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Discours prononcé le 27 février 2005, à l'assemblée générale de l'association.Si vous avez appris un peu d'histoire, si vous avez un peu parcouru ce vaste monde, une chose n'a pas dû manquer de vous frapper : les sociétés qui appliquent la morale libérale et l'économie de marché sont toujours, dans tous les temps et sous tous les cieux, les sociétés les plus prospères, comme elles sont les plus tolérantes, les plus ouvertes et les plus humaines. Il ne faut pas s'en étonner : le progrès dans les niveaux de vie, comme d'ailleurs dans la solidarité, résulte du travail des individus et des millions d'interactions spontanées qu'ils ont les uns avec les autres. A l'Etat de veiller à ce que ces interactions se fassent en toute liberté, sans violence ni spoliation. Mais qu'il les laisse faire! Dès qu'un fonctionnaire intervient dans ces interactions autrement que pour garantir toute absence de coercition, il les complique, il les retarde, il en augmente le coût, quelquefois à un point tel qu'il les décourage. Or que ce soit le chômage, la pénurie de logements, le manque d'infirmières et de chirurgiens, ou le déficit éternel de la Sécurité Sociale, il n'y a aucun des grands problèmes de la Société française que le libre marché ne puisse régler. Au contraire, chaque tentative pour les régler de manière autoritaire ne fait que remplacer d'anciens inconvénients par de nouveaux, comme en témoigne tristement le fait que nous en soyons aujourd'hui à la 21ème réforme de la Sécurité Sociale. Vous avez bien entendu : vingt-et-unième! Tout cela est si évident qu'il faut bien se poser la question : C'est à cette question que l'on m'a demandé de répondre. Je vais le faire de deux façons. Voici la première. Il n'y a que deux philosophies de la vie en société sur cette terre : le libéralisme et le socialisme. Toutes les autres n'en sont que des avatars. Le libéralisme met l'individu au dessus de la société. Il considère que la société est un ensemble d'individus libres et responsables, et que tout ce que chacun de nous fait pour les autres, il le fait librement, soit par intérêt, soit par raison, soit par inclination. Les socialistes et leurs différents avatars, au contraire, mettent la société au dessus de l'individu. Ils ont de la société une vision anthropomorphique, c'est à dire qu'ils la voient comme ayant une vie indépendante des éléments qui la constituent, ces éléments étant eux-mêmes des entités abstraites sans grande importance. Quant aux hommes de pouvoir, tous les hommes de pouvoir, ceux de droite comme ceux de gauche, ils se donnent pour fonction de diriger la société, et toute action individuelle est pour eux potentiellement déviante et donc dangereuse. Ils ne peuvent donc pas être libéraux. La seule façon de limiter leurs dégâts est de limiter très strictement leur pouvoir par des institutions appropriées. Nos institutions à nous vont exactement en sens inverse, et si vous voulez comprendre pourquoi, je vous recommande très vivement la lecture du petit opuscule génial de Philippe Nemo, "La double oligarchie de la 5ème République", que vous trouverez dans cette salle. Il faut donc changer nos institutions. Une occasion va se présenter de renouveler le pouvoir en 2007, et Liberté Chérie réfléchit sérieusement aux moyens à mettre en œuvre pour infléchir ce renouvellement dans un sens plus libéral. Voici maintenant ma deuxième réponse : elle fait appel à une branche de la théorie économique que l'on appelle la théorie des choix publics. Cette théorie a été initiée par Frédéric Bastiat au 19ème siècle, et largement développée au 20ème par le prix Nobel James Buchanan et ses successeurs. Cette théorie étend au comportement des hommes politiques les comportements des hommes en général tels que les a décrits Adam Smith : les hommes politiques ne sont pas des sages à la poursuite désintéressée du bien public; comme chacun de nous, ce sont des personnes qui agissent pour satisfaire leurs motivations, et leurs principales motivations sont - le pouvoir - la richesse, ou tout au moins les très grandes facilités de vie que procure le pouvoir, - les honneurs. Mais, me direz vous, quand on a le pouvoir, il faut bien en faire quelque chose, et on ne peut pas exclure que son détenteur en utilise une partie pour promouvoir ses idées personnelles en matière de bien public. La tragédie de la France, c'est que la plupart des hommes de pouvoir, qu'ils soient dans le gouvernement ou la fonction publique, sont formés par l'Ecole Nationale d'Administration, où on leur inculque la religion de l'Etat. Ils croient que tout problème doit être résolu par l'intervention de l'Etat. Ils ne se doutent pas que la plupart des problèmes de la pauvre humanité souffrante sont beaucoup mieux réglés par les citoyens eux-mêmes lorsqu'on les laisse libres de le faire. On m'a dit : mais justement Sarkozy ne sort pas de l'ENA, et il paraîtrait que ses convictions intimes soient plutôt libérales. Peut-être. Mais Sarkozy, comme les autres, est d'abord motivé par le pouvoir, les facilités de vie que procure le pouvoir, et les honneurs. Pour arriver à la tête de l'Etat, il jouera en fonction de ce qu'il pensera être les aspirations de l'électorat. Il nous appartient donc de lui montrer que l'électorat aspire à plus de liberté. Si nous y parvenons, et s'il parvient au pouvoir, nous avons quelque chance d'aboutir à des résultats concrets, car il est prodigieusement efficace. Si nous n'y parvenons pas, et si lui parvient au pouvoir, son efficacité se traduira par de nouvelles interventions intempestives de l'Etat. Là encore, la voie à suivre pour Liberté Chérie est claire. Nous devons tout faire pour que d'ici 2007, l'ensemble de la classe politique, Sarkozy en tête, se pénètre de l'idée que nous ne résoudrons aucun de nos problèmes sans un changement drastique de nos lois et de nos institutions, et ils ne s'en pénètrerons que s'ils y sont portés par l'opinion publique. Nous avons donc un immense travail à accomplir, pendant les deux ans qui viennent, pour éclairer une opinion publique a qui on a inculqué dès l'enfance l'idée qu'il faut tout attendre de l'Etat. Pour vous donner une idée de l'immensité de ce travail, sachez qu'en France, il ne sort guère qu'un livre libéral par mois, alors qu'il sort un livre d'inspiration socialiste tous les deux ou trois jours. Que neuf sur dix des journalistes et des commentateurs de la radio ou de la télévision professent une idéologie socialiste. Bien entendu, il ne faudra pas s'y prendre comme je viens de le faire avec vous, c'est à dire par des considérations philosophiques : il faudra rappeler le plus concrètement possible ce qui ne va pas en France depuis plusieurs décennies, rappeler qu'aucun des partis au pouvoir n'a réussi à corriger ce qui ne va pas, et qu'ils n'y parviendront pas tant qu'ils ne nous laisseront pas décider nous-mêmes de l'usage que nous voulons faire de notre temps et de notre argent. Il nous faudra proposer des mesures non moins concrètes pour résoudre ce qui ne va pas, et ces mesures auront pour objet de réduire l'Etat, ses pompes et ses œuvres. Je terminerai par une citation de Frédéric Bastiat : c'est le dernier paragraphe de La Loi : "Les organes sociaux sont constitués de manière à se développer harmoniquement au grand air de la Liberté. Arrière donc les empiriques et les organisateurs![...] Arrière leurs moyens artificiels! Arrière leur atelier social, leur phalanstère, leur gouvernementalisme, leur centralisation, leurs tarifs, leurs universités, leurs religions d'État, leurs banques gratuites ou leurs banques monopolisées, leurs compressions, leurs restrictions, leur moralisation ou leur égalisation par l'impôt! Et puisqu'on a vainement infligé au corps social tant de systèmes, qu'on finisse par où l'on aurait dû commencer, qu'on repousse les systèmes, qu'on mette enfin à l'épreuve la Liberté, — la Liberté, qui est un acte de foi en Dieu et en son œuvre."
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