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Plan Borloo : Bulle sociale

par Aurélien Véron, le 15/01/05
Alors que le mouvement HLM gère déjà 25 % du parc immobilier français, soit 3.8 millions de logements, le plan Borloo propose d'en construire 500.000 de plus en 5 ans. Autant dire que nous sommes en présence d'un secteur largement administré par l'Etat et les collectivités locales, propre à une économie de type socialiste !

Premier effet : le coût de ce parc est prohibitif ! Ce seul aspect du plan Borloo va peser 55 milliards d'euros. Cette estimation sera sans doute dépassée lors de sa réalisation…surtout dans une période préélectorale qui verra une gauche pousser à la surenchère dans les régions et une droite sans repères en quête de clientèle. Evidemment, cette charge va venir alourdir le budget d'un Etat déjà excessivement dépensier. La facture alourdira donc le fardeau des contributeurs fiscaux, donc sur la croissance pourtant déjà chroniquement faible.

Deuxième effet : le taux de propriétaires, l'un des plus faibles du monde occidental, n'est pas prêt de remonter. L'affectation de HLM en nombre toujours croissant entretient la tendance à la déresponsabilisation individuelle, ainsi qu'une certaine forme largement répandue d'aversion pour la notion de patrimoine. Dans un environnement difficile et dans la perspective d'une faillite de nos systèmes de retraite, cet aspect pèsera rapidement sur le moral des ménages. Leur épargne élevée continuera à s'investir dans la pierre alors que le marché est déjà peu tendu face au manque d'offre.

Troisième effet : l'éviction des classes moyennes du marché privé. Le secteur du BTP, en surchauffe avec un manque de main d'œuvre, va augmenter ses tarifs. Les terrains libres, de plus en plus rares (pour diverses raisons que je n'évoquerai pas ici), vont également se renchérir. La pénurie de logements du parc libre ne peut donc que se renforcer, accélérant le mouvement de hausse des prix de l'immobilier.
Enfin, l'aide au logement contribue largement à pousser à la hausse les prix locatifs du segment bas et moyen du marché locatif et, par répercussion, les segments supérieurs. Autant dire que cet effet n'est pas neutre sur le prix du m2.

C'est un cas d'école : alors que 1.75 millions de demandes (dont la moitié à moins d'un an) de logement social s'accumulent, 5.7 millions d'allocataires couvrant 12.8 millions de personnes) perçoivent une aide au logement, l'APL, l'ALS ou l'ALF, d'un montant mensuel moyen de 215, 185 et 150 euros respectivement.
Les individus et ménages aux revenus légèrement supérieurs, qui ne bénéficient pas de ce type d'aide, subissent donc une concurrence déloyale et n'ont plus les moyens de vivre dans la gamme de logements à laquelle ils auraient pu prétendre dans un marché libre.

C'est ainsi que les classes moyennes financent par leur impôt une politique du logement inepte qui alimente la hausse du marché immobilier et provoquent à terme leur propre éviction de leur gamme naturelle de logements. La politique de logement sociale accélère la pénurie de logements.
La notion de « bulle spéculative » devrait plutôt s'intituler « bulle sociale ».