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Quelle solution alternative au collège unique ?

par Patricia Maillard, le 05/12/04
Trente ans de pratique du collège unique ont fini par enfin convaincre un certain nombre d'enseignants que ce système n'était pas porteur de succès mais au contraire de régression et qu'il était grand temps de chercher des solutions alternatives. Certes, il faudrait en premier lieu ne plus accepter en sixième les enfants qui ne savent pas lire ou ne maîtrisent pas les pré-requis pour affronter l'enseignement de premier cycle - il y a donc bien évidemment un travail et des changements à effectuer en amont du collège - mais ces évolutions ne se suffiront pas à elles-mêmes. Il faut en effet envisager un système radicalement différent permettant à chacun de trouver sa place. L'égalité ne doit être que dans la possibilité offerte à chacun de s'épanouir. Et pour cela, il existe des solutions alternatives au collège unique. Elles passent par des changements de structures et de valeurs, et donc de mentalités.

Il conviendrait tout d'abord de rétablir des filières. J'entends déjà les récriminations et les levées de boucliers en provenance des organisations syndicales et autres organismes prêchant l'égalitarisme sauvage en réaction à cette idée « obscène » consistant à casser le moule de l'égalité en principe mais de l'injustice en fait. Chaque enfant devrait pourtant pouvoir bénéficier de la quantité de connaissances qu'il peut absorber, du rythme de travail qu'il peut soutenir ainsi que des options qui lui conviennent. Le système devrait donc être pluriel et proposer des solutions multiples pour faire face à la diversité des élèves. Il conviendrait par exemple que la cinquième redevienne un premier palier d'orientation. Après un cycle d'observation de deux ans en sixième-cinquième, les enfants pourraient choisir un cycle quatrième-troisième général avec des options plus classiques ou théoriques telles que la seconde langue vivante, le grec ou le latin, ou bien un cycle plus technique avec des options telles que travail du bois, des métaux, cuisine, horticulture etc. ou encore un cycle plus commercial avec des options telles que comptabilité, secrétariat, informatique etc. Un autre palier d'orientation est nécessaire à la fin de la troisième. Les élèves pourraient y choisir une seconde générale ou bien professionnelle en fonction des options étudiées au collège. Bien sûr, cela reviendrait à opter pour une spécialisation plus précoce, ce qui risque de faire bondir les syndicats, mais c'est pourtant la seule solution pour que les élèves cessent de s'ennuyer et de perdre leur temps dans le moule unique. Dans un système pluriel, chaque élève peut trouver la place qui lui convient le mieux, le type d'enseignement qui lui correspond le plus et progresser dans la voie qui lui plaît et le motive le plus. La mise en place de filières ne répond pas à une volonté de ségrégation des bons et des mauvais élèves mais à une idée de respect de l'individu, de ses choix, de ses aspirations et de sa liberté. Le choix des différentes filières à mettre en place pourrait être laissé à la convenance des établissements scolaires car là encore les établissements n'ont pas tous les mêmes besoins en fonction de la population d'élèves qu'ils reçoivent. Il convient donc de laisser une certaine autonomie aux établissements qui pourront s'adapter aux situations particulières de leur population d'élèves et éventuellement au marché de l'emploi local pour le choix de certaines options particulières plutôt que d'autres.

Mais au delà de la réforme structurelle à accomplir, il faudrait opérer un changement de valeurs et de mentalité. Il est en effet nécessaire de rompre avec la méthode qui consiste à faire passer tous les élèves d'une classe dans la classe supérieure au nom de l'égalité de traitement liée au concept du collège unique. Il importe d'attendre que l'élève possède le niveau de connaissances et la faculté de conceptualisation nécessaires pour passer dans la classe supérieure et non pas le faire passer systématiquement, ce qui peut paraître sympathique, mais est loin de lui être profitable puisque l'élève qui accède à une classe supérieure sans les bases nécessaires ne peut que se sentir en situation d'échec et perturber le bon fonctionnement de la classe. Il est donc nécessaire d'adopter une stratégie de rupture avec le laxisme actuel. Ainsi, l'élève se mettra de lui-même au travail. Faisons lui comprendre qu'il doit gagner son passage en classe supérieure et non pas que celui-ci est acquis d'avance. C'est une des manières de motiver l'élève au travail. Lors du Grand Débat sur l'Education Nationale lancé pendant l'année scolaire 2003/2004, une des questions soulevées était la suivante : « Comment motiver les élèves ? » D'aucuns ont proposé des variations à l'infini de supports pédagogiques dans le but de ne pas lasser l'intérêt et l'attention des enfants - nous sommes en effet dans la grande mouvance de l'enseignement ludique - et autres solutions miracles, culpabilisant ainsi les enseignants qui avaient déjà tout essayé. Même s'il est bon de varier ses cours, d'injecter de l'humour quand c'est possible, et de varier les supports, il n'en reste pas moins vrai que l'École n'est pas un jeu ou une émission de télévision. L'École doit être un lieu d'apprentissage où l'on doit atteindre des objectifs pour pouvoir prétendre à une promotion dans une classe supérieure. Ainsi, lorsque l'élève aura réussi à passer dans une classe supérieure, il sera fier de son travail et se sentira valorisé. Il sera mieux préparé à son avenir socio-professionnel qu'en ayant été un « enfant-roi » scolarisé dans une école sans contrainte, sans ambition et sans exigence. C'est seulement de cette manière que l'on parviendra à ce que l'Ecole joue le rôle d'ascenseur social.

C'est donc en rendant une certaine flexibilité au collège et en replaçant le travail et l'effort au centre des valeurs que l'on pourra se libérer des effets pervers du collège unique. La flexibilité s'obtiendra en rétablissant un choix de filières permettant à chacun d'évoluer comme il le souhaite et selon ses possibilités ainsi qu'en attribuant une certaine autonomie aux établissements scolaires. Quant au travail et à l'effort, ils ne seront revalorisés que s'ils sont rendus indispensables pour passer dans une classe supérieure. Ainsi, le collège redeviendra un lieu de transmission des connaissances et de savoir permettant à l'ascenseur social que doit être l'École de jouer pleinement son rôle.