|
||||||||
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |
||||||||
![]()
![]() Mal francais, le
|
Jeudi 11 décembre, l'association a eu le plaisir de recevoir Marc Lazar , directeur du CERI, pour faire un état des lieux du trotskysme en France. Vincent Poncet a ensuite fait part de son expérience de taupe aux meetings de Lutte Ouvrière (LO) et de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR). S'en est suivi un débat sur le thème « Comment combattre le trotskysme ».
Ces dernières années, une forte agitation médiatique entoure les mouvements d'extrême gauche : LO, LCR, anti/alter-mondialistes. Ces mouvements sont bien loin d'être homogène ; il faut distinguer les trotskystes (LO, LCR) des anti/alter-mondialistes. Les premiers sont organisés alors que les seconds forment une mouvance gauchiste très diversifiée (associations, syndicats, réseaux …). Leur rapprochement ne tient ni au sentiment de créer une gauche à gauche du PS, ni à une idéologie commune mais à une « vulgate », un ensemble – pas encore structuré – de préceptes, qui impacte leur représentation du monde. Celle-ci se caractérise par : - une vision apocalyptique de la France et du monde (barbarie, dictature du marché, régression sociale …) ; qui justifie le recours à des solutions radicales, - un opposition généralisée et peu de propositions : anti-mondialisation, anti-libéralisme, anti-fascisme, anti-racisme, anti-réformisme… Lutter contre toute réforme est nécessaire pour préserver leur vision apocalyptique de la société. Comment expliquer une diffusion si efficace des idées de ces mouvements en France ? Le rôle des media français est prépondérant. Au-delà de la recherche d'audience (nouveauté, figures de prou très « médiatiques » : Arlette Laguillier, Olivier Besancenot, José Bové), on peut former l'hypothèse que les acteurs des media ont une certaine complaisance avec les thèmes de la « vulgate ». En effet, beaucoup de journalistes sont d'anciens trotskystes qui – contrairement aux communistes – n'ont pas eu à rompre brutalement avec leurs idéologies de jeunesse ; Edwy Plenel, directeur de la rédaction du Monde, se revendique même toujours d'un « Trotskysme culturel ». La seconde explication tient à deux dispositions culturelles françaises : de « grandes passions » et l'héritage politique français. Les trois grandes passions en cause sont l'égalité, la protestation et la radicalité. Les français sont prêts à sacrifier une partie de leur liberté à l'égalité ; la protestation porte une connotation positive en France et fait même partie de l'identité française ; les français sont convaincus que la seule façon de transformer est la rupture, la réforme par le consensus est déconsidérée. L'héritage politique est formé par les deux grandes institutions en déclin que sont le PC et l'Eglise catholique. Pour ce qui est du PC, beaucoup de français ne réalisent pas qu'« un parti mort reste sous forme de représentations, d'état d'esprit, de mentalité » ; la doctrine sociale de l'Eglise catholique quant à elle, lorsqu'elle est interprétée par la gauche, met l'accent sur la méfiance vis-à-vis de l'argent et sur la compassion pour les pauvres. Ces deux institutions, bien que moribondes, imprègnent les idées en France. LO et la LCR (ainsi qu'une organisation plus confidentielle : le « Parti des Travailleurs ») forment la branche trotskyste de l'extrême gauche actuelle. Marc Lazar poursuit en nous présentant les caractéristiques de ces deux organisations politiques anciennes : - LO : 3000 adhérents, secte politique très fermée, communisme dogmatique. Le vote LO est protestataire (commun avec le FN), populaire, ouvrier, ex-communistes. LO reproduit le schéma ancien du trotskysme : la dictature du prolétariat est l'avenir de l'homme. - LCR : 7000 adhérents, le « communisme à visage humain ». L'électeur type LCR est jeune, urbain, diplômé, universitaire et/ou de secteur publique catégorie B. La LCR mêle le marxisme à une ouverture aux nouvelles tendances. Un débat interne habite la LCR pour déterminer si les nouveaux adhérents doivent être convertis au trotskysme ou si la LCR doit muter (en un mouvement plus anti/alter-mondialiste). L'alliance en cours entre LO et LCR n'est que de circonstance. L'avenir de ces deux partis à court terme est positif à cause de la défaillance générale des partis traditionnels. Cependant, leur impact long terme dans leur forme actuelle est limité car ils restent trop hétérogènes. Vont-ils réussir à s'homogénéiser et former une seconde gauche à gauche du PS ? Marc Lazar a le sentiment que non. Mais sur le plan des idées, cette mouvance est déjà en train de gagner : une véritable conquête des esprits est déjà réalisée. Vincent Poncet était notre taupe aux meetings de rentrée de LO et LCR. Son regard de néophyte complète la présentation de ces deux organisations. LO : 500 personnes. Le public est populaire, ouvrier (les apparences sont cependant parfois trompeuses, indique Marc Lazar). L'ambiance est lourdement chargée de symboles, de la décoration (drapeaux rouges, chants marxistes) jusqu'au discours. Celui-ci est dans l'ensemble bien plus empli de références éculées (l'Etat bourgeois, la classe des possédants, la lutte des classes) que lors des passages médiatiques d'Arlette Laguillier. Il joue sur les sentiments d'un auditoire à revenu modeste. Ainsi sont dénoncés, « les cadeaux du gouvernements aux riches » (comprenez les réductions d'impôts), « l'argent donné aux riches qui a tué nos vieux » ; pour ce qui touche à l'argent, l'unité de calcul utilisée est le SMIC. LO se positionne contre le PS (participant de l' « Etat bourgeois ») et le PCF (pactisant avec le PS). LCR : 700 personnes. Le public est très jeune (50% sont des étudiants issus des JCR). L'ambiance est beaucoup moins chargée d'histoire et de symboles, tout comme le discours. Celui-ci, plus accessible, dénonce le libéralisme, l'impérialisme européen et la mondialisation et avance quelques propositions comme la Taxe Tobin ou le droit pour tous à l' « éducation, la santé, l'emploi, la carrière, la retraite ». L'accent a été mis sur la « démocratie totale, sociale et autogestionnaire ». La LCR s'affiche internationaliste avec l'intervention d'un invité brésilien, ancien proche de Lula, qui critique la politique libérale de leur ancienne idole. Débat/Questions/Réponses de Marc Lazar : Q : Quel distinguo faut-il faire entre les trotskystes et les communistes ? Trotsky, intellectuel à la source du trotskysme, était un contemporain critique de Lénine (qui lui rompt avec la démocratie) et opposé à Staline. Le trotskysme n'a pas à assumer le bilan de l'URSS. Cependant, contrairement au communisme, il a toujours été divisé. Q : La LCR est-elle vraiment démocrate, quel potentiel a t'elle ? La LCR prône une démocratie totalitaire. C'est la démocratie par la force. La LCR ne porte pas le poids des massacres du communisme ; cependant son succès n'est pas dû à cela, car elle ne se revendique pas du communisme pur. Le nombre d'adhérent de la LCR est très limité et son potentiel électoral restera modeste si ses hétérogénéités persistent. Q : Comment s'exerce l'influence du trotskysme dans la société française ? Le trotskysme a très tôt choisi de pratiquer l'entrisme. Des trotskystes anciens ou actuels sont ainsi responsables dans les syndicats (FO, CGT, SUD, minoritaires dans CFDT), l'éducation nationale (surtout secondaire, UNEF), les associations (ATTAC, DAL). Q : En terme de vote, LCR+LO+Verts+PCF = PCF d'il y a 30 ans, est-ce pertinent ? Il existe en effet un invariant dans l'électorat français. La chute de l'URSS a rendu l'extrême gauche à ses divisions fondamentales mais il existe bien un terreau français. La persistance de celui-ci tient à une exception française – le communisme n'a pas disparu – et à des questionnements importants face aux réformes indispensables. Q : Comment expliquer l'incapacité de la droite à proposer un contrepoids culturel ? Deux grands blocages persistent en France : le communisme et le rôle prépondérant de l'Etat dans les réalisations nationales. Depuis 1970, l'Etat est un frein à la modernisation. Q : La haine des USA et l'antisionisme peuvent-ils mener à un rapprochement des islamistes et des trotskystes ? La question de la laïcité fait débat au sein des trotskystes, en particuliers à la LCR (LO étant favorable). L'intervention de Tariq Ramadan au FSE préfigure cependant peut-être une convergence explosive.
|
|||||||
|
Fédération Liberté Chérie - 39 rue Henri Barbusse - 92000 Nanterre - 06.29.62.06.79 - liberte@liberte-cherie.com | ||||||||