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La fin de Doha et de la libéralisation des échanges agricoles
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La fin de Doha et de la libéralisation des échanges agricoles

par Ronny Ktorza, le 26/07/06

          Le 24 Juillet 2006, un temps mort a été décidé par les six principaux acteurs du cycle de Doha (UE, USA, Inde, Australie, Japon, Brésil) suite aux blocages dont sont responsables les USA et l’Union Européenne sur l’agriculture.

          En effet, d’un côté, les USA (par la voix de Susan Schwab, la représentante étatsunienne au commerce) accusent l’Union Européenne de ne pas suffisamment ouvrir son marché agricole protégé par des droits de douane prohibitifs et, de l’autre, l’Union reproche aux Etats-Unis d’accorder trop d’aides à leurs producteurs nationaux (reproche assez « culotté » quand on sait que 40% du budget communautaire est consacré à la Politique Agricole Commune). Les deux camps se rejettent donc la faute mutuellement et se sont refusés tous deux à faire de nouvelles concessions.

          Comme l’explique Jean-Pierre Lehmann du très libre-échangiste groupe d’Evian, cette suspension comporte des risques sérieux et induit un regain de protectionnisme assez inquiétant. On peut également porter un regard très négatif sur l’OMC dont le « mandat » depuis 10 ans a été un échec cuisant. Non seulement, depuis 1995, la route vers la libéralisation des échanges s’est arrêtée mais, en plus, l’OMC tend à devenir une tribune protectionniste où tous les Chefs d’Etat du monde viennent y défendre la « non-marchandisation » de certains biens. N’a-t-on pas vu, par exemple, Roland Blum y prôner l’existence d’un statut spécial pour le cinéma ? Et que dire de son Directeur actuel, l’« ultra-libéral » du Parti Socialiste, Pascal Lamy bien connu pour sa défense de la libéralisation des échanges ? Son objectif n’est-il pas de réguler la mondialisation ? Ne prône-t-il pas une intervention de la puissance publique dans des domaines où l’Etat est défaillant (infrastructures transfrontalières, recherche, voire politique industrielle) ?  Ne souhaite-t-il pas le maintien de la tradition européenne de discrimination positive. Pas mal pour un libre-échangiste !

          Outre le bilan désastreux de cette institution « inter-étatique ultra-libérale » (contradiction dans les termes ?), on pourra également s’inquiéter du sort de l’agriculture des pays en voie de développement qui vont énormément pâtir de l’échec du cycle de Doha. En effet, les spécialistes s’accordent à dire que, dans un premier temps et pour se développer efficacement, les pays en développement doivent avoir accès aux marchés européens, ce qui n’est évidemment pas le cas pour le moment. Ils sont victimes d’une concurrence déloyale alors que de nombreux Chefs d’Etat africains (Abdoulaye Wade en tête) seraient prêts à renoncer aux aides financières européennes et étatsuniennes si les deux Grands acceptent d’ouvrir leurs marchés agricoles

          Autres victimes : les contribuables européens (qui financent la PAC à hauteur de 40 milliards d’euros par an), les consommateurs (privés d’une concurrence entre producteurs européens et producteurs non-européens qui aurait conduit inéluctablement à une baisse des prix drastique) mais aussi les …agriculteurs : du fait de certaines restrictions sur les prix (Bruxelles imposant des prix de vente minimums), ces derniers sont contraints de vendre leurs produits à des prix très élevés, lesquels produits ne trouvent pas tous preneurs, ce qui entraîne des surplus et donc des gaspillages. La réforme tant espérée de la Politique Agricole Commune n’a pas, non plus, eu les effets escomptés : Franz Fischler, l’ancien Commissaire européen à l’agriculture, a mis en place un système de découplage des aides de la production. En clair, les agriculteurs toucheront une prime unique par exploitation,… qu’ils produisent ou pas ! De plus, devant la nouvelle « vague » d’écologie politique (qui a permis aux anciens communistes et autres socialistes de trouver un nouveau prétexte légitime, aux yeux des citoyens, d’intervention de la puissance publique), les Eurocrates ont fait peser des contraintes environnementales très lourdes sur les agriculteurs dont l’activité serait très nuisible à l’environnement. Or, ces mêmes politiciens européens sont responsables de ces nuisances en ayant accordé aux agriculteurs, des tarifs extrêmement bas sur l’eau et en les ayant conduit, pendant des années, à une course vers une surproduction effrenée. On n’oubliera pas, non plus, les réglementations sauvages pesant sur ces derniers, certains agriculteurs passant plus de temps à remplir des formalités administratives qu’à se consacrer à leur activité.

          Cet ensemble de choses montre à quel point une réforme agricole aurait été souhaitable en Europe mais aussi aux Etats-Unis où Georges Bush, peu après son élection, avait offert des subventions « royales » aux agriculteurs nationaux. Hélas, les pays en voie de développement n’ont pas constitué un lobby suffisamment puissant pour contrer l’hégémonie agricole liberticide des deux Grands. Aux dépens des producteurs des pays pauvres.