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À qui profitent les manifestations de lycéens ?

par Pierre Schweitzer, le 23/04/08
Paru dans le Figaro du 23/04/2008



«Il est indéniable que le plaisir de descendre dans la rue et l'aspect festif et convivial d'une manifestation sont le moteur principal de ce mouvement», estime Pierre Schweitzer (photo DR).

Par Pierre Schweitzer, analyste à Liberté Chérie, jeune association libérale militante, Pierre Schweitzer revient sur les manifestations de lycéens et s'interroge sur la portée d'un mouvement qu'il estime manipulé par les syndicats d'enseignants.

Depuis quelques semaines les lycéens manifestent contre les 11 000 suppressions de postes annoncées par Xavier Darcos. L’observateur attentif aura vite remarqué que la proportion de lycéens dans les cortèges est de moins en moins grande. Ils ont été rejoints et dépassés par des bataillons de syndicalistes de tous horizons (et accessoirement par des casseurs profitant de l’agitation grandissante). On a vu Force Ouvrière, le SNES, la FSU, SUD, et d’autres défiler contre les propositions de réformes du gouvernement Fillon.

Les Français devant leur télévision doivent penser que le mouvement est important, qu’il s’amplifie et que les bouleversements annoncés doivent être de taille. Pourtant, la réalité est bien éloignée de cela. Et une simple réflexion sur les motivations des manifestants permet de mieux appréhender les problèmes posés aujourd’hui. Prenons d’abord les lycéens : pourquoi se priveraient-ils d’aller manifester sur leurs heures de cours alors que les professeurs et tous les syndicats les y encouragent et les persuadent que c’est une forme de résistance contre un gouvernement anti-jeunes et dont le seul désir serait de donner toujours moins à l’éducation ? Il est indéniable que le plaisir de descendre dans la rue et l’aspect festif et convivial d’une manifestation sont le moteur principal de ce mouvement. Les syndicats sont dans une problématique un peu différente. Pour eux, qui vivent de la contestation et des subventions publiques, il s’agit de préserver le statu quo. Ils savent que la réforme appelle la réforme et qu’il ne faut pas céder un pouce de terrain. La suppression de 11 000 postes est dérisoire en regard des 1,2 millions d’employés de l’Education Nationale. Selon les chiffres publiés par le Ministère de l’Education Nationale, entre 1990 et 2006, les effectifs du secondaire ont baissé de 5% quand dans le même temps, le budget alloué au secondaire a augmenté de 33% en euros constants. Mais les syndicats doivent impérativement démontrer leur force, leur capacité d’agitation médiatique et populaire. Si ils se mobilisent autant pour si peu, que feront-ils si une vraie réforme de l’éducation se profile un jour ? Les hommes politiques en ont déjà des frissons, l’intimidation ne fonctionne que trop bien depuis des décennies. Par la somme des privilèges dont ils jouissent, les syndicats ont beaucoup plus à perdre au changement que ce que chaque Français pris individuellement n’a à y gagner. Les vraies réformes, celles que les syndicats redoutent, ne sont hélas pas à l’ordre du jour.

Notre système est malade : on ne cesse d’y injecter des moyens et de l’argent alors que le niveau baisse et qu’en sortent des générations où le chômage oscille entre 8% et 10% alors que des centaines de milliers d’offres d’emplois restent insatisfaites ! L’Education Nationale souffre de l’absence de concurrence, de la centralisation et du gigantisme.

Il est urgent de libérer l’offre de savoir et d’éducation. Les parents devraient pouvoir choisir l’établissement de leur enfant librement. Les établissements mal gérés, avec de mauvais professeurs et incapables d’offrir une éducation satisfaisante seraient désertés et n’échapperaient à la fermeture qu’en améliorant leur offre éducative. Les bons établissements ne tarderaient pas à émerger et avec eux les méthodes qui font leurs preuves. Il faut décentraliser les décisions matérielles et pédagogiques pour les transférer aux différents établissements. Comme on peut le voir pour les universités, le gouvernement actuel semble avoir compris que l’autonomie des établissements scolaires est plutôt une bonne chose. Néanmoins, tant que les chefs d’établissements ne pourront pas réellement gérer leur personnel, c'est-à-dire en assurer l’embauche, la gestion des carrières, et éventuellement pouvoir licencier les mauvais éléments, l’autonomie ne sera qu’une coquille vide de sens. De même, un programme doit tenir compte de certaines spécificités. Chaque lycée, chaque région a ses propres caractéristiques et nécessite des adaptations que l’Education Nationale interdit. Enfin, la scolarité coûte cher et chaque français en paye l’intégralité. Ils doivent donc en avoir pour leur argent. Il est donc urgent de sortir du système actuel qui subventionne les établissements scolaires indépendamment de leurs résultats, pour aller vers un système où la subvention bénéficierait directement à l’élève : le système dit du « chèque éducation ». L’établissement choisi par les parents d’un élève recevra ce bon, et se fera ainsi payer par l’Etat.   

Une réforme efficace du système éducatif ne pourra reposer que sur ces trois piliers combinés : la liberté de choix des parents de l’établissement dans lequel ils pourront mettre leurs enfants, l’autonomie des établissements scolaires et la responsabilisation des chefs d’établissements, enfin, un modèle de financement subventionnant l’élève et non plus l’établissement. Ainsi seulement, nous pourrons restaurer la responsabilité des établissements, des enseignants et des parents, tout en garantissant à tous un meilleur accès à l’enseignement. Toute réforme ne traitant qu’une des dimensions du problème sans traiter les autres est voué à l’échec.