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Theorie monetaire |
La frilosité gouvernementale face à l’ambition européenne en matière de recherche.par Laurence Petit, le 28/02/05
Discours prononcé le 27 février 2005, à l'assemblée générale de l'association.Parmi les nombreux domaines dans lequel le gouvernement n'a pas brillé, je vais évoquer devant vous la politique de la recherche en France ou plutôt le semblant de politique. Il faut surtout reconnaître à ce problème une dimension stratégique et non pas concernant une minorité revendicative de plus. Réussir à faire descendre dans la rue les chercheurs, 45000 en février 2004, est une prouesse et une conséquence de la méconnaissance des enjeux. Le conflit n'est que temporairement apaisé par un changement de ministre, l'organisation d'assises nationales et la distribution de quelques subsides. Les ministres successifs de l'agriculture, de l'écologie bien plus influents que ceux de la recherche, de droite comme de gauche, n'ont voulu prendre la mesure de ce problème et se sont contentés de gestion à très court terme en alternant, statu quo, moratoires, décisions contradictoires croyant ainsi ménager une opinion publique désorientée. Le gouvernement actuel s'est engagé il y a quelques mois à débloquer pour la recherche 3 milliards d'euros sur 3 ans, j'aimerais croire que ce n'est pas une promesse de plus. La France ne consacre que 0.5% de son PIB à la recherche alors que l'objectif Européen est de 3%. Nous entendons beaucoup parler d'Europe et de sa future constitution, d'Europe de la défense, d'Europe sociale mais beaucoup moins d'Europe technologique (bien sur il y a Ariane, Galileo, Airbus) et c'est pourtant dans le secteur technologique que nous pourrons gagner l'indépendance à laquelle nous prétendons vis à vis des Etats Unis. Beaucoup déplorent les délocalisations industrielles dont les effets sont péniblement ressentis mais la délocalisation technologique a commencé depuis longtemps. La commission européenne estime à 700000 personnes le déficit de l'Europe en scientifiques et dénombrent 400000 ingénieurs et chercheurs européens travaillant aux Etats Unis. # La perte des emplois industriels devra être compensée par des emplois dans les services mais aussi dans les hautes technologies qui créeront de la richesse bénéfique au tissu économique et social. Les emplois de demain dépendent de notre autonomie technologique. Si la prise de conscience n'est pas rapide, nous pourrions être confrontés à une dépendance en matière grise qui s'ajoutera à notre dépendance en pétrole ... La souveraineté politique que l'Europe revendique doit être également technologique, sanitaire, alimentaire sans quoi elle n'existera que dans les textes. Un secteur dynamique Pourtant, ce que la recherche et l'excellence de nos scientifiques nous ont apporté et ce qu'elles promettent de faire sont immenses. La recherche n'est pas une fin en soi mais un moyen dont les applications potentielles, si elles ne sont pas toujours évidentes dans un premier temps, peuvent être majeures. Les attentes des Français et des Européens dans ces domaines sont fréquemment exprimées. Les biotechnologies sont appelées à irriguer de façon diversifiée de larges domaines de l'économie et de la société. En particulier, les sciences de la vie ont une dimension pluridisciplinaire comme le champ de leurs applications : l'écologie (dépollution des eaux usées ou des mers et des sols) ; le domaine médical (vaccins, anticorps, hormones, nouveaux traitements contre le SIDA, les cancers, les maladies génétiques, neurodégénératives), l'industrie alimentaire mais aussi la sécurité face au bio terrorisme. La commission européenne a évalué que le chiffre d'affaires des biotechnologies pourrait atteindre entre 100 et 200 milliards d'euros en 2010. Ce potentiel me semble mériter la plus grande attention. Dans les 5 dernières années, plusieurs rapports émanant de la commission européenne, du parlement français, de l'OCDE ont fait état d'un décrochage dramatique de l'Europe et de la France sans que cela ne déclenche de réels changements. Au sein de l'Europe, seuls la Suisse et le Royaume Uni sortent du lot. Parmi les 23 sociétés de biotechnologies leaders au niveau mondial en 2002 (sociétés cotées), 13 sont américaines (Amgen, Genentech, Genzyme, Chiron, Biogen, Medimmune...), quatre sont britanniques (Shire Phamaceuticals, Celltech,...), deux suisses (dont celle qui occupe le troisième rang, Serono), une irlandaise (Elan qui occupe le 4ème rang), une allemande (16ème rang, Qiagen) et aucune française. Ces chiffres devraient inquiéter les dirigeants Français et Européens. Si l'augmentation des moyens n'est jamais la panacée, dans le domaine de la recherche des investissements publics et privés sont indispensables tout comme le développement de liens entre l'université et les acteurs économiques et industriels mais le « capitalisme » fait encore office d'indésirable dans la sphère de l'éducation... La réforme de l'université et l'harmonisation européenne des diplômes (système LMD) ont disparu avec le départ précipité de Luc Ferry. Pour que la connaissance, la recherche et la science retrouve son crédit et sa considération, il faut que les politiques ne fuient pas leurs responsabilités en se protégeant sous le parapluie du principe de précaution, en décidant de moratoires comme ce fut le cas pour les OGM ou de molles mesures contre les faucheurs volontaires. La difficulté d'entreprendre une vraie politique pour favoriser la recherche s'oppose à leur besoin d'obtenir des résultats à court terme. Ce bref tableau est de plus un révélateur de l'immobilisme français, qui répugne à réformer ses organismes de recherche, à prendre des orientations franches, à faire des choix budgétaires moins médiatiques. Une éternelle discordance entre les déclarations, les ambitions, les promesses et la triste réalité où la culture du compromis à minima domine. Nous attendons que la recherche en France et en Europe devienne une véritable priorité avant que nous ne devions l'acheter loin de l'Europe. Notre liberté en dépend !
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