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La loi LRU : ses idées, sa portée, ses critiques. Réflexion sur l'état de l'université à la françaisepar Vincent Martel, le 16/01/09
Faces aux vieilles lunes envoûtant une France bercée dans la chaleur de son cocon, quoi de plus normal que lorsque le Gouvernement fait miroiter le scintillement artificiel de l’autonomie, il provoque l’agonie d’une gauche dépassée, hurlant à la privatisation du savoir ? La loi LRU, relative aux libertés et responsabilités des universités, adoptée le 1er Août 2007, constatant la déliquescence des universités françaises aussi bien sur le plan interne, ravagée dans la course aux diplômes par les assauts des grandes écoles, que sur le plan externe, face aux universités des autres pays, significativement plus compétitives, polyvalentes, mieux cotées et plus en relation avec les entreprises, a tenté d’identifier les symptômes de cette maladie pour mieux la guérir. Quelques mois après son entrée en vigueur, il nous a semble intéressant de faire un point dessus ainsi que d’élargir avec un état des lieux global de la conception de l’université à la française, nécessairement affectée par cette loi. Le premier symptôme est clair, il s’agit de la décrépitude de la valeur de l’université aux yeux d’un marché du travail rigide, où les employeurs exigent de solides garanties de compétence insuffisamment fournies par un diplôme universitaire. Le second s’incarne dans un mode de gouvernance trop inadapté, où la prise de décision est complexe, et qui est trop reclus sur le monde de l’enseignement, de l’Etat et des syndicats, finalement peu connecté avec l’objectif premier de la faculté : l’accès au monde du travail. Pour pallier le premier, la loi a choisi de doter les universités de nouvelles compétences budgétaires et de gestion. En effet, d’une part elle prévoit la possibilité de créer des fondations, autonomes, financièrement alimentées par des fonds d’origines mixtes, privées ou publiques. D’autre part, les universités pourront se pourvoir de nouvelles compétences en matière budgétaire et notamment acquérir l’autonomie, et en matière de gestion, comme les ressources humaines via la possibilité pour les présidents de négocier pour une durée déterminée ou indéterminée avec des agents contractuels sur des postes d’enseignement, de recherche, techniques ou administratifs. Ce dernier point constitue une mini-révolution. Il traduit bien la nouvelle philosophie qui irrigue cette réforme : à savoir une optique d’efficacité et un début de contractualisation des rapports entre les agents de l’université, auparavant davantage marqués par le concept d’irrévocabilité de la fonction publique, même à l’égard d’agents n’en étant pas titulaires. Le second symptôme a été traité à l’aune du double objectif d’amélioration de l’efficacité technique de la prise de décision et du rapprochement de la gouvernance avec les acteurs privés, futurs employeurs des étudiants. Le conseil d’administration voit l’immixtion d’acteurs extérieurs à l’université, à l’instar des dirigeants d’entreprises et des acteurs politiques des collectivités territoriale. D’autre part, et c’est là que le bât blesse pour les syndicats et que se fomente une irrépressible aversion envers cette loi pour certains d’entre eux, le conseil d’administration n’intègrera dorénavant plus obligatoirement des représentants de syndicats, ainsi que des associations scientifiques et culturelles ! Bien sûr, on hurlera l’argument fatal de l’atteinte à la démocratie. Bien sûr, il est inutile de souligner que ces thuriféraires improvisés de la démocratie montrent un visage tout sauf démocratique en contestant par la violence, le blocage, et des « AG » aux scores staliniens, le jeu effectif de la politique d’un gouvernement élu. L’université française fonctionne aujourd’hui comme une vieille usine auto-suffisante, gavée de subventions pour mieux masquer son inefficacité et sa triste déconnexion de la réalité, à savoir la préparation au monde du travail. En effet, reposant sur un a priori faible mais étrangement toujours d’actualité, elle aurait vocation, pour permettre la réussite de tous, de ne pas pratiquer de sélection. Ce qui conduit à la constatation malheureuse de sa propre inutilité. Quel intérêt présente, en effet, une formation dont chaque produit fût égal à l’autre ? Peut-on appeler cela une réussite ? N’est-ce pas plutôt le partage égal de l’indifférence, et donc de l’échec ? Cette indifférenciation relative des étudiants finissant leurs études provoque une asymétrie d’information devant les employeurs, et donc, au final, une perte de valeur du diplôme puisqu’un bon élément ne sera pas distingué, a priori, de son co-diplômé moins brillant mais également pourvu. En outre, ce mécanisme d’enseignement néglige un autre point essentiel : l’adéquation de l’enseignement avec le monde de l’entreprise. On peut regretter le trop grand nombre de formations-parkings, ne présentant au final aucun intérêt professionnel et ne préparant les étudiants à rien du tout. Le résultat de ce premier symptôme est double : gaspillage d’argent, chômage des diplômés d’universités. Les remèdes sont donc, à notre sens, simples : autonomies de gestion et de budget totales des universités, mise en concurrence des établissements et désengagement de l’Etat dans la fixation des frais d’inscription. L’autonomie de gestion permettrait à ces universités, plus proches que le gouvernement pour juger de l’opportunité des prises de décision, pour mieux agir, notamment avec plus de souplesse et d’efficacité. Aussi, elle permettrait aux universités de se rapprocher de leur objectif premier : les entreprises, la formation professionnelle. La mise en concurrence des établissements redonnerait enfin une valeur à un diplôme, récompenserait l’enseignement de qualité, l’efficacité d’une politique d’enseignement, permettrait de mettre fin à la toute-puissance sacrée des grands écoles sur le marché du travail. À ce titre, elle serait un pas vers la démocratisation de l’enseignement. Enfin, le désengagement de l’Etat dans les frais d’inscription, outre les répercussions sur le budget et le taux de prélèvements qu’il induirait, répond à un vice clair qui est inhérent au principe actuel : les universités sont libres de proposer les formations qu’elles désirent dès lors que les bénéficiaires paient le prix de cette formation, afin que le coût d’une formation inadaptée à la réalité ne soit pas supporté par la collectivité. Ainsi se mettrait en place un mécanisme autorégulateur et permettrait, sur plus ou moins long terme, l’émergence de véritables universités formatrices, et non un simple refuge. Les suffocations étranglées des indignés, invoquant comme une sainte relique le service public de l’enseignement, posent une question essentielle : un service public qui n’est plus au service de l’intérêt de ceux qu’il sert, comme le devient l’université française, mérite-il de conserver ce statut, faut-il songer à le désétatiser, ou bien doit-il, à tout le moins, commencer à davantage l’adapter ? À l’heure où la déconnexion entre l’université et les réalités du travail se fait de plus en plus claire, cette question apparemment choquante n’est que trop actuelle.
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