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Détournement d'argent au MEDEF : le financement des syndicats en question ?

par Nicolas Moisset, le 08/10/07
5.6 millions d’euros! C’est la somme que Denis Gautier-Sauvagnac, le responsable de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie, et ses proches collaborateurs auraient retiré en liquide en quelques années de leurs comptes. Certains murmurent même maintenant que le véritable montant serait plus proche du double. Pour toute explication, le responsable a pour l’instant évoqué une fumeuse histoire à l’eau de rose de bonnes œuvres. Mais l’explication qui est sur toutes les lèvres, y compris semble-t-il sur celles des enquêteurs, concerne des destinataires bien différents, à savoir des syndicats.

L’affaire, qui a été levée par le Figaro il y a une quinzaine de jours, laisse apparaitre une surprenante conspiration du silence. Le Medef marche sur des œufs et se garde bien de formuler un jugement sur son adhérent. Les syndicats, d’une discrétion de violette, font eux preuve d’une modération pour le moins inhabituelle. Enfin, alors que Tracfin, la cellule du ministère des finances de lutte anti-blanchiment, tirait la sonnette d’alarme depuis 2004 et que le ministère des finances bloquait le dossier dans ses tiroirs, il aura fallu attendre que l’affaire éclate au grand jour pour que la justice se saisisse enfin de l’affaire.

Du coup, la question de la réforme du financement des syndicats revient sur le devant de la scène. On le comprend, tant la recette de ce ragout à la française laisse perplexe. En effet, selon le rapport Hadas-Lebel, les cotisations ne représentaient en 2003 qu’entre 20 et 57% des ressources des principales centrales syndicales. Le reste se compose d’un savant cocktail où tout le monde est mis à contribution (état, collectivités, entreprises) sous la forme de subventions, de décharges de service de fonctionnaires, de mise à disposition de personnels en entreprise, de budgets au titre de la formation professionnelle, pour ne parler que des principales sources officielles et légales. En prime, l’absence de toute obligation légale pour les syndicats de tenir une comptabilité aussi sommaire soit-elle ne les incitait jusqu’à présent que modérément à assainir les choses.

En corollaire, la remise en cause du pacte implicite liant l’état et le Médef aux syndicats imposera immanquablement la redéfinition de la « représentativité » de ces derniers. Pour l’heure, ne sont considérés comme représentatifs que ceux issus de la résistance. Cette clause inique leur réserve de fait la quasi exclusivité de la représentation des salariés au niveau national, la plupart des subventions d’état, et la cogestion des organismes sociaux tels que la sécurité sociale, l’assurance chômage...

Le drame, et la raison de toutes ces compromissions, tient au fait que l’état et le Médef, dans leur crainte de se retrouver sans personne avec qui négocier, sont prêts à maintenir à tout prix en respiration artificielle ces improbables partenaires. Et à estourbir au passage quelques principes pourtant fondamentaux. Une crainte malheureusement motivée par un taux de syndicalisation parmi les plus bas en Europe occidentale, et qui n’est que le résultat d’un demi-siècle de dogmatisme irresponsable de ces derniers.

Pourtant, tout espoir n’est pas perdu, puisque certains comme la CFDT et la CGT, se déclarent ouverts à une remise à plat du sujet. Reste que la perspective de syndicats français réellement représentatifs et fonctionnant en toute transparence avec les deniers de leurs adhérents risque de relever encore de la science-fiction pendant bien longtemps.

Cette histoire de détournement d’argent n’est qu’un symptôme d’une crise bien plus grande du syndicalisme français. Qu’ils s’agissent des syndicats de salariés ou patronaux, le constat est le même : très peu de salariés ou de patrons se retrouvent dans les positions de ces organismes, ce qui ne les empêchent pas de signer des dispositions légales au nom des travailleurs et des entrepreneurs, enfin, ils sont alimentés à coups de subventions opaques les unes que les autres. Il est urgent de réformer ce déni de démocratie qui règne dans notre pays depuis maintenant plus de 50 ans. Il faut donc repenser les syndicats en ne les mettant non plus au dessus des français, mais au service de leurs membres. Pour cela, il faut restaurer la liberté des travailleurs et des entrepreneurs de se faire représenter par qui ils souhaitent en abrogeant le monopole des centrales syndicales nommées par l’Etat. Un syndicat ne sera au service de ses membres que lorsque que ses revenus viendront de ses membres ; il faut donc supprimer à terme tout financement public des syndicats. D’ici là, afin de remettre un peu de transparence dans leurs comptabilités opaques et illégales, il conviendrait de leur imposer une obligation de publication de leurs comptes. Enfin, il faut abroger l’extension administrative de branche, afin que les syndicats ne puissent pouvoir signer des conventions qu’au nom de leurs membres qui leur ont donnés un mandat de négociation. Ce n’est qu’après ces réformes essentielles que nous pourrons enfin tourner la page d’un syndicalisme qui est aujourd’hui plus proche d’une maffia avec ses méthodes violentes que d’associations concourrant à la paix sociale.