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Vous trouverez ci-dessous l’interview de Christophe Maillard sur la chaîne de télévision Direct 8. Cette émission avait lieu en direct le mardi 29 août 2006 à 12h15. L’interview était menée par Guillaume Zeller, journaliste de Direct 8. GZ. « Christophe Maillard, bonjour. Pour vous l'arrivée de Raul à la place de Fidel peut-elle changer les choses en terme de respect des libertés publiques fondamentales ? CM. Bonjour. Malheureusement, je ne pense pas que l’on puisse espérer quoique ce soit de l’arrivée au pouvoir de Raul Castro dans la mesure où il est partie prenante du système depuis 1959. Je rappelle qu’il est numéro 2 du gouvernement, ministre de la défense, second secrétaire du parti communiste qui est un parti unique. Il a participé à l’avènement de la dictature communiste en 1959. Bref, pourquoi espérer quoique ce soit de nouveau d’un homme qui cultive le système depuis tant d’années… GZ. Raul, ce n'est donc même pas « Fidel Light » pour reprendre les termes du porte-parole adjoint du département d'Etat américain ? CM. Non. Il s’inscrit dans la continuité de son frère. Aucun signe ne nous permet à ce jour de penser qu’il changerait ou même améliorerait à la marge les choses. GZ. Pouvez-vous nous rappeler à grands traits la situation des libertés publiques à Cuba ? CM. Tout à fait. Je vais vous dire tout d’abord un mot du système politique en place à Cuba puis vous parler un petit peu du quotidien de la vie cubaine. Tout d’abord, je souhaite rappeler que Cuba est une dictature. On occulte trop souvent ce terme lorsque l’on parle de Cuba. Pourtant tous les pouvoirs sont concentrés dans les mains d’un seul homme : Fidel Castro était le chef de l’Etat, du gouvernement, des armées, du parti unique, et possédait un contrôle totale de la presse, le tout sans élection aucune depuis 1959. En fait Fidel Castro à Cuba, c’est comme si, en France, Olivier Besancenot était Président de la République, Premier ministre, chef d’un parti unique, et qu’il supprimait tout processus électoral. Pour revenir à Cuba, je me permets de citer stricto sensu la Constitution cubaine : la liberté d’expression est garantie à condition de ne pas remettre en cause « le socialisme, l’Etat socialiste et le communisme ! ». On peut rapidement se rendre compte que la Liberté d’expression est donc en fait clairement inexistante. D’ailleurs, la presse est tellement contrôlée que des antennes de radios ont été implantées en Floride par des réfugiés cubains pour diffuser à Cuba des idées de démocratie et de Liberté ! Le gouvernement n’hésite d’ailleurs pas à enfermer ses opposants en prison. Cela a notamment été le cas en 2003, alors que la presse internationale était focalisée sur l’actualité Irakienne, puisque Castro a enfermé 75 de ses opposants qui étaient soit des journalistes, soit des écrivains, des bibliothécaires ou des syndicalistes ! Pour ce qui est des cubains au jour le jour, on pourrait citer des dizaines d’exemples témoignant de l'aspect totalitaire du régime de Castro. Je n’en citerai que deux. Il faut par exemple savoir, et je pense que cela parlera à vos téléspectateurs, que posséder un fax, une photocopieuse est interdit à Cuba ou soumis à l’autorisation d’un bureaucrate quelconque. Ces instruments sont en effet dangereux pour l’Etat cubain car ils représentent un risque de propagande anti-dictature. Par ailleurs, il existe dans chaque quartier d’habitation des comités de la révolution qui sont en fait tout simplement des hommes qui ont pour vocation de dénoncer leurs voisins s’ils possèdent justement un FAX ou une photocopieuse, s’ils tiennent des propos anti-castriste ou autre. Les cubains vivent dans la peur de la dénonciation par leurs voisins. Le schéma d’organisation de la société me fait réellement penser à celui décrit dans « 1984 » de George Orwell. Big Brother existe à Cuba et il s’appelle Castro ! GZ. Au-delà des répressions socialistes « classiques », vous pointez également des persécutions plus « réactionnaires » comme le poursuite des homosexuels ou encore le rejet des Noirs qui représentent 75% de la population cubaine CM. Tout à fait. L’homosexualité est considérée comme une déviance sociale à Cuba. Les relations sexuelles homosexuelles étaient d’ailleurs interdites jusqu’en 1992. Avant cette date, lorsqu’on était homosexuel, on allait en prison à Cuba ! Pour ce qui est de la population de couleur noire, elle est en effet sous-représentée dans les strates du gouvernement cubain. Pour un pays communiste où « l’égalité » est le mot d’ordre principal, il n’y a pas un noir au pouvoir alors que 75% de la population est noire. Pourtant, il serait facile de mettre des noirs au pouvoir puisqu’il n’y a pas d’élections…il suffit de le vouloir ! GZ. Vous soulignez également d’autres tares du régime cubain: la prostitution, la corruption ou encore le travail des enfants : on se croirait encore sous Batista, le prédécesseur de Castro renversé en 1959. CM. Les habitants sont souvent obligés de trafiquer pour pouvoir survivre, voire de se prostituer. C’est le propre de ce genre de régimes. On assistait à ce genre de choses en Union Soviétique le siècle dernier. La corruption : dans un tel Etat, c’est également le principe. Vous avez toujours une caste de privilégiés au pouvoir qui accordent des privilèges, des passes droits à leurs amis. En revanche, je ne suis pas certain que l’on puisse dire que ce régime ressemble à celui de Batista. Du temps de Batista, Cuba était une dictature indéfendable mais le régime de Castro est pire car en plus de cumuler l’ensemble des pouvoirs il contrôle la vie sous tous ses aspects : il contrôle la presse, l’économie, les moyens de communication, les écoles où la propagande est au centre de l’éducation etc. Par ailleurs, Batista avait osé, lui, se présenter devant le suffrage universel. GZ. Pouvez-vous nous donner le nombre approximatif de victimes du régime castriste, les morts, les exilés, les emprisonnés ? CM. Il est toujours difficile d’avoir des chiffres précis car de tels régimes ne pratiquent pas la transparence. Toujours est-il que l’on estime le nombre d’exilés cubains à 2 millions de personnes (sur 11 millions d’habitants !). Même la fille de Fidel Castro, Alina Fernandez, a fui et s’oppose maintenant publiquement à son père. On compte également environ 17000 fusillés. Souvent des opposants au régime ou des gens qui ont tenté de s’enfuire. Enfin, on estime le nombre de personnes emprisonnées à 100 000 depuis 1959. Mais les chiffres vont jusqu’à 300 000. GZ. Vous dénoncez régulièrement le positionnement d'une certaine classe politique et intellectuelle française face au castrisme. Vous venez notamment de signer une lettre ouverte en réaction aux déclarations de Jack Lang. Comment expliquer cette indulgence française ? CM. Plusieurs hommes politiques ou journalistes ont effectivement régulièrement manifesté leur sympathie à l’égard de la dictature castriste. Dernièrement, comme vous le rappelez, Jack Lang a affirmé que Castro était un « libérateur face à l’impérialisme américain ». Je ne suis pas certain que Jack Lang se soit rendu compte qu’il y avait plus de barques de fortunes en partance de Cuba pour les USA que le contraire. Mais Jack Lang n’est effectivement pas le seul : Danielle Mitterrand a reçu Castro à l’Elysée en 1995 et a même qualifié Cuba de « paradis socialiste ». C’est vrai que c’est un paradis socialiste puisque c’est un paradis pour la classe dirigeante. Mais c’est un enfer pour le peuple cubain. Enfin, on pourrait également citer Philippe Seguin qui lui a ouvert les portes de l’assemblée nationale, sans qu’aucun député ne sorte. Je pense que son action est jugée positivement par beaucoup de monde car au début il a été le sauveur : il a au départ libéré Cuba d’une dictature. Le problème est qu’il a installé en lieu et place de cette dictature une dictature totalitaire. GZ. Il y a une théorie qui vous hérisse, c'est celle qui consiste à dire que le régime castriste a appliqué une politique de santé et d'éducation particulièrement performante. En quoi est-ce un mensonge selon vous ? CM. Tout d’abord, il faut encore une fois énormément se méfier des chiffres officiels cubains qui sont ceux d’une dictature. Je n’accorde aucun crédit à ces chiffres! Par ailleurs, même si ces systèmes étaient de qualité, ils ne pourraient servir à justifier la dictature cubaine. Sinon c’est comme si l’on justifiait les actes d’Hitler par le fait qu’il a construit les premières autoroutes et les premiers avions à réaction. Pour ce qui est de l’Education, il faut rappeler que les taux de scolarisation sont toujours haut dans les dictatures communistes. C’était le cas en URSS d’ailleurs et cela est nécessaire au pouvoir en place qui utilise l’éducation pour réaliser un véritable travail de propagande communiste. Aujourd’hui, l’enseignement cubain est clairement marxiste léniniste. D’ailleurs Castro s’est depuis longtemps ouvertement revendiqué de ce courant de pensée. A Cuba, éducation rime avec endoctrinement. Enfin, pour la santé, il faut savoir qu’il existe une médecine à double vitesse : une médecine de qualité pour les hommes au pouvoir et les touristes. Les cubains ont souvent le droit à des médicaments périmés et à des soins à la va-vite par des médecins sous payés. GZ. On l'a vu, le 31 juillet dernier, Raul Castro a fait mobiliser les réservistes par crainte d'une invasion américaine. Projet démenti par les USA. Une intervention extérieure vous semble t-elle nécessaire pour mettre fin au castrisme (à l'instar de ce qui s'est passé en Irak) ? CM. En fait il existe une société civile qui se développe sur l’Ile et nous pensons que la meilleure manière de parvenir à la chute du castrisme est d’aider cette société civile à lutter. Evidemment, c’est loin d’être aisé puisqu’il existe une forte répression sur l’Ile. Mais cette stratégie est à notre sens plus efficace qu’une invasion armée qui n’engendrerait pas nécessairement l’adhésion des cubains. GZ. Aussi mauvaise que soit la situation des droits de l'homme à Cuba, le castrisme n'est-il pas un pôle de stabilité dans une zone d'instabilité politique chronique ? CM. Si vous entendez, par stabilité politique, qu’il n’y a plus de coups d’Etat, que les régimes perdurent, alors oui. La preuve, rien n’a changé depuis 1959 à Cuba ! Le problème c’est que cela se fait dans le sang et la terreur et donc au détriment de la liberté individuelle. Nous ne pouvons absolument pas cautionner cela. Le prix de la stabilité est trop élevé.
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