuse, de redéfinir les modalités de la grève, à savoir, assurer le service public sans assurer le contrôle des voyageurs. Ceci n'est pas une simple idée sortie de nulle part : c'est ce que revendiquent certains délégués syndicaux ( la C.G.T. notamment ) et cela, aux heures creuses d'écoute des chaînes câblées... Les premières traces de mise en place d'une politique dite sociale, datent de 1789-1791 avec la création du Comité de Mendicité en 1790 et du Comité du Secours Public en 1793. Le Comité de Mendicité, créé par La Rochefoucauld-Liancourt, avait pour but de mettre en application les grands principes de la Déclaration des Droits de l'Homme. Ainsi a-t-on parlé du « cycle du berceau à la tombe », fondé sur la notion de protection des enfants et des adultes et répondant ainsi, au fait que tout homme a droit à sa subsistance et que l'assistance du pauvre est le premier des devoirs. Dans le cadre de ce comité, la politique sociale menée rimait avec solidarité à travers le : « protéger celui qui a peu contre celui qui a beaucoup » ( juin 1792 ). En 1784, devant l'Académie de Dijon, Carnot, le premier, énonça son rapport sur les idées sociales de Vauban, en évoquant l'assistance comme : « devoir sacré de la Nation ». Le Comité du Secours Public allait dans ce sens. Il s'attachait davantage, en effet, à une politique sociale dite d'assistance patriotique et d'égalité des chances. Ne faisons que citer cette parole de Robespierre, pour expliciter la pensée sociale de ce comité, sous la Convention, pensée qui sera, par ailleurs, reprise par les socialistes entre 1830 et 1848 : « La propriété est bornée par l'obligation de respecter les droits d'autrui ; l'impôt est progressif de façon à ce que les citoyens, dont les revenus n'excèdent pas ce qui est nécessaire à leur subsistance, soient dispensés de contribuer aux charges publiques ». Le XIXe siècle fut marqué par un processus d'industrialisation qui, au lieu de bouleverser les structures de la civilisation, provoqua un appauvrissement d'une partie de la population, laissant ainsi, nombre d'individus sans plus de protection, ni dans la sphère du travail, ni dans celle de la vie sociale et familiale. Une nouvelle classe apparaissait : la classe ouvrière, payée à la semaine, à la journée ou à l'ouvrage et moins bien considérée que la future classe des employés - payés à l'année et parfois assurés d'une caisse de prévoyance et de retraite ( fleuron du paternalisme social ) - . La donne sociale, ainsi redistribuée, il fallut légiférer de façon à apporter soutien, assistance et protection à la société, tout en préservant les acquis de la Révolution et de la Convention : s'y agrégeait notamment le principe de solidarité et d'égalité des chances. Ne faisons que citer la loi de 1841, interdisant le travail aux enfants ne sachant ni lire ni écrire, les lois de Jules Ferry de 1881 et 1883, établissant, dans un premier temps, le principe de l'école primaire gratuite et obligatoire et, dans un deuxième temps, le principe de l'école publique, puis, dans un autre domaine, la loi de 1884, autorisant les syndicats. Depuis la fin de la Révolution française, le débat politique s'est nourri d'affrontements autour des façons de réduire, sinon de faire disparaître les inégalités entre citoyens. La longue période de croissance économique postérieure à la Seconde Guerre Mondiale, n'avait pas effacé l'opposition fondamentale entre les tenants optimistes d'une résolution des problèmes sociaux par le progrès économique, et les partisans de cette position critique : seul, un changement radical pourrait faire disparaître la condition de « dominés » d'une partie des citoyens et assurer les conditions d'une véritable égalité entre eux. Une telle absence du politique explique que l'on puisse parler de « démocratie d'opinion », c'est-à-dire d'une conduite des affaires politiques fortement influencée par les sondages, ou encore de « démocratie directe » consistant à laisser aux médias une place prépondérante et parfois décisive dans le traitement des affaires de la Cité : ils deviennent des espaces dans lesquels se joue le sort des questions relevant normalement de la compétence des instances politiques ou d'institutions publiques. La politique sociale n'a plus grand intérêt dans cette démocratie atone, en manque d'idées nobles pour mobiliser l'ensemble de la société sur des objectifs de réduction des inégalités, de restauration de la cohésion sociale et de réactivation de la solidarité. On se contente aujourd'hui, de mesures sociales pour contenter les revendications de groupuscules, de minorités qui, lors d'élections, pourraient faire pencher la balance... L'incapacité du pouvoir politique d'entreprendre une grande réforme de la protection sociale, qui, là, serait une vraie mesure de politique sociale, résulte de cette paralysie qui l'atteint, lui, contraint par les acteurs économiques et sociaux. Le pouvoir est ainsi exposé à cette crise du politique avec cette désertion civique croissante, caractérisée par de fortes poussées abstentionnistes depuis la fin des années 1980, avec l'affaiblissement notable de l'engagement partisan ( seulement 2 % des électeurs adhèrent de nos jours à une organisation politique, ce qui place la France en dernière position parmi les pays européens ). Pour l'Etat, la dépénalisation de la drogue serait une merveille du point de vue des impôts indirects. Comme le soulignait, en effet, Bernard Kouchner sur une chaîne d'Etat, le prix des cigarettes étant en constante augmentation, les gens en consomment moins qu'avant ce qui diminue les bénéfices de l'Etat, via la TVA... Pour un ministre de la santé qui, censément se doit de veiller à la sécurité de ses concitoyens, à la solidarité au sein de la société et qui, entre nous, ferait mieux de se pencher sur le problème de la Sécurité sociale ou encore des sans-abri, ( enfin ! Nous pourrions parler de véritable politique sociale ! ), pour un Gouvernement qui normalement est là pour assurer la paix civile et répondre aux attentes de la Nation, il est regrettable et très grave que les propositions de loi ne soient pas émises par le Parlement. Il est inquiétant aussi, de considérer que le bien de la société se trouve aux mains de considérations économiques, médiatiques, électoralistes... Car si le politique oublie que, sans l'homme, la société n'est pas, que sans vraie politique sociale, cohésion et paix civiles ne sont pas,... Alors comme Bainville, nous pourrons dire : « L'autorité publique s'est évanouie : c'est le chaos social et politique »...
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