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Une guerre pour l'Irak, contre Saddam

par Maxime Rollin, le 18/02/03
Si elle a lieu, il s'agira d'une guerre « pour » l'Irak et non « contre » elle, comme veulent le laisser entendre nombre de médias, de personnalités politiques et d'intellectuels occidentaux opposés au conflit annoncé. Cette guerre, dores et déjà déclarée par les Américains, ne vise pas plus les Irakiens, le peuple irakien, que n'a été visée la population afghane lors de l'offensive américaine contre les talibans. La cible est précisément désignée : le régime irakien et son chef , Saddam Hussein, à la tête d'un clan tyrannique qui opprime un peuple.

Nul n'oserait aujourd'hui se lever à la table du Conseil de Sécurité de l'ONU pour nier le caractère dictatorial du régime imposé par le chef de l'Etat irakien et prendre, sur le fond, la défense de celui-ci. Même les plus fervents opposants à une intervention armée s'accordent sur la nécessité de débarrasser l'Irak de son bourreau, jusqu'à leur chef de file, Jacques Chirac (qu'on imagine d'ailleurs bien embarrassé chaque fois que réapparaissent les vieilles photos d'accolades amicales ou de poignées de mains chaleureusement échangées avec le maître de Bagdad).

Dès lors que la nature du régime ne fait l'objet d'aucune controverse, une question simple vient à l'esprit : peut-il être injuste et illégitime d'attaquer un régime dictatorial ?

La guerre contre Saddam Hussein et ses complices -quelles qu'en soient, à la rigueur, les justifications officielles et les raisons secrètes- n'est-elle pas justifiable par le seul fait qu'elle vise justement Saddam Hussein et ses complices ?

Ne pas renverser Saddam Hussein s'apparente à de la non assistance à Irakiens en danger. L'expression, d'ailleurs, est mal choisie, les irakiens ne sont pas en « danger », le gouvernement auquel ils obéissent dans la terreur n'est pas un « risque » ou une « menace »... c'est une cruelle réalité qu'ils endurent depuis trop longtemps déjà.
D'autres dictatures sévissent dans le monde. Elles méritent évidemment le même sort, mais il est non moins évident qu'il est impossible de leur livrer bataille simultanément et certains cas, comme par exemple celui de la Corée du Nord, sont particulièrement épineux. Mais le fait de ne pas appliquer la même sentence à tous les coupables empêche-t-il de l'appliquer à l'un d'eux quand il se retrouve sur le banc des accusés ? De plus, s'opposer activement, comme le fait si farouchement la France, à une intervention contre tel régime est bien plus grave que la neutralité voire l'indifférence (coupables également !) à l'encontre de tel autre fusse-t-il aussi criminel. Dans ce cas, le péché par action est plus impardonnable que le péché par omission. Pour les Irakiens, il est mortel.

Comment peut-on moralement défendre la non-intervention, funeste garantie pour les malheureux Irakiens de voir se poursuivre leur terrible destin ?

A supposer, donc, que le « comportement international » de Saddam Hussein ne soit pas une raison suffisante pour mettre un terme brutal à sa trop longue carrière politique, son « comportement domestique » en est une.

Plusieurs objections à ce point de vue sont tout à fait légitimes :

La première concerne la méthode violente employée et les risques inévitables de dommages pour la population civile. Mais comme le disait récemment Saad Salman, intellectuel irakien exilé en France : « Les gens qui voient la guerre comme le pire des maux ont raison, mais ils oublient que depuis trente ans le peuple irakien subit une guerre. Croyez-moi il vaut mieux une fin dans la terreur qu'une terreur sans fin ».
La seconde visera les libéraux, leur reprochant l'utilisation de la puissance armée dans un but offensif, en totale contradiction avec les idéaux de la pensée libérale selon lesquels la force n'est légitime que lorsqu'elle est défensive. Mais c'est justement le cas ! C'est la défense par une force armée étrangère et solidaire d'individus opprimés par les armes de leur propre pays. Si la diplomatie pacifique et la politesse pouvaient permettre de renverser un dictateur accroché au pouvoir depuis plus de vingt ans comme un vampire au cou de sa victime, cette méthode serait bien entendu préférable. Malheureusement le réalisme impose l'emploi de moyens adaptés.
Enfin, certains pourront s'inquiéter des conséquences de ce bouleversement. Mettre à terre un tyran n'est pas une fin en soi, c'est la voie nécessaire à l'établissement d'un régime démocratique, respectueux des libertés individuelles. C'est évidemment à cela que devront veiller non seulement ceux qui auront participé aux actions militaires, mais la communauté internationale dans son ensemble. Et l'absence de certitude absolue quant aux lendemains politiques d'une guerre ne devrait jamais être une raison pour laisser perdurer une situation dont le caractère dramatique ne fait nul doute, d'autant qu'il est permis de croire, que les Etats-Unis n'ont pas comme projet de remettre le pays fraîchement libéré aux mains d'un nouveau tyran !

Saddam Hussein est peut-être une menace pour la sécurité des Etats-Unis et la paix dans le monde, peut-être n'en a-t-il plus les moyens; son armée possède peut-être des armes non conventionnelles, peut-être n'en a-t-elle plus ; mais au milieu de toutes ces inquiétantes interrogations, il est une certitude absolue : vingt millions de personnes meurent à petit feu sous le joug d'un despote sanguinaire. C'est une raison suffisante pour l'éliminer.

L'Irak ne doit pas être neutralisée ou désarmée ; elle doit être libérée.