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Interview - l’avancement dans l’Education Nationale

par Stéphane Blanc, le 04/12/04
Rachel, vous êtes responsable administratif dans une université depuis deux ans. Vous avez travaillé comme gestionnaire comptable dans un collège pendant 6 ans. Pouvez vous nous dire comment fonctionne l'avancement dans l'Education Nationale ?

Rachel : L'avancement est essentiellement basé sur l'ancienneté. De manière caricaturale, dans la fonction publique, plus on est vieux, meilleur on est. Les changements d'échelon au niveau de chaque corps répondent à des conditions de durée. Le temps nécessaire pour passer d'un échelon à l'échelon supérieur peut toutefois être modulé en fonction des qualités montrées au travail. Enfin, théoriquement...

Quelle est donc la part d'ancienneté et la part de mérite ?

Le calcul est difficile à effectuer. Il existe une durée moyenne de changement d'échelon et une durée minimale. Chaque année, le fonctionnaire est évalué par rapport aux objectifs qui lui ont été fixés. Une évaluation positive peut permettre d'espérer une réduction d'ancienneté qui raccourci le délai moyen nécessaire au changement d'échelon. Mais l'encadrement réglementaire de ces évaluations, comme le poids des syndicats, rendent le fonctionnement de ce système plus théorique que pratique.

Qu'en est-il de la notation ?

Elle a été récemment remplacée par les évaluations qui s'inspirent des méthodes du privé (fixation d'objectifs et établissement d'une fiche de poste) mais sans moyens coercitifs ou incitatifs réels. Tout est fait pour niveler les écarts et garantir le maximum d'avancement aux personnes les plus âgées.

C'est-à-dire ?

Il est possible d'avoir une très bonne note mais les instances paritaires - constituées à cinquante pourcent par l'administration et à cinquante pourcent par les syndicats - ramèneront toujours une augmentation salariale au plafond autorisé pour une ancienneté donnée et annuleront quasiment systématiquement une baisse de note. Sachant que pour ce qui concerne l'Education Nationale, la note est péréquée à chaque changement d'académie. Ainsi un fonctionnaire jugé 18/20 dans l'académie de Créteil peut très bien à l'occasion de sa mutation dans l'académie de Lyon perdre deux points car il est ramené à l'échelon moyen de ses collègues ayant la même ancienneté. Il faut croire qu'en allant plus au sud, le fonctionnaire perd de son efficacité...

Quelle est la liberté de choix du fonctionnaire de l'Education Nationale quant à ses souhaits (géographique, de fonction etc...) ?

On en revient au problème précédent. Plus on est âgé, plus on a le choix car « meilleur » on est. Ainsi les postes les moins attractifs sont-ils toujours confiés à des sortants de concours, quelle que soit leur difficulté intrinsèque, ce qui entraîne un turnover préjudiciable à la qualité du service car ces jeunes professeurs souhaitent alors partir le plus vite possible de ces postes à difficulté. De plus, comment peut-on expliquer que ce sont à ceux qui sortent seulement du concours et qui n'ont donc pas encore d'expérience que l'on assigne les postes les plus difficiles? Aurait-on idée de donner à un médecin débutant la responsabilité d'un service de neurochirurgie ? Aurait-on idée de donner à un étudiant sortant d'une école de commerce la responsabilité de la politique de la banque centrale ?

Quel rapport y a-t-il entre la compétence du fonctionnaire et la nature du poste qu'il occupe?

Tout dépend de la structure concernée. Dans les établissements scolaires, pour les administratifs comme pour les enseignants, le chef d'établissement n'ayant aucun pouvoir de nomination et de choix, il « recrute » les personnes qu'on lui impose. Encore peut-il se montrer heureux si tous les postes sont pourvus!

En revanche, dans les structures type rectorat ou université, pour le personnel administratif, une personne est nommée et l'exécutif est alors souverain pour répartir les personnes au mieux de leurs compétences et de leurs souhaits.

Comment cela se passe-t-il ?

Par des rencontres avec le secrétaire général et/ou la Direction des Ressources Humaines. Mais le recrutement par concours fait que l'on ne parvient parfois plus à recruter pour certains postes à compétences particulières car les gens sont formés à réussir le concours mais souvent pas ou mal préparés à exercer leur mission.

Comment mettre les meilleurs éléments aux postes où l'on en a le plus besoin (banlieux difficiles etc...)?

Un bon enseignant n'est pas seulement quelqu'un qui dispose de connaissances importantes dans son domaine. C'est également une personne qui a la capacité de transmettre ce savoir et de faire régner l'ordre dans sa classe. Dans les zones sensibles il faudrait sans doute privilégier la capacité à tenir une classe et à transmettre le savoir plutôt que le niveau de connaissance intrinsèque de l'enseignant. Une solution pourrait également être de donner plus de pouvoir au chef d'établissement pour recruter son équipe.

Quel est le mode de rémunération dans l'Education Nationale?

La rémunération principale (hors prime) se fait en fonction de l'indice, lui-même fonction de l'ancienneté et du grade. Afin de valoriser les postes les plus difficiles ou plus lourds, un dispositif de NBI1 a été créé. C'est un premier pas. Il reste insuffisant et imparfait.


Compte tenu de la sécurité de l'emploi et de l'absence de marges de manœuvre en terme de rémunération, comment un chef de service peut-il sanctionner, motiver ou récompenser ses agents ?

Il existe des sanctions théoriques qui sont très difficiles à faire appliquer. En pratique c'est la politique des chaises musicales. On essaie de déplacer l'agent et donc le problème. On essaie ensuite de le mettre sur le poste sur lequel il est le moins susceptible de nuire.

Pour motiver ses troupes il faut faire appel à tous les talents de manager du chef de service, compétence à laquelle il n'a pas été formé. Cela étant, il existe malgré tout des agents pour lesquels le service public a un sens et qui ne comptent pas leurs heures pour que le travail soit fait. Ils ont d'autant plus de mérite qu'ils n'en tireront aucune récompense financière.

Voilà qui permet de terminer sur une note plus optimiste.

Comité Lyon - Liberté Chérie