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![]() L'hôpital vu du lit
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Paradoxe du BTP : on manque d'ouvrier dans un pays au 10% de chômagepar Réjane Le Gratiet, le 24/07/06
Le
secteur du BTP est une mine d’or non-négligeable
mais négligée par les salariés. Avec ses 2.2 millions de chômeurs en mai 2006, la France a vu ses "inoccupés" refuser déjà 47 000 offres d’emploi dans le secteur du bâtiment – travaux publics en Mars 2006. Alors que le mot « chômage » fait partie des thèmes que l'on adore aborder, on parle peu des emplois créés et offerts chaque année dans ce secteur peu valorisant : 140 000 offres d’emploi sont proposées chaque année et pourtant la main d’œuvre manque. Est-ce parce que ce secteur apparaît aux yeux de la population comme un secteur en déclin ? Une idée reçue car le secteur du BTP bénéficie d’une très bonne conjoncture avec des niveaux de construction de logements et bureaux exceptionnels. Un simple coup d’œil sur la cité phocéenne nous le prouve : Marseille est un gruyère, les immeubles y poussent à chaque coin de rue, parkings et tunnels se creusent et le tramway fait souffrir ses ouvriers de la canicule. Le BTP est le secteur le plus créateur d’emplois. La vraie réponse est plus simplement française : le secteur du BTP est vu d’un très mauvais œil par les français. On dit que les ouvriers sont négligés, qu’ils font un travail primaire et fatiguant, que les chefs de chantier sont des rustres qui braillent à longueur de journée et que c'est un travail mal payé pour l'effort fourni. Pourtant les opportunités de réussite sont à exploiter dans ce secteur même. Et il y en a pour tout le monde et pour tous les goûts. Postes qualifiés, non-qualifiés, à haute responsabilité, purement exécutifs… avec des perspectives de carrières inespérées dans d’autres secteurs. Comme quoi les préjugés font passer beaucoup de français à côté de leur chance. Les possibilités d’évolution et de promotion sont maximales : 80% des employeurs artisans du BTP sont d’anciens salariés. Ce secteur a besoin d’être revalorisé ! De quelle manière ? Par des campagnes d’information gouvernementales ? Paradoxal lorsqu’on sait que des élèves sont poussés à de longues études dans des universités sans débouchés parce qu’en France, nous avons tous le droit de faire des études. C'est presque devenu un devoir. C’est un prestige social que d’acquérir un Master en sociologie… mais c’est un prestige que tout le monde ne peut s’offrir ! Les études sont gratuites mais le temps perdu, en heures travaillées et récompensées par un salaire, a un coût considérable pour ceux qui ont envie de créer, s’émanciper, se sentir utiles. Le fait de poursuivre des études inutiles a un coût d’opportunité et il est une utopie de penser qu’il existe un être supérieur capable de savoir ce qui est bon pour tous. Laisser les individus décider et aider les indécis à trouver leur voie, quelle qu’elle soit, ce devrait être la devise des conseillers d’orientation. Trop de jeunes cherchant leur voie sont orientés vers des parcours généraux tandis que l’on manque aujourd’hui de personnes qualifiées, responsables et ambitieuses dans certains secteurs plus spécialisés. Un problème de fond qui a ses conséquences car aujourd'hui, les travaux les plus difficiles ne sont pas récompensés par la considération qui leur est due. Heureusement, le salaire est là. Parce qu'il vaut mieux s'investir dans un métier qui a de l'avenir plutôt que de rêver d'études pesantes pour certains. Ceux qui travaillent dur sont récompensés dans le BTP. Et les patrons ne sont pas tous des "salauds" : les rémunérations sont en constante hausse. La loi de l'offre et de la demande joue ici pleinement son rôle. La main d'œuvre manque et recruter des personnes de confiance est devenu difficile. Les employés peuvent donc faire pression avec leur simple capital humain, leurs qualités humaines. "Je ne veux pas rater des embauches pour un simple problème de salaire, avoue François Rougnon président d'une entreprise en génie climatique. Payer cher un bon manager fait gagner de l'argent, en recruter un mauvais en fait perdre." Tout est une question de logique et dans ce secteur, la motivation et la volonté des salariés valent plus qu'un diplôme. En 2004, on notait une progression des salaires dans le bâtiment de 3% et en 2005, elle était de 3.2%. De plus, l'on constate que 85% des entreprises du BTP versent aussi des primes de fin d'année, de fin de chantier, de résultat et de mobilité. Des chiffres à prendre en considération. Aussi, une entreprise sur deux octroie des avantages en nature à ses employés : 87% des entreprises leur accordent une voiture de fonction et 73% un téléphone portable. Sans compter que les entreprises les plus structurées (58% du total) ont mis en place un mécanisme d'épargne salariale de manière à responsabiliser leurs employés pour leurs investissements futurs. Nous devons prôner la mobilité professionnelle. Toujours se rediriger vers un secteur qui se porte au mieux pour vivre mieux. Il faut de tout pour faire un monde, rien n'est plus vrai. Gagner 2500€ par mois dans le BTP après avoir abandonné un CAP en mécanique automobile, c'est le cas de Geoffrey. A 16 ans, il décide qu'il n'est pas fait pour les études, ce qu'il aime c'est travailler beaucoup pour gagner beaucoup. Il fait ses débuts dans un garage automobile, puis décide de rentrer comme caissier dans une superette. Mourir d'ennui toute la journée ce n'est pas pour lui. Il est embauché chez Feu Vert et passe manager en quelques mois. Les responsabilités ne lui font pas peur. Deux ans plus tard, il se rend compte que gagner à peine plus que le SMIC pour tout ce qu'il fait, c'est une honte et que les opportunités de carrière sont ailleurs. A 23 ans, aujourd'hui salarié dans le BTP, il gagne 2500€ par mois (jusqu'à 1500€ de plus que ses amis), a acheté son appartement avec sa conjointe qu'il va épouser, collectionne les voitures qu'il aime bichonner… et sait qu'il a eu raison de ne pas écouter ceux qui ne voyaient pas ce que lui voyait. Perdre
cette vision statique de l'emploi et de l'économie est primordial.
Le célèbre désir d'un emploi à vie n'est plus d'actualité. L'économie
et le travail sont comme la vie : emplis de surprises et d'imprévus.
Qui oserait demander à un défunt de "redescendre" pour effectuer
ses 35 heures car son contrat de travail le lie à vie à son employeur
? Des entreprises meurent, d'autres naissent et la vie est faite ainsi,
avec ses bons et ses mauvais côtés. Certains secteurs sont en expansion
et d'autres en régression, des innovations jaillissent et il faut essayer
de s'adapter. Tout le monde est entrepreneur, car entreprendre c'est
voir des perspectives de "meilleur être" pour soi et pour
d'autres. La sécurité de l'emploi ne serait plus un emploi à vie
mais serait l'assurance de pouvoir retrouver un emploi durant toute
sa vie. C'est de savoir que si aujourd'hui, je souhaite quitter mon
poste, je retrouve mieux le soir même et que demain s'il le faut je
retrouverai encore mieux. Si tout le monde occupe un poste à vie, où
est laissée la place pour les innovations qui nous sont si chères
aujourd'hui ? Geoffrey l'a compris, la justice c'est de récompenser
chacun pour ce qu'il apporte à la société. Et en ce moment, chaque
personne apporte beaucoup dans une entreprise du BTP ! Réjane LE GRATIET
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