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Demain le capitalisme |
Claude Thélot a rendu sa copie sur la réforme de l'Ecole. Celle-ci contient de nombreux éléments intéressants. On finissait par désespérer que des propositions de bon sens soient évoquées par un candidat à la réforme. Il est dommage que certains contre sens persistent encore et que quelques parties du sujet ne soient pas traitées. Mention honorable donc. C'est maintenant au candidat Fillon de rendre sa copie, en espérant que les perturbateurs syndicaux ne viendront pas troubler son discernement.Les avancées de la commissions Thélot Le rapport Thélot traite tout d'abord du « socle commun de savoirs fondamentaux » qu'il faudrait absolument maîtriser. Quand on voit aujourd'hui que certains élèves en classe de troisième ont à peine les acquis qu'on serait en droit d'attendre d'un élève de cinquième, on peut souscrire à une proposition visant à faire acquérir aux élèves une base minimum de savoirs. Le principe est donc bon, reste à savoir comment il sera appliqué. En effet, il est inconcevable que l'on puisse continuer - une fois ce socle de savoirs fondamentaux défini - de laisser passer les élèves de classe en classe lorsqu'ils n'ont pas acquis ces savoirs fondamentaux. De même, s'il est important de recentrer la mission de l'Ecole et des enseignants sur la transmission des connaissances, il ne faut pas non plus que ce niveau minimum soit un niveau au rabais. Il ne faut en effet pas que nous assistions à un nouvel acte de nivellement par le bas. En d'autres termes, il nous semble intéressant de fixer à chaque élève un objectif minimal de connaissance à acquérir. Encore faut-il que cet objectif ne soit pas un objectif au rabais et que l'on soit strict sur les conditions de passage d'une classe à l'autre lorsque le niveau n'est pas atteint. Que faire alors lorsque le niveau n'est effectivement pas atteint? La proposition de la commission Thélot concernant les parcours personnalisés répondent à cette question. Le rapport explique en effet que l'élève aurait pour objectif d'acquérir un socle fondamental de savoirs et qu'il pourrait ensuite occuper le temps qu'il lui reste à l'étude d'autres disciplines. Ainsi les élèves les plus à l'aide pourront consacrer une part importante à des approfondissements ou à des options de leur choix alors que les élèves les plus en difficulté consacreront l'essentiel de leur temps au travail nécessaire à l'acquisition de ces savoirs fondamentaux. Le sous entendu de cette proposition est limpide : on reconnaît enfin que chaque élève est différent et qu'il faut donc un parcours adapté à chacun. Et c'est peut être là l'élément essentiel du rapport. Sans le dire - puisque ce serait politiquement incorrect - la commission Thélot, dans ses conclusions, remet implicitement en cause le collège unique et le principe sur lequel il a été fondé : l'égalitarisme sauvage. Le collège unique a donc été considéré comme « hors sujet » par la commission Thélot et c'est tant mieux pour la société...et les individus ! Enfin la liberté de choix des élèves pourrait être respectée par le biais de ces options diverses et variées. Le rapport Thélot parle de « véritable éducation au choix aménagée », proposition qui est faite depuis toujours par Liberté Chérie. De même, en évoquant la possibilité d'établir une « définition beaucoup plus souple de l'offre régionale et locale de formation », on reconnaît qu'il peut être intéressant de laisser de l'autonomie aux établissements scolaires pour qu'ils puissent s'adapter aux spécificités et besoins locaux. Quoi de plus légitime en fait ? La formation et le recrutement des professeurs sont également évoqués dans le rapport Thélot. Ceux-ci doivent être « mieux recrutés et mieux formés ». Il s'agit d'un truisme. On regrettera ici que la suppression des IUFM ne soit pas évoquée et que l'on ne condamne pas sévèrement les méthodes pédagogiques mises en place ces trente dernières années. On a en effet fait de l'Ecole un lieu de communication et de l'élève un Enfant-roi. Peut-être qu'évoquer trop de vérités dans un même rapport aurait été trop dur à entendre pour les sensibles oreilles syndicales. Néanmoins, le rapport souligne la nécessité de « faire davantage appel à des professionnels venant d'autres horizons ». Voilà qui est une excellente proposition. Faire intervenir des professionnels en tout genre - artistes, commerçants, écrivains, chefs d'entreprise, sportifs, etc. - peut apporter une diversité et un renouvellement de la pensée (dominante) au royaume de l'Ecole. Le rapport va jusqu'à proclamer que « les entreprises et l'Ecole devraient se rapprocher davantage pour favoriser la découverte des métiers dès le collège". En effet, de nombreux élèves souhaitent et ont besoin se ré-orienter et le pourront certainement si les parcours à la carte - qui impliquent donc le rétablissement des filières au collège - proposés par la commission sont adoptés. Il sera alors intéressant dans cette optique de faire connaître aux collégiens les différents types de métiers qui existent. Mieux, on pourrait espérer que des possibilités de stage ou d'apprentissage seront envisageables pour ceux qui le souhaitent. Espérons que l'on ira jusqu'au bout de la logique : si l'on souhaite un parcours individualisé en fonction des choix de chacun, il faut également que soit proposé un choix de formation. Les élèves doivent donc pouvoir choisir entre le « tout théorique » ou le « théorique - pratique » grâce à l'interconnexion entre le monde de l'entreprise ou le monde associatif et celui de l'Ecole par le biais de stages, de contrats d'apprentissage ou de formation en alternance. C'est dans ce sens que va le rapport en proposant la création d'un « statut du lycéen professionnel ». Ce statut pourrait d'ailleurs permettre à l'élève d'obtenir une rémunération pour son travail, ce qui lui redonnera, nous n'en doutons pas, le sens de l'effort et la notion du mérite. Enfin, la claire remise en cause de l'objectif - imposé par la dernière loi d'orientation sur l'Education - d'amener 80% d'une classe d'âge au baccalauréat est symbolique de la fin d'une ère. Il semble que l'on comprenne enfin que le but ne doit pas être d'amener 80% d'une classe d'âge au bac en abaissant le niveau de celui-ci et en créant des classes « dépotoir » mais d'amener chaque élève au meilleur de lui-même. Et pour cela, il n'y a évidemment qu'une seule solution : il faut que chaque élève puisse trouver le mode de formation qui lui convient le mieux ainsi qu'un choix de cours lui permettant de se construire un projet précis, le tout en possédant un socle indispensable de connaissances. Les propositions à efficacité douteuse Malheureusement, il est rare que les copies soient brillantes jusqu'au bout et c'est le cas du rapport Thélot. En effet, quelques vieux relents collectivistes émanent encore de ce rapport. Pour ceux qui avaient eu l'espoir de croire que l'on allait enfin se libérer complètement du carcan de la pensée étatique, quelques propositions les ramèneront à la réalité. En effet, comme dans toute proposition de réforme, la création d'un nouvel organisme étatique est proposée. Il s'agit d'une « Haute Autorité indépendante » qui déterminerait le contenu et les programmes. Il est étonnant que tout en présentant des mesures réhabilitant l'individu on propose encore et toujours des mesures étatiques. En effet, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout du raisonnement et faire confiance aux établissements ? Pourquoi ne pas les laisser maîtres d'au moins une partie des programmes ? Pourquoi ne pas rendre les établissements scolaires autonomes ? Cela aurait pour conséquence de libérer l'initiative locale, de créer des programmes innovants et de laisser la possibilité à chaque établissement de faire face à ses spécificités locales. Pourquoi créer une nouvelle « Haute Autorité » qui prendra encore une fois des décisions « d'en haut » déconnectées de la réalité ? Comment avoir encore l'illusion qu'un programme ou qu'une méthode puisse être décidée pour tous par une quelconque « Autorité » ? La commission Thélot propose également de rendre la scolarité obligatoire à partir de cinq ans et non plus à six ans. Il était certainement indispensable de rendre quelque chose d'obligatoire pour satisfaire la fibre réglementaire de certains. Néanmoins, on peut s'interroger sur le bien fondé de cette mesure. En effet, cette mesure repose une nouvelle fois sur le fait que c'est à l'Etat de décider du moment de l'entrée des élèves à l'Ecole et non pas aux individus. L'Etat « sait » et confisque une nouvelle fois la décision aux individus. Pourtant, on serait encore à même de penser que l'entrée dans le système scolaire peut être différente d'un enfant à l'autre, en fonction de sa maturité par exemple. De plus, on a du mal à comprendre en quoi une telle mesure permettrait de sortir l'Ecole de sa léthargie actuelle. On a un peu l'impression que c'est une proposition « pour rien ». Ensuite, la commission, pour ne pas abandonner trop soudainement le sempiternel dogme égalitaire souligne la nécessité de « tendre vers l'égale qualité des établissements ». Pourtant l'objectif ne doit pas être de parvenir à une égalité de qualité mais de créer les conditions permettant à chaque établissement d'arriver au meilleur de lui-même en fonction des éléments qui le constituent. L'objectif ne peut pas être un objectif d'égalité de résultat mais un objectif d'égalité des chances. De plus, d'un côté on souhaite - à raison - donner l'égalité des chances aux élèves en abandonnant l'idée utopique d'égalité de résultat, et de l'autre on refuse de donner cette même égalité des chances aux établissements en essayant de les faire tendre vers un résultat égal. On a du mal à comprendre la cohérence interne du rapport. Au contraire, on pourrait même souhaiter que les établissements soient de qualités inégales. En effet, c'est l'inégalité qui permet la mise en concurrence des établissements et donc l'innovation et la qualité. Si tous les établissements sont - artificiellement - égaux, alors ceux-ci ne sont pas en concurrence et il n'y a pas émulation - permettant le progrès - mais nivellement et décadence. Enfin, la mesure concernant le temps de présence des enseignants dans les établissements est pour le moins témoin d'une vision statique du système proposé. En effet, on demande aux professeurs d'augmenter leur temps de présence au sein des établissements non pas pour passer plus de temps à la transmission des connaissances mais pour faire du relationnel avec les parents ou de l'encadrement d'élèves. Avec une vision dynamique et non statique d'un système libéral, on peut penser que ces heures supplémentaires de présence ne seront pas nécessaires. En effet, si cette mesure est aujourd'hui proposée, c'est parce qu'il y a de nombreux élèves en marge du système qui ont besoin d'être plus encadrés. Mais dans un système libéral qui propose des solutions plurielles et où chacun trouve donc la place qui lui convient, le nombre d'élèves en marge du système nécessitant un encadrement renforcé tend asymptotiquement vers zéro. Comment peut-on proposer un système visant à permettre à chacun de trouver sa place et en même temps prévoir que les besoins d'encadrement ne diminueront pas ? Accessoirement, cette augmentation du temps de présence proposée par Claude Thélot engendrerait des augmentations salariales qui viendraient donc accroître encore un peu plus le budget déjà pléthorique de l'Education Nationale. Ne cherche t-on pas là à justifier maladroitement des augmentations budgétaires pour satisfaire l'idéologie syndicale ? Le devoir de l'élève Thélot est un peu confus dans la mesure où il présente une réforme « socialo-libérale ». Mais c'est sur une note d'espoir que nous souhaitons conclure car pour la première fois depuis près de trente ans, l'élève en tant qu'individu est de nouveau considéré. De toute évidence, on a pris conscience du fait que le moule unique et que le collectivisme étaient responsables de l'échec. Les parcours personnalisés et les options correspondantes permettront à chacun de trouver la place qui lui convient. De même, le principe de l'autonomie émerge. On réalise donc enfin que les problèmes particuliers ne se règlent pas au moyen d'une loi générale mais par le biais d'un système décentralisé. Nous assistons sans nul doute à une évolution des mentalités qui, devant les méfaits de l'égalitarisme sauvage, se tournent enfin vers des idées libérales plus respectueuses de l'individu. L'essai sera-t-il transformé par François Fillon ? Affaire à suivre... Article original : Edito de Christophe Maillard, site du Comité Lyon Tous les articles sur l'Education du Comité Lyon, sur le site du Comité ici
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