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S'il est permis de discuter de la sacro-sainte autorité des médias, c'est avec beaucoup de « modestie » que cet auto-entretien doit se faire, tant juges et parties sont intimement liés dans cette enquête. Au-delà de la subjectivité, il faut se défaire de ses attaches médiatiques pour aller vers la vérité. S'il est une place où il importe de plaire, c'est bien à l'entrecroisé médiatique. La puissance des médias n'est plus à dire, ni même à faire. La perpétuation de l'hégémonie en terme d'idées, plus que d'informations, en France tout du moins, reste la clef de voûte à la fois de la conception générale des idées, mais aussi du système politique. Au travers de cette puissante affirmation, autoritaire et détournée, une impression d'uniformité de l'information naît dans tout esprit critique. Arborer une différence, ou même affirmer un contraire est aujourd'hui crime de lèse-majesté. Qui peut nier ce terme rebattu de la « pensée unique » : « déjà lu, déjà vu, déjà entendu » ? C'est sans complaisance, qu'une heureuse dénonciation de cette spoliation de l'information objective au profit d'une honteuse idéologie, doit émerger. La « liberté » exige autre chose qu'une frauduleuse « pensée unique » jetée au nez et à la barbe de l'opposant. C'est pourtant cette méthode, cet étiquetage, qui occulte vérité et réalité. Néanmoins cette diversité étouffée reste présente. Elle survit bien que l'image dans nos sociétés s'assimile sans nuance à la vérité. De l'information et de ses lettres de noblesse il ne reste qu'apparence, déviation et fausse croyance. C'est un temps de normalisation voulue par ceux qui pourtant s'en défendent : les informateurs sont devenus les déformateurs. Mentir par omission est un art consommé de desservir l'information au profit d'un quelconque intérêt, voir d'un simple appât du gain. Cela pour plusieurs raisons : à l'échelle mondiale il n'y a que peu de sources, la plupart des médias s'informent eux-mêmes par des agences peu nombreuses, qui de fait donnent une lecture quasi-unitaire à un phénomène. Quand un correspondant lointain se voit obliger de traiter à la va-vite un événement d'une importance capitale, que peut-il faire ? Quelle vision peut-il offrir sinon un sentiment déjà partagé ? La rapidité est devenue l'une des clefs de notre monde. En quelques minutes nous connaissons l'événement à l'autre bout de la planète. Dès lors où est la qualité, où est le recul nécessaire puisque que cette progression ne se fait plus par l'investigation mais à coups de communiqués de presse accueillis comme la parole divine ? Le journaliste est devenu un spectateur un peu plus attentif qu'un autre, en effet lequel peut se lever pour la qualité de ses éditos, où sont la verve et le débat, en un mot : le courage ? L'information exige d'être décryptée et non pas seulement retransmise, en découvrir les causes et les enjeux à court et à long termes. Quels sont les tenants et aboutissants de telle décision, d'une certaine sélection dans la présentation des faits ? Ici sont les véritables questions. Pour reprendre cette expression de « médias chauds » (médias de l'instant : télé, radio...), ne faut-il pas exiger un recul nécessaire, une certaine objectivité qui ne doit pas être simplement le privilège de la presse ? Certes la rapidité mondialisée fait de l'information un flux constant, omniprésent, qui sans relâche vient encombrer notre compréhension et notre vision du monde, néanmoins l'effort ne nous est pas interdit. L'homme contemporain pris dans cette nasse de l'information perpétuelle se voit tomber dans une lecture doctrinale, pris au piège d'un prisme idéologique, caractéristique par excellence des « médias froids ». La presse, par exemple, est un terrain propice pour tisser ces chausses-trappes de la pensée. Le peu d'objectivité des médias, ajoutée à l'ignorance première du récepteur (lecteur, spectateur, qui attendent légitimement d'être informés honnêtement) rend la lecture dérobée, donnant un avis généralisé ou généralisant du monde. Cet avis se répand alors et devient la doxa, pensée moyenne, qu'il faut mieux adopter que refuser, par confort et goût du succès. C'est le cercle vicieux de l'information : la déformation originelle se perpétue sans fin. L'instruction souvent partiale qu'on peut recevoir participe à ce cercle vicieux. Ceux qui la prodiguent sans conscience sont les vecteurs normalisateurs de la pensée unique, le conditionnement doctrinal devient omniprésent, parfois même inconscient. Le ministère de l'Education, à l'instar de bon nombre de médias, est tenu par la grande mafia politico-syndicale et peine à faire valoir le bon sens ou la créativité. La contre-productivité est devenue un objectif inconscient, tant à l'école que dans l'information, on ne s'adresse plus à l'individu mais à un public de masse. Ce cercle vicieux de l'information, au-delà de l'ignorance de la réalité, participe en second lieu au débat impossible, notamment en France, sur certains sujets. Ainsi dans notre pays le libéralisme est forcément « sauvage », la famille « rétrograde », la morale « hasardeuse », la police « violente et facho », les patrons « ingrats et profiteurs », les agriculteurs « ignares et pollueurs »; au travers de cet amoncellement de formules à l'emporte pièce se découvre une volonté plus vicieuse et déstabilisatrice tenant à voiler le débat, du moins à l'empêcher en le rendant impossible, puisque débattre avec ce genre de personne est forcément salissant et vain. En revanche le socialisme est « progressiste », le communisme « partageur », l'anti-mondialisation « sensée ». Le non bilan du communisme participe notamment à cette ré-écriture de l'histoire : ou comment entre Hitler et Staline, il y a les bons et les mauvais assassins. L'information est cuite à l'étouffée, assaillit par les ondes d'un discours partisan et peu représentatif. Il faut repenser cela, non pas vers une nouvelle attitude partisane et antagoniste de la première, mais vers un égal traitement dans l'information. La média-cratie gangrène d'une manière très large tant le champ social que politique, le « médiatiquement correct » ; à ce titre certains ont repris pour exemple les grèves de décembre 1995 et la vision monocolore qu'en ont donné les médias. A les croire la France serait devenue un pays masochiste. Les délires iconoclastes de certains journaux et des médias au sens large font de la « pensée unique » leur cheval de bataille, l'assise de celle-ci reste paradoxale puisque c'est Jean-François Kahn et Ignacio Ramonet qui lui donne son sens contemporain. A croire qu'en France les médias s'opposent au reste du monde. La fameuse « exception française » peut bien continuer à refuser la réalité, les situations n'en sont pas moins catastrophiques. Prenons l'exemple des syndicats ultra-minoritaires et des attitudes irrationnelles des médias venant cautionner des actes irresponsables. Pour conclure ne doit on pas reprendre cette déontologie du journaliste et de l'information suggérée par Habermas : 1. Observer l'environnement socio-politique en rendant compte des développements susceptibles d'interférer, positivement ou négativement , dans le bien-être des citoyens 2. Définir les questions significatives de l'ordre du jour politique, identifier les sujets clefs, ainsi que les forces qui les ont conçus et qui peuvent en apporter une solution. 3. Etablir des plates-formes permettant aux hommes politiques et aux portes paroles d'autres causes et d'autres groupements d'intérêts, de défendre leurs positions d'une façon intelligible et éclairante 4. Permettre le dialogue entre la diversité de point de vue, ainsi qu'entre détenteurs du pouvoir (actuels et futurs) et publics de masse. 5. Créer des mécanismes permettant de demander aux responsables de rendre compte de leur manière d'exercer le pouvoir. 6. Inciter les citoyens à apprendre à choisir et à être impliqués, plutôt que de ne faire que suivre et observer le processus politique. 7. Résister, au nom de principes bien définis, aux efforts extérieurs aux médias qui visent à subvertir leur indépendance leur intégrité et leur capacité à servir le public. 8. Respecter le public comme étant potentiellement concerné et capable de comprendre son environnement politique. De toute évidence le média comme creuset de la démocratie et de l'intérêt partagé n'est pas d'actualité.
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