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Le projet antilibéral de Nicolas Sarkozy

par Ronny Ktorza, le 20/10/06

Devant quelques 4000 sympathisants réunis à Périgueux, Jeudi 12 Octobre, Nicolas Sarkozy a fait un discours levant un peu plus encore le voile sur son programme. Le Figaro a titré « Sarkozy revisite son concept de ''rupture'' ». On n’aurait su mieux dire, le Ministre de l’Intérieur s’étant employé, durant ce discours, à adoucir ses propos sur l’échec du modèle français.

Ainsi, il n’est plus question de jeter ce dernier aux orties. Bien au contraire, la tendance serait aujourd’hui à la célébration de « l’exception française à laquelle il est légitime que nous soyons attachés ». Nicolas Sarkozy a également orienté son discours autour de trois thèmes : « la Nation, la République, l'État ». Assez paradoxal pour l’« ultra-libéral » qu’il est censé être,  que d’axer la philosophie d’un discours autour de ces trois mots à teneur collectiviste. Aussi, rajouta-t-il juste après « l'État a fait la France ». Nous ne pourrons que trop conseiller à notre Ministre, la lecture de cet ouvrage de Nicolas Lecaussin afin qu’il se persuade du contraire. On soulignera également le slogan de ce jour, « Construire ensemble », ce qui est très révélateur de l’état d’esprit de l’actuel Président de l’UMP. On eut espéré qu’il se concentrât sur la place de l’individu minée par l’Etat. Il n’en a rien été.

Puis Nicolas Sarkozy a exposé les grands principes de son programme : il est d’abord question de « donner plus à ceux qui ont moins ». Discours assez récurrent mais dont la mise en application a débouché sur un échec patent dans le passé. De plus, le Ministre de l’Intérieur ne précise pas la manière dont il s’y prendra pour atteindre l’objectif fixé. Il tentera ensuite de redéfinir le concept de « discrimination positive » : celle-ci se présente désormais comme  « la possibilité donnée à celui qui veut faire des efforts de réussir ». Le flou demeure même si on félicitera Nicolas Sarkozy pour avoir supprimé le critère de la « distinction ethnique ».

Quant à la question des régimes spéciaux de retraites, le Président de l’UMP a fait savoir que « chercher à opposer les salariés du secteur public à ceux du privé est dangereux ». Pourtant, si opposition il y a, Nicolas Sarkozy devrait en chercher les sources du côté des politiques qui se sont succédées et qui ont introduit des discriminations assez choquantes entre les retraites des salariés du secteur public et ceux du secteur privé. Cette phrase peut amener à penser que le Ministre de l’Intérieur ne bouleversera pas d’un iota, la situation actuelle.

Concernant ses propositions « concrètes », si certaines vont dans le bon sens (exonération de charges pour les heures supplémentaires travaillées, suppression des droits de succession), la majorité demeure assez farfelue. Nous n’en citerons que quelques-unes. Mais, au préalable, nous pourrons railler l’égocentrisme du Ministre de l’Intérieur qui introduit chacune de ses propositions par « Je veux… ». L’avenir de la France dépendrait donc de la volonté d’un seul homme.

Parmi les propositions, se trouve en effet une rafale de nouveaux « droits sociaux » : cautionnement public pour permettre l’accès de tous à l’emprunt, droits « opposables » à l’hébergement et au logement (Sarkozy est ainsi prêt à aller encore plus loin que tous les gouvernements socialistes qui se sont succédé depuis 40 ans), ou mieux encore droit à la garde des enfants et à la prise en charge de la dépendance. Concernant les droits au logement et à l’hébergement, le Président de l’UMP montre une détermination farouche et inquiétante : « Je propose que les citoyens puissent faire valoir leurs droits devant les tribunaux face aux collectivités ou aux institutions qui ne se seraient pas donné les moyens de rendre effectifs les droits dont elles sont responsables » ; « Il faut passer des droits fictifs aux droits réels ». On peut ainsi s’attendre à une nouvelle explosion de la fiscalité locale puisque les collectivités territoriales se voient assignées à de nouvelles missions.

Pourquoi Nicolas Sarkozy ne recherche-t-il pas les causes de la crise du logement dans la règlementation féroce sur les modalités de location, lesquelles sont très dissuasives pour un propriétaire de proposer un appartement en location ? Pourquoi ne pas s’interroger sur le poids des charges sociales françaises qui pèsent sur le revenu du locataire et qui, si elles lui étaient restituées comme les justes fruits de son travail, pourrait lui permettre, au pire, de louer décemment, au mieux de devenir, lui-même propriétaire ? L’imagination du Ministre de l’Intérieur est décidément sans limites et illustre parfaitement l’effondrement de la tradition juridique française, lequel effondrement a débouché sur la primauté du matérialisme sur l'héritage de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.

On pourra conseiller ironiquement au Président de l’UMP d’aller encore plus loin et de défendre l’idée d’un « droit opposable d’avoir une femme de ménage à domicile ». Nicolas Sarkozy propose également de relever les indemnités chômage pour les bas salaires. N’est-ce pourtant pas le même Sarkozy qui pestait depuis quelques mois contre l’assistanat français ? N’est-ce pas paradoxal de vouloir aujourd’hui enfoncer les plus nécessiteux dans une dépendance accrue ? Comme l’écrit Alexis Brézet, éditorialiste au Figaro, « il sera difficile de prétendre que ses propositions ont été inspirées par l’école de Chicago ». C’est peu de le dire…

De plus, comme le souligne le site Debat 2007, derrière ces propositions démagogiques (qui s’ajoutent à d’autres mesures coûteuses déjà évoquées par le Ministre de l’Intérieur), se cachent de nouvelles dépenses pharaoniques pour un pays dont les finances publiques sont déjà mal en point. Par exemple, le droit à la garde des enfants pourrait coûter 1.2 milliards d’euros et la hausse des indemnités chômage pour les bas salaires, environ 1.8 milliards d’euros. De plus, on a souvent constaté, dans le passé, que ce type de calculs ne prenait pas en compte certains coûts qu’« on ne voit pas ». On peut donc s’attendre à un alourdissement de la note qui pourrait malheureusement remettre en question les belles promesses sarkozystes d’allégement de la fiscalité. Chirac n’a pas respecté ses engagements concernant l’Impôt sur le Revenu, ce qui nous amène à adopter un « principe de précaution » à l’égard des hommes politiques.

En tout cas, le discours de Périgueux aura certainement achevé de décevoir les optimistes qui croyaient en la rupture sarkozyste. Le masque est enfin tombé.