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Taxe sur les billets d'avion : "Un euro, ce n'est rien."

par Pierre Schweitzer, le 13/06/06
Voilà des jours que M. Douste-Blazy fait sa tournée des médias afin de promouvoir la fameuse taxe sur les billets d'avion censée financer un fond d'achat de médicaments pour les pays pauvres. Revenons d'abord sur l'origine de cette taxe. Elle a été imaginée par le très rouge et très corrompu président brésilien Lula, jamais en manque d'imagination sur la façon de redistribuer les richesses, conjointement avec notre rouge national, M. le Président Chirac, lui aussi très conscient des ravages de la mondialisation et doté d'une créativité fiscale exceptionnelle. Ensemble ils ont eu l'idée d'instituer une taxe sur les billets d'avion allant de 1 à 40 euros selon la destination et la classe. Ce projet baptisé UNITAID financera une centrale d'achat de médicaments destinés aux pays pauvres qui ne sont pas en mesure de se les payer. Depuis lors, plus de quarante pays se sont ralliés à cette noble cause, ce dont M. Douste-Blazy se félicitait chaudement sur France Info.

Comment a-t-il défendu sa taxe (car une taxe ce n'est jamais facile à faire passer, sauf si on avance les arguments indiscutables) ? Tout d'abord il a fallu faire comprendre aux français que lui-même était humainement très impliqué. Que dis-je, révolté ! outré ! écoeuré par notre immobilisme ! "Lorsque je sais qu'un enfant africain meurt de la tuberculose toutes les 30 secondes, eh bien excusez moi mais je ne le supporte plus !". "Savez-vous que dans le monde 1/5ème de la population consomme 4/5ème des ressources ?". Douste est révolté, attention, c'est sincère !

Mais ce n'est pas tout : "S'il y a bien une chose que je ne supporte plus, c'est qu'on me dise que c'est de l'humanitaire. Non, c'est de la politique étrangère." Concédons lui que c'est de la politique, c'est certain. Pour ma part je dirais même que c'est de la politique intérieure…

Vient ensuite le nerf de la guerre, les sous. Là on ne rigole plus. Le Ministre des Affaires Etrangères affirme que ce qui n'est plus tolérable c'est qu'on puisse remettre en cause les financements de telles opérations chaque année. C'est pourquoi il faut instituer une taxe qui constituera une source de financement stable. Un homme politique a déjà du mal à comprendre qu'on discute un impôt, mais quand en plus il s'agit d'africains dans la misère cela deviendrait indécent de penser à son petit confort matériel. D'ailleurs l'argument suivant en découle : "1 euro ce n'est rien". Si vous voyagez en France et en dernière classe…Et si la seule taxe que nous avions à payer était celle sur les billets d'avion…Mais de l'essence à la télévision en passant par tous ce que vous voulez (de toute façon avec la TVA rien n'échappe aux taxes) c'est notre quotidien qui est taxé. Alors de 1 euro en 1 euro on arrive à nous ponctionner plus de 50% de la richesse créée en France. Mais le "principe d'indiscutabilité " jouant, personne n'osera remettre en cause le bien-fondé de ce nouvel impôt (surtout pas le journaliste qui n'a fait qu'écouter religieusement la présentation du ministre)

C'est bien une méthode que Liberté Chérie s'efforce de dénoncer, le tout impôt. Il y a un problème ? Des impôts ! Une inégalité intolérable ? Des impôts ! Une idée géniale à mettre en œuvre (par l'Etat bien sûr) ? Des impôts ! Avec des impôts on peut refaire le monde, mais on l'empêche de marcher. J'ajouterai que je ne suis pas payé pour aider Liberté Chérie à dénoncer ces mesures démagogiques. En revanche M. Douste-Blazy est payé des fortunes pour prendre des airs indignés à la télévision, venir faire le clown avec son ballon de foot UNITAID et pour jouer avec l'argent des autres. Avec l'argent des autres on peut mettre en œuvre beaucoup d'idées dont on aura jamais à payer les conséquences. Or les hommes de l'Etat jouent avec notre argent, se servent au passage dans bien des cas, et en plus ils sont payés pour ça ! Et pas au salaire d'un ouvrier du bâtiment s'il vous plait (en 2002 les ministres se sont augmentés de 110%)

Notons pour finir que la mondialisation n'est pas oubliée : le ministre rappelle à ses auditeurs incultes en économie (contrairement à lui) que la mondialisation a pour effet de rendre les pays riches encore plus riches et les pays pauvres toujours plus pauvres. Que d'inepties concentrées dans 15 minutes d'interview ! Contentons nous de rappeler que les ex-pays pauvres qui se sont ouverts au libre-échange ont prospéré (Corée du Sud, Japon,…), et que la misère des pays africains vient essentiellement de leur manque d'institutions démocratiques, condition indispensable à un développement sain. Mais cette misère vient aussi de notre fantastique hypocrisie qui consiste à les "aider" en volant les citoyens des pays riches (ce qui est le meilleur moyen de maintenir les pays pauvres dans le sous-développement) et de refuser dans le même temps d'accueillir leurs marchandises. Echanger avec l'Afrique serait pourtant bénéfique à nous européens (produits moins chers) et surtout à eux africains qui pourraient démarrer une convergence économique comme les pays asiatiques le firent au XXème siècle. Seulement pour accueillir les produits africains (agricoles surtout) il faudrait  par exemple le courage politique de supprimer la Politique Agricole Commune, machine à subventionner des agriculteurs devenus inutiles et qui reçoivent 40% du budget européen. Avec cet argent (volé au contribuable) ils produisent en dépit de toute considération économique et nous finissons par envoyer aux africains nos milliers de tonnes de surplus !! La boucle est bouclée…N'aurait-il pas été plus sain d'échanger avec eux plutôt que de les nourrir comme des enfants ? Mais c'est ainsi, nous préférons nous sentir généreux en envoyant des millions en Afrique plutôt que d'accepter la concurrence de ces pays et de les voir se développer pendant que nous sommes contraints d'être toujours plus performants pour maintenir notre croissance et nous spécialiser dans les services à haute valeur ajoutée. Mais tout ça est moins facile à concevoir que les aides directes et surtout cela ferait perdre leur raison d'être à beaucoup de gens… Ne nous faisons pas d'illusions, à ce rythme ce n'est pas nous qui aiderons les pauvres du monde et nul doute que dans le futur les enfants de la génération Chirac inventeront de nouvelles taxes "abracadabrantesques"…

Pierre Schweitzer