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Sortir de la répartition

par Xavier Méra, le 15/10/07
Il ne faut pas s’y tromper. Alors que les syndicats de salariés appellent à la grève dans les transports publics, ce n’est pas seulement la réforme des régimes spéciaux qui se joue en ce moment. C’est l’avenir du système de retraites par répartition et l’opportunité de réformes plus profondes. Les régimes spéciaux ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Leur financement est remis en question parce que le financement des retraites en général pose problème.

L’édifice du système de retraites par répartition s’affaisse lentement mais sûrement sous son propre poids. Le constat est connu : le nombre d’actifs diminue et le nombre de retraités augmente, d’autant plus que la génération du baby-boom part en retraite. Le système devient insoutenable. Ce qui est moins connu en revanche, c’est que le problème de son financement  n’est pas accidentel. Il est largement le sous-produit des incitations perverses intrinsèques au système lui-même.

D’une part, la répartition obligatoire a largement détruit une des méthodes par lesquelles on prenait soin des anciens : la solidarité familiale. Les adultes actifs s’occupaient de leurs enfants et ceux-ci renvoyaient l’ascenseur une fois leurs parents inactifs. Le ressort du mécanisme était un des plus fiables qui soient : les liens affectifs. La répartition adoptée, plus besoin de compter autant sur des enfants, plus besoin d’investir autant en eux, moins de raison d’en faire ! En retour, plus besoin pour les enfants de s’occuper de leurs parents à l’avenir. La famille s’est affaiblie face à la concurrence déloyale de Big Brother. La démographie en étant affectée, il y a relativement moins d’enfants pour soutenir une population dont l’espérance de vie a par ailleurs augmentée. Le changement démographique rendant insoutenable la répartition est en partie dû au système lui-même.

D’autre part, la redistribution obligatoire des actifs vers les retraités détruit le mécanisme par lequel la richesse sur laquelle les anciens pourraient compter est créée. Dès lors que chacun croit pouvoir réellement profiter du système pour sa retraite, il n’y a plus d’incitation à épargner pour ses vieux jours. Et même si on ne compte pas dessus, le fait est que sa capacité d’épargner est entravée. Lorsqu’un SMIC se voit amputer d’environ 30% par les cotisations retraites (en tenant compte des charges patronales), il ne reste pas grand chose pour préparer soi-même l’avenir en accédant à la propriété, en achetant des assurances-vies ou en plaçant son argent dans des fonds de pension.

Par conséquent, les cotisations retraites –et la taxation en général- diminuent le taux d’épargne dans l’économie, d’autant plus les recettes des cotisations ne donnent lieu à aucun investissement. Contrairement à ce que de nombreux commentateurs sous influence keynésienne prétendent, ce n’est pas la consommation mais l’épargne qui fait la croissance. En effet, ce sont essentiellement les investissements correspondants qui permettent d’augmenter la productivité de l’appareil productif au cours du temps et l’ensemble des revenus avec. La croissance et les pensions de retraite ont d’ailleurs augmenté de manière spectaculaire au Chili après que l’épargne ait été partiellement libérée en 1981 grâce à la possibilité offerte et saisie par 90% des chiliens de sortir du système de répartition.

En comparaison avec une société de libertés où tout un chacun peut garder le fruit de son travail et l’épargner, une société sous l’emprise du système de retraites par répartition voit donc sa capacité à pourvoir aux besoins des retraités diminuer.

Les défenseurs du système actuel ont des objections. Libéraliser les retraites revient à exposer les travailleurs aux aléas des marchés financiers sur lesquels les fonds de pension opèrent. S’il est vrai que les variations de cours peuvent être spectaculaires à court terme, il devrait cependant être clair que le rendement à long terme de placements financiers est d’autant plus important qu’une épargne abondante alimente une croissance ainsi accrue. De plus, les risques supportés en gardant le système actuel doivent certainement être pris en compte. Dans ce cadre, il sera nécessaire de refaire périodiquement les réformes habituelles : diminution des retraites des anciens, hausse des cotisations des jeunes et augmentation de l’âge légal de la retraite. L’aboutissement de cette guerre civile institutionnalisée entre jeunes et vieux est sans aucun doute l’explosion du système.

Enfin, le passage à la capitalisation éliminerait la redistribution protégeant les personnes aux revenus les plus faibles. Il faut bien comprendre pourtant que le système actuel tend plutôt à favoriser des gens aisés. Les ouvriers commencent généralement à travailler plus tôt et à mourir plus jeunes. Autrement dit, ils cotisent souvent plus longtemps que les autres et profitent moins longtemps du système. L’effet redistributif fonctionne donc largement en sens inverse et serait supprimé avec la fin du système. De plus, ce sont précisément les moins aisés qui ont le moins de possibilités de financer leurs vieux jours en dehors du système en devenant propriétaire de leur logement, en épargnant dans des dispositifs d’assurance vie ou de fonds de pension. Ce sont donc justement les moins aisés qui sont les plus exposés au risque de d’effondrement du système de répartition.

Libérer les Français du système étatique de répartition des retraites aurait donc comme effet d’augmenter rapidement le capital de tous les Français, d’accroître la croissance et de les rendre plus responsables vis-à-vis de leur propre vie et de celle des membres de leurs familles et de leur communauté. Enfin, restituer aux travailleurs les fruits de leur travail, dans un pays où plus de la moitié de leurs revenus est confisquée et gérée par l’Etat à leur place, n’est pas seulement une exigence économique, c'est avant tout une exigence morale.


NDLR : voir la proposition "réforme du système de retraite" de Liberté Chérie : http://www.liberte-cherie.com/a2456-Retraite.html