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Compte-rendu de la conférence de Pascal Salin sur le thème "immigration et racisme"

par Alexis Pilotelle, le 24/10/06

CONFERENCE DEBAT LIBERTE CHERIE

 

« IMMIGRATION ET RACISME »

 

Par PASCAL SALIN

 

Le 19 octobre 2006 au café de Flore

 

 

Pascal Salin rend hommage au libéral Ralph Harris (Lord Harris), décédé le 19 octobre 2006. Lord Harris a été un grand économiste anglais, à la tête de l’Institute of Economic Affairs de 1957 à 1987. Il est considéré comme ayant été un grand architecte  du Thatchérisme.

 

 

I. CONFERENCE :

 

Introduction :

 

Pascal Salin, en guise d’introduction, précise qu’il est difficile, sur le sujet de l’immigration et du racisme, du fait de sa complexité, d’adopter une position définitive. En effet, c’est un thème qui touche au domaine passionnel, toujours délicat à traiter. Le but de cette conférence sera donc de présenter une analyse de ces phénomènes à la lumière des principes libéraux.

 

Rappel des principes libéraux :

 

Pascal Salin donne la définition libérale de deux principes fondamentaux nécessaires au traitement du sujet immigration et racisme.

 

1.      La nation : Le concept de nation est troublant pour les libéraux, du fait de son caractère collectif. Dans le contexte moderne, la nation est assimilée au concept d’Etat-nation, cible traditionnelle des libéraux.

Le cas de la France est ici particulier puisque l’Etat exerce un véritable pouvoir sur les individus.

Pour les libéraux, la nation ne peut se définir que comme étant un ensemble de sentiment d’appartenance, conduisant à appuyer l’aspect flou que présente cette notion de nation.

 

2.     L’éthique des droits individuels : Il y a des raisons diverses à l’existence de cette éthique, celles-ci peuvent être personnelles ou utilitaristes. Pascal Salin insiste ici sur l’aspect fondamental que revêt l’éthique pour les libéraux.

 

D’un point de vue utilitariste, le respect de l’éthique des droits individuels est le seul moyen de parvenir à une société viable et paisible. Dans ce cadre, les individus n’ont qu’un seul devoir, celui de respecter le droit d’autrui, devoir qui n’inclut aucunement des devoirs personnels (vertu etc.…)

 


 

Définition de la position libérale par rapport au phénomène d’immigration :

 

Pascal Salin rappelle ici que pour les libéraux seul l’individu importe. Salin explique que, d’un point de vu libéral, il faut juger l’individu sur sa personnalité propre ce qui entraîne nécessairement un sentiment de tolérance envers les différences, tant raciales que religieuses. Bien sûr, cette tolérance s’applique dans la limite du respect des principes précédemment cités.

 

Pascal Salin cite ici Julien Freund : « le libéral se doit d'être tolérant avec les hommes et intolérant avec les idées » (c’est à dire qu’il faut combattre les idées qui ne sont pas libérales, sans bien entendu les interdire).

 

Par conséquence les libéraux, en militant pour la liberté de mouvement et d’échanges, sont favorables à la liberté d’immigration.

 

Pour récapituler, Pascal Salin présente les deux raisons majeures de cette conception du phénomène d’immigration pour les libéraux :

 

  • Les échanges permettent de maximiser les conditions de tous
  • Le respect des principes libéraux entraîne la nécessaire liberté de mouvement

 

Pascal Salin insiste sur le fait que cette liberté d’immigration, ou immigration libre, se doit de respecter le droit d’autrui. Cela implique que le droit d’exclusion dont est légitimement doté le droit de propriété doit toujours pouvoir s’exercer, chacun étant libre d’accepter ou de refuser quiconque sur sa propriété privée.

 

Sur la politique d’immigration :

 

Ces politiques sont inutiles dans un système libéral.

 

Mais, du fait de la nationalisation, c’est l’Etat qui se retrouve en position de choisir qui peut entrer ou sortir, alors que ce choix devrait revenir légitimement  aux individus. Cela entraîne par ailleurs la nécessité pour l’Etat, inutile du point de vue libéral, de définir qui est étranger et quels sont les critères associés. Il y a donc nationalisation des rapports humains.

 

Pascal Salin démontre aussi par la même, l’absurdité de se focaliser sur le terme d’exclusion puisque celui-ci fait entièrement partie de la vie de chacun (choix de ses amis, choix d’association etc… qui entraîne en permanence l’exclusion de ce qui n’est pas choisit)

 

La question qui se pose alors est de savoir qui peut légitimement exclure dans le cadre d’une politique d’immigration. Le problème vient du fait que ce soit l’Etat seul qui puisse le faire.

 

La politique sociale joue ici un rôle néfaste, Pascal Salin attirant l’attention sur l’effet d’aspiration que crée l’existence de ce type de politique. Cet effet est dû à l’attrait que représente la protection sociale gratuite pour les étrangers. Il y a création d’un cercle vicieux, depuis la mise en place d’une politique sociale attirant toujours plus d’immigrés à la nécessité pour l’Etat de contrôler les frontières car les capacités financières de cette politique sociale sont limitées.

 

Pour les libéraux, le phénomène d’immigration s’autorégulerait par le jeu de l’offre et de la demande et par les contrats.

 

Les solutions dans le contexte actuel :

 

1.      Faire fonctionner la solidarité publique :

 

Cette solidarité publique est rendue obligatoire, principalement par nécessité électorale. Cette tendance à la générosité publique est évidemment illégitime puisqu’elle se fait en portant atteinte au droit de propriété. La conséquence sur l’immigration  est une dérive vers une immigration sans limites qui nécessitera que l’Etat prenne des décisions arbitraires. Les libéraux ne retiennent donc pas cette solution.

 

2.      Définir avec précision la nation :

 

En donnant un contenu exhaustif de ce que doit contenir la nation, il se crée une tendance à la limitation des entrées sur le territoire en référence à ces critères arbitraires. C’est par exemple la position des partis d’extrême droite ou plus généralement des partis nationalistes. Les libéraux ne retiennent donc pas cette solution.

 

3.      Appliquer les principes libéraux :

 

Pascal Salin énonce ici ce que serait la situation dans un système libéral, soit un respect de la logique des droits et donc une élimination de la politique sociale. L’immigration s’autorégulerait librement.

 

En fait, l’immigration ne peut être un problème que dans le contexte actuel.

 

Racisme et liberté de pensée :

 

Pascal Salin précise tout d’abord que la préférence culturelle doit rester l’affaire des désirs individuels. En ce sens il n’y a pas de légitimité à ce que l’Etat décide à la place des individus s’ils doivent vivre ou non dans une société multiculturelle.

 

Il faut ici accepter les effets externes qui pourraient venir des diversités de pensée où chacun serait libre de faire ses choix selon ses préférences. C’est ici le contraire du socialisme qui tend à vouloir modeler la société selon un schéma bien défini.

 

C’est dans ce cadre que Pascal Salin condamne l’ensemble des législations qui portent atteinte à la liberté de pensée avec, par exemple, l’interdiction d’émettre des propos racistes. Ces interdictions se trouvent totalement en opposition avec un principe libéral fondamental qui est la liberté d’expression. Pascal Salin précise ici que le terme de racisme en lui-même est absurde pour un libéral car il ne correspond pas à son schéma de pensée notamment par rapport à la primauté qu’il accorde à l’individu sur tout le reste. On ne peut empêcher quelqu’un d’être stupide (et donc raciste par exemple) tant que celui-ci ne porte pas atteinte aux droits d’autrui. Pascal Salin prend l’exemple du propriétaire d’un journal qui doit avoir le droit de s’exprimer librement.

 

Dans une société sans Etat, i.e une société de propriétaire, le problème d’acceptation d’autrui se réglerait directement entre les individus, chacun étant libre de choisir les critères d’acceptation qu’il souhaite imposer à celui qui veut entrer sur sa propriété.

 

Pascal Salin dénonce l’inefficacité des lois antiracistes et indique qu’elles peuvent d’ailleurs  déboucher, par exemple, sur des actes physiques violents du fait de l’impossibilité de pouvoir s’exprimer librement. En effet, la violence, qui s’exprime par des actes violents racistes, se trouve être un exutoire à l’impossibilité d’exprimer publiquement son opinion. D’un point de vue libéral, seule la violence est répréhensible.

 

En d’autres termes, si les libéraux sont, de part leur conception de l’Homme, opposés aux thèses racistes, ils estiment qu’une loi sera inefficace pour faire diminuer le racisme et qu’elle serait en plus le début d’une atteinte à un principe fondamental : la liberté d’expression. 

 

 

Conclusion :

 

Pascal Salin revient sur la difficulté qu’il a à proposer des solutions libérales pour un système dit de « 2nd best » (le système étatiste), c'est-à-dire un système qui est différent de celui que l’on souhaiterait (système libéral)

 

Il n’a donc pas de réponses arrêtées sur la situation actuelle.

 

La remarque suivante peut cependant être faite : si les libéraux ne jugent pas les individus sur leur appartenance, il est impossible de nier que ces appartenances nous donnent des signaux. Ces signaux peuvent être de différents types avec comme exemple les réseaux des anciens élèves des grandes écoles qui se créent sur la base d’un sentiment d’appartenance. Ce type de signaux peut servir à favoriser par exemple un individu appartenant au groupe auquel on s’identifie, lors d’une embauche par exemple. Il faut accepter l’existence de ces signaux et ne pas chercher à en contrer les effets par la loi.

 

Pascal Salin adopte une vision optimiste en faisant confiance à l’Homme et en préférant le laisser procéder par erreur. Par exemple, un employeur se rendra compte, après ne pas avoir engagé un candidat de « race » différente de la sienne pour un poste dans sa société, qu’il s’est trompé parce que dans les faits cet Homme possédait les qualifications qu’il ne parvient pas à trouver parmi les autres candidats de sa « race ». Les libéraux peuvent en tout cas aider à faire comprendre l’importance de leurs principes tels que la place primordiale que revêt la personnalité d’un individu par rapport à ses origines par exemple.

 

Cela entraîne une position de rejet des libéraux de toute loi anti-discrimination avec par exemple une opposition aux lois visant  les discriminations à l’embauche. Pascal Salin réitère sa confiance en l’Homme qui permettra, de part la diversité des individus, que chacun puisse trouver sa place dans la société.

 

Pour conclure, Pascal Salin cite Frédéric Bastiat lorsque ce dernier critique l’influence de la loi sur l’éducation et toutes les erreurs qui en découlent. C’est un véritable appel à accepter la diversité en insistant sur son importance dans la société. Requérir une éducation étatique a autant de sens que de requérir des journaux étatiques, montrant ainsi le danger que représente le contrôle étatique de l’éducation des individus.

 

 

II. DEBAT :

 

-         Comment faire respecter ses droits sans Etat ?

 

Il s’agit ici de répondre à la problématique de la défense des droits. Pascal Salin fait confiance à l’Homme et à son imagination.

Exemple : La sécurité privée qui, malgré sa perfectibilité, sera toujours préférable à une contrainte non choisie de type étatique. Ici, la concurrence joue un rôle fondamental qui permettra l’apparition du système le plus efficace possible.

 

-         Quelle politique libérale face à la problématique de l’immigration ?

 

Pascal Salin revient sur le fait qu’il est réticent à proposer des solutions dans un système qui est absurde et non libéral. Le meilleur choix sera toujours celui des individus.

 

Mais il ne peut y avoir, dans le système actuel, de solution parfaite. Force est de constater qu’il y a actuellement en France une saturation des capacités d’accueil qui se traduit par une différence de plus en plus grande entre les désirs des individus et la réalité qu’ils vivent. Cela crée une tendance à se refermer et donc à vouloir recourir à des limitations de l’immigration.

 

-         Que deviennent les interstices publics qui subsistent au sein d’une société régie par le seul droit de propriété ?

 

Pascal Salin rappelle qu’il y a là un problème de définition du droit de propriété. Dans l’inconscient il est plus ou moins admit que certains lieux doivent rester publics car leurs privatisations créeraient de nombreux problèmes techniques. L’exemple des rues privées est donné avec sa pléthore de barrière de péage.

 

Il faut ici faire confiance à l’homme pour surmonter ces difficultés grâce au progrès technologique. Il faut faire confiance aux relations volontaires entre les gens : un certain nombre de personnes auront intérêt à mettre à disposition leurs trottoirs à la libre circulation, par exemple les commerçants.

 

 

-        Que peut-on dire du rapport entre l’immigration temporaire et l’immigration définitive ?

 

Il est difficile d’aborder le sujet car Pascal Salin estime que c’est un sujet qui touche aux volontés des individus dont les choix doivent être respectés. Il est donc illégitime de faire cette distinction et la loi ne doit pas aller à l’encontre du désir des individus.


 

-        Que peut-on dire de l’impact qu’ont les politiques étrangères des pays occidentaux sur les pays pauvres en matière de flux d’immigration ?

 

Les conditions de vie dans le pays d’origine des immigrés sont des facteurs primordiaux qui expliquent en partie ce qui les incitent à quitter leur pays natal. En ce sens, les politiques telles que la PAC ou les aides au développement Nord/Sud jouent un rôle conséquent dans le maintien des pays pauvres dans la misère. Pascal Salin invite donc à stopper toute aide publique afin de ne pas entraver le bon fonctionnement du marché.

 

-        Le modèle « libéral » anglais a pourtant été frappé par des attentats alors que la France a été épargnée, comme l’expliquer ?

 

Tout d’abord, Pascal Salin rappelle que la violence, même organisée, fait partie intégrante de l’être humain. Il faut donc l’accepter comme possible.

 

Dans le cas anglais, Pascal Salin souligne qu’il y a une spécificité dans la politique étrangère menée par Londres qui explique que l’Angleterre soit une cible par rapport à la France. C’est son engagement auprès des Etats-Unis et de sa politique étrangère, en opposition avec le principe de non-agression libéral, qui a focalisé la colère des terroristes.

 

 

-         Que peut-on dire à propos des politiques de quotas ?

 

Pascal Salin attire à nouveau l’attention sur le danger que représente le fait de vouloir donner des solutions dans un système de « 2nd best ». C’est bien le cas pour l’immigration puisque l’Etat, en s’imposant comme propriétaire de la nation a crée un système antilibéral et illégitime.

 

Il ne peut donc y avoir de réponse clair à ce sujet étant donné que le droit de propriété, dans le système actuel, est flou.

 

 

 

FIN DE LA CONFERENCE-DEBAT