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En réponse aux Jacobins de l'éducation

par Christophe Maillard, le 15/01/05
En ces temps de débat et d'annonces ministérielles sur l'école, s'il est une proposition libérale mal comprise et parfois détournée de son sens, c'est celle de l'autonomie des établissements scolaires. Le mot « autonomie » génère d'ailleurs souvent des peurs injustifiées. Pourtant, il suffit de s'intéresser de près au sujet, avec un esprit non partisan et une certaine honnêteté intellectuelle, pour constater que l'idée est séduisante et susceptible de pallier les nombreux maux du système éducatif actuel. Clarifions donc le sujet !

L'idée d'autonomie pour les établissements scolaires résulte d'un simple constat : de Jospin à Ferry en passant par Allègre, de nombreuses tentatives de « dégraissage » ou de modernisation ont été proposées. Aucune n'a réussi. Certes, il faut rappeler que certains syndicats de l'Education Nationale ne favorisent pas les réformes : le mouvement de décentralisation hypothèquerait leur influence sur le Ministère. Mais s'est-on à un seul moment interrogé sur l'efficacité, voire même la possibilité d'une réforme globale de l'Education Nationale ? Est-il possible d'imposer une réforme totale, venue du sommet, pour tous les acteurs du système éducatif, divers et innombrables ? Est-il crédible de faire marcher au pas cadencé, sur décret du ministre, un million de fonctionnaires ?

Pour Liberté Chérie, il est évident qu'aucune réforme universelle ne peut répondre à la diversité des écoles, des régions, des élèves ou des professeurs. Chaque établissement est unique et comporte des spécificités. Ainsi, si le législateur doit s'exprimer, ce ne doit être que pour accorder le principe d'autonomie aux établissements scolaires. Il convient, par exemple, de laisser un directeur d'établissement recruter le nombre de professeurs dont il a besoin, et non pas de tenter de le prédire maladroitement depuis la rue de Grenelle. Comment le ministère pourrait-il matériellement connaître les besoins de chaque établissement en France ?

De même, il serait souhaitable de laisser plus d'autonomie aux professeurs dans leur manière d'enseigner. Chaque classe est différente, de même que chaque élève. Et il n'existe pas de solution globale qui puisse s'appliquer efficacement à tous. Nous devons accorder notre confiance aux enseignants qui sont les seuls à avoir l'expérience nécessaire pour s'adapter au mieux à chacune de leurs classes et à chacun de leurs élèves. L'autonomie des établissements permettra l'expérimentation. Partout les idées des professeurs, des enseignants, ou des élèves pourront être mises en pratiques et testées. Les meilleures initiatives, les meilleures innovations seront alors reprises par les autres établissements scolaires : à la contrainte, on substituerait l'émulation et la culture du résultat. A l'opposé d'un système sclérosant où la centralisation est préférée à l'initiative locale, l'autonomie permettrait à chacun de trouver l'éducation adéquate à ses besoins et à son insertion professionnelle.

Il est encourageant de se référer avec profit à l'expérience acquise dans ce domaine par la Suède et le Royaume Uni, expériences malheureusement ignorées en France. Dans le cas de notre voisin, l'expérience est d'autant plus concluante que l'autonomie ne peut être accordée à un établissement que si le conseil d'administration de l'établissement, où les parents sont en majorité, en fait la demande. Leur nombre s'accroît chaque année, tant les résultats sont probants.

Nos détracteurs brandissent l'argument de l'inégalité. Si le gouvernement essaie toujours de se défendre d'une telle attaque lorsqu'il ose proposer une mesure avec un semblant de libéralisme, nous acceptons cette remarque et revendiquons même un système « inégal ». En effet, si ce système est inégal dans la forme - dans la mesure où tous les élèves ne seraient pas éduqués suivant la même méthode mais selon des choix locaux - il permettrait en revanche l'égalité des chances. En effet, chaque élève pourrait s'inscrire dans l'établissement qui propose la méthode d'éducation qui s'adapte le mieux à son profil. Pour ce faire, il est indispensable que le principe d'autonomie s'accompagne de la suppression de la carte scolaire, c'est-à-dire que chaque élève dispose de la possibilité de s'inscrire dans l'établissement qu'il souhaite. Et par conséquence, que les dotations publiques, au moins de façon marginale, suivent les choix des élèves. Il est étonnant d'entendre nos détracteurs maugréer qu'un tel système créerait une école à deux vitesses. Cette remarque témoigne d'un aveuglement sans pareil car l'Ecole à deux vitesses existe déjà. Des beaux quartiers au « 9-3 », l'égalité en matière d'éducation n'est qu'un mot.

A rebours des préjugés, nous affirmons que promouvoir à tout prix l'égalité des établissements est nuisible : cette politique conduit à une moyenne médiocre, d'où s'échappent quelques établissements très privilégiés ou très défavorisés. C'est au contraire l'inégalité des méthodes et des objectifs qui permet la concurrence et par suite l'innovation, soit l'amélioration générale des performances. Dans un système où tous les établissements scolaires sont « égaux » et doivent rester égaux, il n'y a pas de concurrence possible entre eux puisqu'ils n'ont pas intérêt, ni même le droit de s'améliorer les uns par rapport aux autres. Le système est donc statique, sans perspective d'amélioration. A l'inverse, dans un système non centralisé, il existe des inégalités de fait mais surtout une amélioration constante de chaque établissement. L'important n'est pas que les établissements soient égaux mais qu'ils s'améliorent tous sous la pression de la concurrence. Et pour ce faire, il faut donc qu'ils puissent agir de manière autonome.

Certains craignent que les établissements devenus autonomes enseignent des matières non pertinentes, peut-être même fantaisistes. A ceux là nous répondons qu'il n'y a aucun risque. En effet, l'objectif de résultat resterait collectif. Il s'agit d'amener des élèves à un niveau de connaissance et de réflexion leur permettant d'obtenir des diplômes nationaux, définis et validés par le ministère. Ainsi, il n'y aurait pas d'établissements dévolus à la préparation de diplômes au rabais ou d'excellence, mais simplement des établissements qui adopteraient des méthodes différentes pour atteindre un même objectif : l'acquisition des connaissances. Seule l'autonomie permet de s'adapter à la diversité des cas particuliers et donne ainsi à chacun la meilleure chance d'obtenir un diplôme reconnu. Pour y parvenir, la première des réformes de l'Education Nationale est l'instauration de l'autonomie des établissements et la suppression de la carte scolaire.


Texte publié dans les colonnes "Débats et opinions" du Figaro.