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![]() Monnaie et ses pièges, la
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« La sécurité, thème numéro un de la campagne » peut-on entendre chaque jour à chaque journal télévisé. Après avoir été tabou pendant plus de trente ans, le thème de l'insécurité revient aujourd'hui en force. Entre angélisme déresponsabilisant et angoisse viscérale de lepennisation, la classe politique a longtemps préféré ignorer le problème, la presse aussi d'ailleurs. Mais voici que le thème paria a décidé de parader en vedette. De l'Europe, de la réforme de l'Etat, de l'avenir des retraites, il n'est plus aujourd'hui question : évitons les sujets qui fâchent. Si aux municipales les candidats débattaient à coups de crèches, ce sont aujourd'hui les postes de gendarmes et magistrats qui servent d'arguments aux protagonistes. L'insécurité devient consensuelle.Pourquoi cet engouement soudain et généralisé de ceux qui autrefois n'osaient ni prononcer le mot de « sécurité » ni même en évoquer la substance ? La réponse est simple : les sondages ! En effet, ceux-ci placent la sécurité comme la première préoccupation des Français, devançant même aujourd'hui le chômage. Mais quelle réalité recouvrent ces sondages ? Il y a d'abord les chiffres réels de l'insécurité. Ceux-ci, même si la récente décision de les publier non plus tous les 12 mais 6 mois, anesthésie les variations, sont indubitablement en hausse sur les dernières années. Ainsi, une augmentation de 16% est à déplorer depuis 3 ans. Pourtant, encore faut-il savoir analyser ces données avec prudence tant l'ensemble des agressions ne se poursuit pas systématiquement par une plainte et tant, à l'opposé, une augmentation du nombre de plaintes peut simplement sanctionner, à criminalité constante, un nombre plus important de personnes décidant ne pas passer sous silence l'agression dont ils ont été victimes. L'accroissement de l'insécurité recouvre aussi des réalités diverses : les homicides ont connu une forte baisse de 21% depuis 1992 quand les agressions ont, elles, augmenté de 10% en un an. Le sentiment d'insécurité recouvre lui, une autre réalité. Il ne s'agit plus de connaître les chiffres réels des agressions mais leur perception dans l'imaginaire collectif. Bien sûr, le sentiment d'insécurité repose en grande partie sur l'insécurité réelle mais d'autres facteurs entrent également en ligne de compte. Comme son nom l'indique, le sentiment d'insécurité est d'abord une impression générale. Il y a bien sûr un effet 11 septembre et le souvenir des attentats de 1995 n'est pas si éloigné pour ne pas avoir été ravivé. Pourtant, cet effet doit être relativisé : les sondages annoncent un accroissement de cette préoccupation bien antérieur. Le sentiment d'insécurité correspond à un vécu individuel et quotidien, quand la menace terroriste est ressentie comme un risque largement plus hypothétique et marginal. Le retournement de la conjoncture économique qui voit le chômage remonter chaque mois n'est pas non plus indifférent. La peur de l'avenir accroît la méfiance et rend plus sensible à l'environnement immédiat. Il y a enfin cette augmentation réelle de ce que l'on appelle galamment les « incivilités » : ces tags, crachats et autres insultes qui sans être de la violence véritable n'en contribuent pas moins à détériorer le climat général. Mais d'autres causes doivent également être considérées. A sans cesse nous répéter que la violence est quotidienne, qu'elle est en explosion, que les agressions et vols augmentent, le sentiment d'insécurité s'accroît plus vite que l'insécurité réelle. Prenons un exemple : le programme télé d'une semaine ordinaire. A raison de deux JT sur TF1, trois sur France2, trois sur France3, deux sur Canal+, un sur France5 et deux sur M6, (plus les radios) chaque jour, il faut être un as de la télécommande pour ne pas voir un de ces multiples reportages narrant la montée de la délinquance, d'autant plus que ceux-ci viennent le plus souvent juste après le sujet abordant les violences au Proche-Orient : belle association d'idées. A ce matraquage quotidien, il faut ensuite rajouter l'ensemble des émissions consacrant des reportages entiers au thème de la violence. Qu'il s'agisse de « zone interdite », « ça me révolte » ou encore « envoyé spécial » (qui parfois n'hésitent pas à présenter des reportages datés de deux ans comme l'a dénoncé récemment « arrêt sur images »), chaque chaîne y va de sa petite émission. Enfin, si on considère aussi ces multiples séries telles « Quai n°1 », « Navarro », « Le juge est une femme » ..., où, certes le méchant est finalement arrêté, mais où la victime initiale reste morte, chaque soirée nous apporte un concentré de violence télévisée. Que les choses soient bien claires : je ne cherche pas à minimiser les vrais chiffres de l'insécurité mais l'utilisation qui en est faite, le véritable matraquage médiatique visant à entretenir la peur et l'audimat, ce couple insidieux et dangereux. Face à cette offre télévisuelle, ce prêt-à-penser qui crée sa propre demande, et en vient à établir la sécurité comme première préoccupation des Français, les propositions pleuvent afin de rassurer une population apeurée. On ne peut que s'insurger quand à Moret-sur-Loing une interdiction générale de rassemblement est appliquée à l'ensemble de la population après 22 heures : promener son chien ou se retrouver entre amis une fois la nuit tombée deviendraient-elles des occupations a priori répréhensibles ? Et que dire de la vidéo-surveillance en développement constant ? Bien sûr on me rétorquera que les gens honnêtes n'ont rien à cacher. Mais là, je réponds, et sans hésitation, que si. Quand on sait qu'en France, il existe aujourd'hui une caméra de surveillance pour soixante habitants, il y a de quoi frémir. Et plus encore quand celles-ci sont installées dans des lieux publics, voire en pleines rues comme cela est le cas à Levallois (première ville à s'en être dotée), Paris, Lille, Toulon, Marseille ou Montpellier. Il n'est pas besoin de se raccrocher à des ouvrages de science fiction pour envisager les conséquences potentielles sur les libertés individuelles d'une telle surveillance généralisée. Qui plus est, la vidéo-surveillance ne résout rien : elle ne fait que déplacer la délinquance des zones filmées vers les zones exemptes de caméras. Le risque de voir nos villes devenir comme New York, dont le cœur Manhattan est certes devenu sûr, mais au détriment des autres îles où l'insécurité s'est accrue d'autant, n'est alors plus irréel. De telles décisions ne sont finalement rien de plus qu'un moyen de se donner bonne conscience, sans efficacité réelle mais en tout cas à grand frais. De même, la loi sur la sécurité quotidienne, votée dans l'affolement du 11 septembre, impose des limitations aux libertés individuelles véritablement inacceptables. Son article 23 permet ainsi aux forces de polices de fouiller tout véhicule en stationnement. La procédure de visite des véhicules, telle que la prévoit la loi, si elle se déroule « sur réquisitions écrites du Procureur de la République » n'offre néanmoins aucune garantie sérieuse et concrète au regard des libertés individuelles en jeu. Le Procureur n'est en effet nullement tenu de faire preuve d'une quelconque précision dans la rédaction de ses réquisitions. Nul besoin, semble-t-il, de se montrer très explicite dans la désignation d'un lieu, ou dans la détermination d'un délai ou d'une date limite. Il suffit que la réquisition vise à la recherche et poursuite des actes de terrorisme (il semble intéressant de rappeler que la définition de ces actes par le nouveau code pénal reste notoirement imprécise), des infractions en matière d'armes et d'explosifs, ou encore des faits de trafic de stupéfiants. Un véritable espace de propriété privée est ainsi violé sur la base de simples soupçons. Il sera également loisible à la police d'engager des poursuites contre le propriétaire du véhicule, que l'infraction éventuellement constatée soit ou non en rapport avec l'objet de la fouille initiale. Les dispositions prises effacent ainsi un peu plus la distinction entre l'infraction commise et le soupçon d'infraction, voire le soupçon d'infraction potentielle, qui jusqu'à présent n'appelaient l'intervention des pouvoirs publics que dans des limites extrêmement bien marquées, par respect des espaces de liberté individuelle. Les procédures judiciaires sensées protéger les présumés innocents s'en trouvent ainsi considérablement réduites. L'article 29 de cette même loi, prévoit également d'imposer aux opérateurs téléphoniques la conservation des données de communication pendant une période pouvant atteindre un an. Si la conservation des communications porte atteinte au respect de la vie privée et des correspondances, le projet précise, comme garantie, que la durée de conservation des données sera fonction de la nature des communications. Or, seule une connaissance de la nature des conversations permet d'en apprécier la durée de conservation. Ainsi, cette garantie instituée pour protéger le respect de la vie privée et des correspondances, en revient in fine à la réduire à néant. Enfin, l'article 31 propose de criminaliser le recours à la cryptologie, rendant ainsi a priori répréhensible tout cryptage de données, et donc interdisant aux particuliers la protection de leurs données individuelles (traces comptables, correspondances privées ou d'affaires etc...) Le manque de courage politique de nos députés et sénateurs qui ont, soit voté la loi, soit refusé de saisir le Conseil Constitutionnel qui aurait assurément censuré les parties liberticides du texte, est consternant. Il est vrai qu'il leur en aurait fallu du courage pour s'élever contre certains articles de cette loi présentée comme répondant à l'aspiration de sécurité des Français. Expliquer les dangers d'un tel texte était en effet plus délicat que claironner une lutte contre le terrorisme. Il ne reste désormais plus aux citoyens qu'à saisir la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Permettre la sécurité de tous sans empiéter sur les libertés de chacun pourrait s'apparenter à une véritable quadrature du cercle. Là encore, je ne veux assurément pas critiquer certaines mesures absolument nécessaires. Oui à la tolérance zéro (pourquoi devrait-on tolérer la moindre atteinte à la loi, si cette dernière est bien faite ?), oui aux centres permettant d'éloigner les mineurs récidivistes de leur environnement, oui à l'exécution intégrale des peines, même les plus minimes. Mais non à tout ce florilège de mesures qui tendent à encadrer l'ensemble de la population « pour son bien » au nom d'un soi-disant consensus sécuritaire ! C'est là une solution de facilité qui masque une grave dérive. Il semble qu'une réflexion profonde mais surtout sereine soit aujourd'hui nécessaire sur ce sujet. La sécurité est un thème trop grave pour être laissée aux pressions médiatiques et aux sentiments instinctifs (à ce fameux « bon sens »). Le consensus sécuritaire, « première préoccupation des Français » doit se déparer de ses hallucinations afin de regarder le véritable problème en face. La sécurité est nécessaire, elle doit être une réalité, mais jamais un moyen vers d'autres fins.
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