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Plaidoyer pour une Ecole de liberté et d’ouverture !

par Christophe Maillard, le 05/12/04
La réforme de l'Éducation Nationale que le gouvernement annonce pour cette année sera une occasion à ne pas manquer pour réhabiliter notre système éducatif devenu obsolète. Après quelques menues tentatives de réformes et beaucoup de démagogie, nous devons aujourd'hui militer pour que notre École devienne une École de liberté et d'ouverture.


Le manque de liberté au sein de notre Ecole se manifeste de la manière la plus criante pour l'élève qui est emprisonné dans le système du collège unique. Les programmes y sont imposés et la part de liberté individuelle très restreinte. Mais le manque de liberté est en fait caractéristique de l'éducation publique dans son ensemble. Ne devrait-on pas laisser plus de liberté aux étudiants en leur offrant un choix de cours ou de filières, un choix de collège, lycée ou université et un choix de mode de formation ?

Au collège unique, on impose un même programme à tous comme si chaque élève avait finalement les mêmes besoins, les mêmes projets et les mêmes potentialités. Cela est évidemment absurde : les élèves ont des besoins pédagogiques différents et cela est lié au fait qu'ils ont des sensibilités plus artistiques, plus intellectuelles, plus manuelles ou plus sociales. Les politiques et les syndicats ont en fait nié la notion même d'individu pendant des années en refusant de considérer que chaque étudiant était différent dans ses besoins, sa manière d'apprendre ou ses potentialités et que cela devait donc se traduire par des choix pédagogiques différents. L'Éducation Nationale a adopté un système de pensée collectiviste. Ce choix de l'uniformisation, ce choix de négation de la différence a étouffé les talents. Si l'on manque par exemple d'entreprises en France c'est parce que les étudiants n'ont pas suffisamment la possibilité de prendre des options visant à développer leurs éventuels talents d'entrepreneurs, si l'on a des centaines de milliers d'emplois non pourvus dans des domaines tels que le bâtiment alors que l'on a des centaines de milliers de chômeurs, c'est parce que l'on a refusé de valoriser les talents manuels des étudiants. On aurait pourtant pu le faire en créant des modules pédagogiques adaptés. Mais à force de vouloir tout uniformiser, on a empêché les talents de s'exprimer. Avec une École de liberté, on pourrait offrir des options pédagogiques permettant à chacun de s'épanouir en fonction de son projet et de ses talents.

Parmi les libertés qui manquent également à notre système éducatif, on trouve celle qui consiste à choisir son collège, son lycée ou son université. Un tel choix aurait pour conséquence de mettre en concurrence ces collèges, lycées et universités. La mise en concurrence est-elle satanique, comme voudraient nous le faire penser les syndicats de l'Éducation Nationale ? En fait, si l'on regarde ce qui se passe dans d'autres pays ou dans nos Grandes Écoles de Commerce françaises par exemple, on s'aperçoit que la concurrence fait que les Écoles s'améliorent sans cesse, acquièrent des labels internationaux (Equis ou AACSB par exemple), proposent des formations toujours plus variées, innovantes et ouvertes sur l'international. De même l'esprit d'entrepreneur y est développé par l'encouragement de la participation à la vie associative. Toutes ces innovations pédagogiques viennent justement du fait qu'il existe une émulation liée à la concurrence entre Ecoles. Ce n'est pas la non-concurrence et l'autosatisfaction dans la médiocrité qui permettent de telles améliorations. La liberté de choix conduit donc à une École dynamique de qualité.

Dans une École de liberté on pourrait également avoir le choix du mode de formation. Certains ont besoin de cours théoriques pour s'épanouir, d'autres ont plutôt besoin de voir les applications pratiques de ces théories pour apprendre. D'autres encore ont besoin des deux. Il pourrait donc être intéressant de développer l'apprentissage et les stages, c'est à dire l'immersion dans des entreprises, dans des associations, ou pourquoi pas dans des ONG. Et que l'on ne me dise pas qu'il s'agirait là de séparer les bons et les mauvais élèves en orientant les mauvais dans l'entreprise pendant que les bons resteraient à l'école. L'apprentissage et les stages existent dans des Écoles aussi prestigieuses qu'HEC où l'on ne cherche de toute évidence pas à séparer les « mauvais » et les « bons ». Il ne s'agit pas non plus d'une politique du « tout ou rien » comme les syndicats voudraient nous le faire penser : la possibilité d'avoir un statut d'apprenti ou de partir en stage ne signifie pas que l'on abandonnerait les savoirs fondamentaux. Il s'agirait bien évidemment de combiner les périodes d'enseignement théoriques avec des périodes d'application pratiques. L'immersion dans la vie réelle pourrait d'ailleurs rendre leurs repères à un certains nombre d'élèves qui ne sont pas faits pour le « 100% théorique » et qui pourraient prendre confiance en eux via des prises de responsabilité réelles. Mais pour cela, encore faudrait-il que notre École propose des choix dans le mode d'enseignement, ce qui n'est pas suffisamment le cas, surtout au collège mais aussi dans les universités qui jouissent d'un déficit de professionnalisation des études par rapport notamment aux Grandes Ecoles. Là encore je prône une École de le liberté pour que tous les talents s'expriment et que la nation en tire les meilleurs bénéfices.

Les syndicats sont les premiers responsables du moule uniformisant et liberticide qui existe dans l'École française puisque même lorsqu'il y a un début de velléité réformatrice, elle est étouffée par la menace de blocage. Les syndicats de l'Éducation Nationale ont pour la plupart une culture conservatrice et corporatiste où aucun changement, aucune adaptation n'est acceptable. La liberté est un concept qui leur est étranger car c'est un concept qui implique courage, adaptation et modernité. Le seul aménagement qu'ils acceptent et réclament consiste en des augmentations budgétaires continuelles. Mais les élèves ont-ils besoin de plus de professeurs ou de TOS pour parler l'anglais avec un meilleur accent ou d'une réforme de fond visant à permettre (par l'intermédiaire d'un système de reconnaissance international des cours1) des possibilités d'échanges universitaires systématiques en immersion totale pendant un trimestre ou une année dans un pays anglophone ?

Mais pour que les étudiants aient cette possibilité systématique de partir à l'étranger, il faudrait encore que notre École soit une École d'ouverture, c'est à dire une École ouverte sur le monde, ouverte aux autres cultures, aux autres langues et aux autres manières de penser et de vivre. Ce système existe déjà dans de nombreux pays étrangers et dans la plupart des Grandes Écoles françaises qui proposent généralement à leurs étudiants des séjours sur les cinq continents. Pourquoi les universitaires et les lycéens n'en profiteraient-ils pas également ?

Outre l'ouverture culturelle, cette possibilité de départ à l'étranger permettrait également aux étudiants de s'ouvrir de nouveaux horizons. En effet dans le cadre d'accords entre l'université française et l'université étrangère il pourrait être possible aux étudiants d'obtenir des doubles diplômes ; c'est à dire l'obtention pour le même temps de formation du diplôme de l'université française et de l'université étrangère. L'étudiant pourrait ainsi se donner une meilleure visibilité sur un marché de l'emploi étranger. Nombre de pays européens, américains ou asiatiques ont compris l'enrichissement que peut tirer un étudiant de tels échanges. La France est bien entendu en retard puisque les syndicats refusent de telles propositions. Luc Ferry semblait pourtant proposer des idées allant dans ce sens dans son projet de réforme des universités. Malheureusement, il n'a vu revenir en guise d'écho que son livre déchiré et piétiné par des enseignants manifestants. De tels comportements ne sont pas constructifs dans le cadre de la mise en place de changements fondamentaux et de réformes. Changer, réformer ou encore s'adapter...autant de mots que l'on ne veut entendre au sein des organisations syndicales rétrogrades de l'Education Nationale qui domptent le monde de l'enseignement depuis bien trop longtemps (d'où d'ailleurs une fois encore la nécessité d'un service minimum pour que la mise en place des réformes nécessaires ne se heurte pas à l'arrêt des services publics essentiels que sont l'enseignement et l'organisation des examens et concours nationaux). Pourtant, si l'une des missions de l'École est de faire des hommes libres et cultivés, alors il est également de son devoir de permettre à l'étudiant de s'ouvrir l'esprit et de s'enrichir par le biais notamment d'échanges universitaires. Et pour cela, il faut réformer. Une telle manœuvre permettrait également d'attirer plus d'étudiants étrangers à haute valeur ajoutée dans notre pays. Cela contribuerait également au rayonnement de la France et de ses universités à l'étranger. Cela participerait à la diffusion des valeurs et de la culture française au delà de nos frontières. Dans un monde global, il faut faire preuve d'ouverture si l'on veut se faire une place. Comment peut-on imaginer que dans un contexte de mondialisation inévitable, notre École ne soit pas une École ouverte sur le monde, une École d'ouverture ?


Aujourd'hui l'Éducation Nationale a un fonctionnement obsolète. Sa non adaptation a d'ailleurs par exemple engendré l'essor des Écoles de Commerce. S'est on à un seul moment interrogé sur les raisons de cet essor que l'on ne retrouve pas dans les autres pays? Aux Etats-Unis par exemple, le « business » est enseigné à l'université. Il n'y a pas un tel système concurrentiel parallèle à l'université. En France ce système original est lié au fait qu'il a fallu répondre à une demande à laquelle l'université et l'Ecole en général ne répondaient pas: le besoin d'avoir plus de flexibilité dans le choix de ses cours en fonction de ses potentialités et de ses projets, le besoin d'émulation engendré par la concurrence entre Ecoles qui découle elle-même du libre choix des étudiants, le besoin de professionnalisation de ses études, le besoin d'application pratiques des savoirs théoriques ainsi que le besoin d'ouverture à l'international.

Ainsi face à l'immobilisme, face à la médiocrité, au nivellement par le bas et à la non adaptation syndicale dont est victime l'Education Nationale, préférons la liberté de choix des filières, des cours, des universités, des cursus, des modes de formation et l'ouverture de notre système sur le monde.