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![]() Liberté chez les modernes, de la
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La Liberté n'est pas une idée simple. Elle recèle des labyrinthes de ramifications creusées consciemment ou non au gré des évolutions historiques, philosophiques ou morales. Elle a ses familles de pensées et ses partisans qui ne se ressemblent pas mais qui se comprennent, parfois. Le sens même de l'idée de Liberté est lié aux hommes qui la soutiennent. Elle est ce que nous en faisons. L'association « Liberté j'écris ton nom » a pour ambition d'être au service de la Liberté : nous devons, pour bien faire, commencer par connaître la nature de cette dernière et les mobiles de ses défenseurs. C'est bien là l'essentiel de notre action depuis l'origine de notre initiative. Nous tentons d'explorer l'idée de la Liberté pour découvrir ses sens cachés, ses passages secrets et ses paradoxes sous-jacents. On dénombre en effet presque autant de variations sur la Liberté qu'il y a de partisans pour la soutenir. La première difficulté consiste donc à n'éluder aucune vision, à les comprendre toutes et à tenter enfin la difficile réunion de toutes les composantes de cette grande aspiration. Certains profils de caractères et certaines attitudes semblent se lier de façon récurrente avec des visions particulières de la Liberté. On les observe parmi les membres et plumes de l'association, mais également dans l'Histoire. Il ne s'agit pas ici d'élaborer des règles de lecture intransigeantes qui ne pourraient être que démenties car nécessairement engourdies dans la caricature. L'enjeu serait plutôt de suggérer une typologie sans prétention à l'usage pratique de ceux que la Liberté intéresse. Il nous semble en effet possible de distinguer trois grandes familles parmi ses partisans : les sensualistes, les révoltés et les légalistes. Après avoir décrit ces trois grandes catégories, nous verrons comment elles se recoupent et interagissent entre elles avant de montrer que leurs véritables adversaires sont communs et qu'elles ont donc intérêt à s'unir. Les sensualistes considèrent la Liberté comme un besoin existentiel. Sans elle, on ne peut pas vraiment se réaliser. « Je suis libre, donc je suis » pourrait être leur devise. La Liberté est ici une pulsion, un fluide immanent qui imprègne le moindre gestes. On la retrouve dans la brise fraîche, dans le pain quotidien, dans les sentiments de joie, de malheur, de lassitude... Pour les sensualistes, la Liberté est d'abord une sensation, certes simple, mais infiniment nécessaire. Qu'on la retire à ces hommes et ils se sentent mourir. Ils perdent alors leur muse et leur raison d'être, prêts à tout pour la reconquérir. Dans la résistance à l'oppression, ils partent à la recherche de la Liberté perdue, ne connaissant de salut que dans l'espoir de la retrouver. Le poète résistant Robert Desnos écrivait dans Paris occupé : « je vivais non déchu, mais traqué ». Les sensualistes sont des êtres entiers : pour eux vie rime avec Liberté. Ils n'ont pas une approche politique, philosophique ou morale de cette dernière. De telles façons de la considérer sont même tenues en suspicion par eux. Ils ne la confondent pas avec la raison car elle n'est pas pour eux un objet intelligible, elle ne peut s'éprouver que par l'expérience de la vie : « le seul mot qui m'exalte encore est celui de Liberté » (André Breton). On retrouve souvent les sensualistes parmi les artistes (Goya, Delacroix, Brassens, Camus et tant d'autres...) mais pas exclusivement. Liberté, liberté chérie... Les révoltés sont une autre famille de la Liberté. A la différence des sensualistes, la Liberté est pour eux un désir éternellement inassouvi et non un simple besoin quotidien. Ils pensent la Liberté comme une recherche collective plutôt qu'individuelle et disent « nous voulons » plutôt que « je veux ». Ils considèrent l'organisation de la société comme intimement liée au degré de Liberté individuelle et c'est pourquoi ils ressentent la nécessité d'un engagement public. Ce dernier est souvent politique, parfois culturel. Les révoltés sont décidés à lutter contre l'oppression : leur combat est toujours celui de l'émancipation de l'Homme contre les systèmes qui réduisent sa volonté, que ces systèmes soient politiques (absolutisme, totalitarisme, despotisme, nihilisme), économiques (collectivisme, ploutocratie...), moraux (dogmes religieux, mœurs étouffantes ou morale trop rigide). Ils vont à l'encontre des conservatismes établis quand ils les jugent liberticides pour leur préférer le radicalisme du changement. Passionnés, rebelles, la galerie des révoltés s'étend dans l'Histoire à d'innombrables personnalités : Rousseau et Voltaire, Danton, Victor Hugo et Emile Zola, Simon Bolivar et Charles de Gaulle, Jean Moulin et Nelson Mandela, Soljenitsyne et Lech Walesa, Aristide Briand et Jean Monnet... Leurs révolutions sont pacifiques ou violentes, inspirées par des idées ou au contraire en réaction et sans préméditation. Le ressort de leur action est toujours le combat contre l'oppression. Mais être un héros de la Liberté est plus facile dans la révolte que dans la construction : c'est souvent là où le bas blesse. L'Histoire regorge de « faux-héros » de la Liberté qui ont fini par dévoyer leurs idéaux initiaux : la « révolution culturelle » de Mao animait plus les intellectuels occidentaux, chauffés à blanc, que les millions de chinois emportés par cette horreur. Se révolter ne suffit pas, encore faut-il savoir pourquoi et que faire ensuite... Certaines idées, sous couvert de libérer l'Homme, sont des allers simples pour le totalitarisme (de Karl Marx à Lénine et Staline). La Liberté a servi de prétexte à beaucoup de bouchers et d'assoiffés de pouvoirs (en Afrique par exemple, après les indépendances ou pendant la Terreur en France). La révolte est une chose utile, mais dangereuse, à ne manier qu'avec précaution. Le désir d'une Liberté « mythique » peut renverser les montagnes, il peut aussi connaître les pires dévoiements. Les légalistes sont la troisième famille de la Liberté. A la différence du « je veux ma Liberté » des sensualistes et du « nous voulons notre liberté » des révoltés, ils préfèrent dire « nous pouvons avoir telle ou telle Liberté ». Les légalistes ne conçoivent pas la Liberté ailleurs que dans l'harmonie des sociétés civiles et politiques, comme la désirait Tocqueville. Elle est pour eux indissociable de l'idée de responsabilité : pas de droits sans devoirs. La Liberté est ce qui reste une fois retirées toutes les contraintes et obligations imposées par la vie collective, autrement dit : « ma Liberté s'arrête là où commence celle d'autrui ». Pour les légalistes, le service de la Liberté se confond avec le perfectionnement du « contrat social » afin d'aménager des espaces de Liberté toujours plus vastes à l'individu. Pour eux, c'est dans les textes de droit (traités, constitutions, lois, arrêts) que se trouve la régulation fine entre responsabilité et initiative individuelle. Les légalistes sont souvent des juristes, auteurs de constitutions (l'abbé Sieyès, Hamilton, Jefferson), défenseurs des droits civiques (Martin Luther King) mais aussi des hauts fonctionnaires ou des avocats éclairés, des hommes d'Etat soucieux de mettre la légalité au service de la Liberté. Ils tentent de circonscrire les pouvoirs absolus et de prévenir l'excès d'autorité (Montesquieu). Ils souhaitent le progrès des institutions quand ils les jugent inadaptées et sont partisans d'un ordre de liberté, symbolisé de nos jours par l'idéal « Etat de droit » et la pratique démocratique. Le danger de cette posture est de sombrer dans un trop grand conservatisme et de négliger l'élan vital du changement. Il se peut que des édifices juridiques patiemment édifiés au fil des décennies ou même des siècles deviennent tout à coup inutiles et même dangereux pour les libertés, allant à l'encontre des aspirations d'une société civile en pleine évolution. Il faut alors accepter la brutalité de la transition et imaginer une autre vie collective, un autre « contrat social » pour réconcilier liberté formelle et liberté réelle (le passage de la monarchie à la République par exemple, ou bien la construction européenne de nos jours). Sensualistes, révoltés, légalistes : trois familles pour trois visions de la Liberté qui s'influencent mutuellement. Il est rare de ne pas retrouver chez un partisan de la Liberté des éléments plus ou moins marqués de ces trois composantes. Le réel ne se laisse pas facilement capturer dans les classifications, il faut donc faire preuve d' « esprit de finesse » dans l'usage de ces catégories. Les alliances sont fréquentes entre elles : à l'occasion d'une révolution, les révoltés appellent à eux les sensualistes pour emporter les cœurs (de la Marseillaise au Chant des partisans, les journaux de Desmoulins...) et les légalistes pour construire les bases légales d'une société nouvelle. Mais les progrès de la Liberté ne sont pas toujours le fait d'une révolte : ils sont parfois inspirés par l'alliance opportune des légalistes et des sensualistes (dans une République « progressiste » par exemple, le vote de lois sur la Liberté d'association, de presse, de circulation...). Si les hommes qui défendent la Liberté peuvent être très différents, aussi bien par leur niveau d'éducation, leur rang social et leur fortune que par leur caractère et leur idée de la vie, ils se retrouvent toujours unis quand leurs adversaires communs se révèlent. « Ecrasons l'infâme » exhortait déjà Voltaire : totalitarisme, fanatisme, médiocrité et nivellement par le bas, les affres de l'égalitarisme, l'oppression rampante qui court et étouffe ceux qui n'y prennent garde. Tout ce qui tend à réduire l'Homme dans une mécanique étrangère qu'il n'a pas décidé de rejoindre rencontre l'opposition de tous les défenseurs de la Liberté, à l'unisson dans un même combat.
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