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Le PS a eu sa grande réforme : celle des 35 heures. L’UMP a aujourd’hui sa Martine, sa grande ambition avec le plan de cohésion sociale.
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Le PS a eu sa grande réforme : celle des 35 heures. L’UMP a aujourd’hui sa Martine, sa grande ambition avec le plan de cohésion sociale.

le 28/02/05
Discours sur le "Plan de cohésion sociale" prononcé le 27 février 2005, à l'assemblée générale de l'association.

Loin d'être l'un de ces professionnels de la politique thermo-moulé à l'ENA, Jean-Louis Borloo est un homme de terrain qui a fait ses preuves à Valencienne où même des élus PS reconnaissent qu'il y a un « avant » et un « après Borloo ». Certes, cet ancien avocat qui a fait fortune dans les années 80 a gardé de mauvais réflexes de son métier, à l'échelle de la France : lorsqu'il ouvre un nouveau dossier, c'est 2 milliards d'euros cash, et puis ensuite on réfléchit.

Cette nouvelle génération d'hommes politiques atypiques se révèle pugnace et énergique. C'est dans cet esprit que Jean-Louis Borloo nous a concocté des solutions apparemment aussi originales que pragmatiques aux problèmes des Français. La difficulté de l'analyse tient au fait qu'avec un plan tous les mois, il s'avère difficile de distinguer ce qui relève de ce plan et de ses autres idées. En tout cas aujourd'hui, il représente l'espoir de réduire la fracture sociale pour Chirac. Son vaste plan de cohésion sociale repose sur trois piliers au cœur des préoccupations des Français : l'emploi, le logement et l'égalité des chances.

L'état des lieux que commence par dresser Jean-Louis Borloo est clair, sans concession :
Il reconnaît que l'Etat français rationne le travail, n'anticipe pas l'évolution démographique et dépense inefficacement son PIB en mesures sociales lourdes et complexes.

Premier axe : le plan pour l'emploi
Dans un monde globalisé hautement concurrentiel, notre économie a trouvé une niche : le chômage durable.
L'emploi est surprotégé par un code du travail effarant ou, au contraire, sur-précarisé, avec le développement des CDD et de l'intérim. Et je ne parle pas des 5.2 million relevant de la fonction publique, totalement à l'abri. Cette surprotection freine considérablement l'embauche de la part d'entreprises pour lesquelles la flexibilité est vitale. Mais elle ne diminue pas le sentiment d'insécurité de l'emploi, similaire en France qu'aux USA (73 %), pays abominable comme on le sait.
La hausse du SMIC a entraîné mécaniquement une hausse importante du chômage en excluant du marché du travail les emplois les moins productifs. Michel Rocard le disait il y a 20 ans. Toutes les études nous le rappellent régulièrement. Face à surenchérissement du coût du travail, 14 formules de contrats aidés sont apparues. Les 3 millions d'emplois qui bénéficient de ces aides, forcent les entreprises à se confronter à un maquis bureaucratique coûteux. Car décortiquer ces plans multiples consomme du temps et des compétences d'experts.
Contrairement à la vision autoritaire et malthusienne des socialistes, la réduction du temps de travail est seulement parvenue à appauvrir le pays tout en faisant monter le chômage.
Les salariés Français, contraints par la loi, travaillent 20 % de moins par an que les salariés du monde anglo-saxon, alors que le chômage français, au-dessus de 10 %, n'en reste pas moins le double de celui du monde anglo-saxon.
Ce qui est beaucoup plus grave encore, c'est
1) que notre chômage est un chômage de longue durée : la moyenne, pour retrouver un emploi, se situe autour de 13 mois en France contre quelques mois dans le monde anglo-saxon.
2) qu'il touche massivement les jeunes et les seniors expérimentés pourtant hautement productifs.
Je rappelle que l'Etat français consacre chaque année 32 % du PIB aux prestations sociales, soit plus de 480 Mds d'euros, au prix d'une pression fiscale exceptionnellement élevée. Si les Français se croient à l'abri de la misère avec un Etat aussi présent et dépensier, il n'en est rien. Plus de 11 % des Français vivent en-dessous du seuil de pauvreté, soit presque 7 million d'individus. Et sur les 1.5 million de RMIistes ou allocataires de l'Allocation Spécifique de Solidarité, la moitié l'est depuis plus de 3 ans ! Bref, la pauvreté est devenue une fatalité en France.

Ce paradoxe peut-il être maintenu plus longtemps ?
Avec les réponses qu'apporte Jean-Louis Borloo, il semble que oui. Le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo ne manque pas de courage, mais il va peser lourd dans les comptes avec plus de 4 milliards d'euros de dépenses nouvelles par an au bas mot, et ce jusqu'en 2011. De plus, en refusant la faillite de l'Etat providence, il reste dans la lignée des grands projets publics d'envergure dans la plus classique tradition Keynésienne.
Avec l'affectation et l'embauche de plus de 20.000 fonctionnaires et la création de plusieurs ADM (Agence de Destruction Massive), nous sommes en train de financer plusieurs grosses couches de bureaucratie supplémentaire durable.
Pour commencer, rappelons que notre système scolaire est aussi en crise. 40 % des jeunes de 15-24 ans n'ont ni diplôme ni qualification, avec un flux annuel de 150.000 jeunes qui sortent du système sans diplôme Au final, 430.000 jeunes sont inscrits à l'ANPE, et le taux de jeunes qui ont un emploi est l'un des plus faibles du monde occidental : 25 % contre plus du double dans le monde anglo-saxon par exemple. A ce stade, nous pouvons même parler de jeunesse sinistrée. Pour développer le contact individualisé avec nos 800.000 jeunes en difficulté, nous aurons droit à 300 maisons de l'emploi et 15.000 fonctionnaires, professionnels du contact social. Pour les ados, 2.800 référents, autres spécialistes, et 500 coordinateurs s'ajouteront aux 8.000 collaborateurs des Permanences d'Accueil et d'Information et d'Orientation dont nous percevons tous la redoutable efficacité depuis le temps. C'est surtout, pour les jeunes, une excellent initiation à la collectivisation de la vie économique et sociale ! Pas étonnant que 65 % des jeunes souhaitent devenir fonctionnaires, et surtout pas pour « servir les usagers» mais pour bénéficier de l'emploi à vie. Tout ceci est d'une logique imparable. Un super-chômage spécial « jeune en difficulté » sera instauré pour les jeunes, pour ne pas les fragiliser entre deux emplois. Il faut les habituer jeunes au chômage durable. Bien sûr, aucun effet pervers n'est attendu de cet avantage spécifique. 100.000 postes de la fonction publique leur seront consacrés après un contrat en alternance, sans sélection aucune mais avec exonération de charges + primes à la clé. Les fonctionnaires qui sont passés par les concours apprécieront. 700.000 autres jeunes seront accompagnés vers des formations en alternance en tant qu'apprentis ou par des contrats aidés (contrat jeune en entreprise, CIVIS = contrat insertion dans la vie civile, Contrat Initiative Emploi et j'en passe).
Les entreprises ne sont pas épargnées, vous vous en doutez. Elles devront s'assurer que 2 % de leurs effectifs soient bien des apprentis issus de ce processus, avec menace de législation à la clef. Le retour à l'emploi des RMIstes et allocataires de l'ASS sera aidé par une procédure supplémentaire de prise en charge partielle du salaire par l'Etat, dégressif avec les ans. Une couche de plus. Visiblement, le ministre n'a pas compris que les entreprises souffraient déjà de la complexité de la bureaucratie et de la sur-réglementation et n'aspiraient qu'à la simplicité. Il manque quelques touches pour renforcer les moyens du paritarisme, entendez des forces de la réaction et des grèves - prises d'otage à répétition, payées par les contribuables. J'attends le montant du chèque. Une aide au diagnostic concernant l'égalité homme-femme comblera le temps libre des entreprises françaises, ainsi que quelques mesures complexes pour aider les femmes dans le cadre de l'entreprise. Ajoutez une pointe de tutorat, par des seniors expérimentés, de chômeurs qui ont un projet entrepreneurial, rémunéré à la prime, selon une procédure qui prendra certainement plus de temps que le tutorat lui-même.

A ce stade, toutes ces propositions innovantes vont entraîner un formidable travail bureaucratique en arrière-plan, non chiffré. En plus des nouveaux effectifs de la fonction publique, nous en sommes à 3 milliards d'euros de plus par an en rythme de croisière !

Second axe : le logement
Le logement, en France, est un secteur largement administré et encadré par l'Etat : le parc locatif social constitue un quart des habitations en France avec 3.8 millions de logements sociaux.
Cela ne semble pas suffire, puisque 1.8 millions de demandes restent insatisfaites. Il semblerait donc que ce soit 6 millions de logements sociaux qui soient indispensables. Et pourquoi pas nationaliser le logement de la France entière ? On sait à quel point ce parc, découpé en quotas, est devenu une arme politique dans les mains du pouvoir. Par ailleurs 5.7 million d'allocataires bénéficient d'aide au logement, ce qui couvre 12.8 millions d'individus. Les aides n'ont pas augmenté les capacités de logements. Donc elles ont alimenté une inflation des loyers. Et la boucle est ainsi bouclée : les contribuables financent avec leurs impôts les hausses de loyer qu'ils subissent ensuite. Autre dérive typique de pareil système : plus de la moitié des locataires des logements sociaux gagnent plus que le revenu moyen français. Enfin, l'essentiel du parc privé subit encore un encadrement des loyers, plafonnant la rentabilité du secteur. Ceci explique en grande partie, depuis de nombreuses décennies, la carence d'investissements dans la construction...et dans la rénovation d'habitations insalubres. 2 millions de Français vivent dans des logements dépourvus de confort sanitaire de base, 600.000 vivent dans des appartements surpeuplés.
Mais la pénurie de logements dont souffrent les Français est aussi due à une pénurie de foncier. Cette rareté entretient la flambée du foncier disponible. Les autorisations sont compliquées à obtenir, contraignantes. La loi SRU a encore alourdi les procédures et le coût de la construction en obligeant toute nouveau programme immobilier d'inclure 20 % de logements sociaux. Cette tranche, sociale, bénéficie souvent insidieusement de coûts inférieurs de construction, reportés sur le parc privé qui, lui, paye plein pot. Si le nombre de permis de construire a bondi de 22 % en 2004 à plus de 460.000 demandes, nous sommes loin de satisfaire les besoins en attente. Gilles de Robien réfléchit aux moyens d'inciter les communes libérer le foncier, mais nous sommes très loin d'avoir un marché libre dont la fluidité viendrait résoudre naturellement cette pénurie entretenue par les communes. Toutes ces mesures de collectivisation du logement expliquent pourquoi le taux de propriétaires, en France, est le plus faible d'Europe après l'Allemagne : 56 % contre 68 % aux USA, 69 % en GB, 85 % en Irlande, 97 % en Slovaquie !

Alors, au moins, cette grande implication de l'Etat dans cet aspect de notre vie a-t-elle au moins eu de beaux résultats ?
Les Français qui ont toujours rêvé de maisons individuelles, ont en fait eu droit à des tours nées d'utopies collectivistes. Ces grandes barres inhumaines ont hélas très vite mal vieilli, comme tout ce que fait l'Etat. Des ghettos sont nés, favorisant le repli communautaire et l'exclusion. Aussi n'est-il que justice qu'aujourd'hui, face au désastre de cet urbanisme, l'Etat répare ses fautes. Mais est-ce une raison pour renforcer la tendance à construire des logements sociaux alors qu'on sait d'avance le désastre social que cela représentera demain ?
Dans ce sens, Jean-Louis Borloo, alors ministre de la ville, a lancé l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine en 2004, sorte de guichet unique qui centralise le 1 % patronal, les crédits ville, le ministère de l'équipement. Son objectif : raser 250.000 logements sociaux, en reconstruire 500.000 + réhabiliter 400.000 logements insalubres + créer et rénover des équipements de proximité (écoles, centres sportifs, équipements sociaux et culturels). Le mille-feuille de financement prévoit que l'ANRU avance 30 % des projets, les collectivités locales : 30 % et le solde : par les bailleurs sociaux (grâce aux financements privilégiés de la CDC). Avec 9 milliards d'euros d'ici 2011, l'ANRU entend lever 35 milliards d'euros au total par effet de levier. Cela ne fait pas reculer le ministre : les travaux herculéens de l'ANRU commencent à être visibles, avec déjà 9.1 milliards d'euros engagés par les partenaires et 15 % de l'objectif pour 2011 en cours de réalisation, ce que reconnaissent nombre d'élus de la majorité, socialistes et même communistes.
Enfin, Jean-Louis Borloo souhaite mobiliser le parc privé. Mais le taux de logements vacants est le plus faible depuis 30 ans et un grand nombre de ces logements nécessite de lourds travaux de remise aux normes...investissement dont la rentabilité est insuffisante avec le plafonnement des loyers. Aussi, l'objectif de 100.000 retours sur le marché semble-t-il difficile à viser, même à coup de primes. Budget : 260 millions d'euros par an tout de même.

Comme nous le voyons, loin de libérer le marché, Borloo s'enferme dans la voie de l'économie administrée qui, nous l'avons toujours constaté, ne fait qu'alimenter la pénurie, alourdir considérablement les dépenses, le tout pour terminer avec des prestations qui ne correspondront pas plus aux attentes du public que dans le passé. Il ne compte pas mettre fin à l'encadrement des loyers ni libérer le foncier, notamment avec la remise en cause de la loi SRU. Jean-Louis Borloo aurait pu avoir l'ambition, certes politiquement explosive, de sortir de la spirale infernale du logement locatif social pour offrir à tous les locataires actuels la chance de devenir propriétaires de leur logement à prix réduit. Les prêts aidés, coûteux pour le contribuable, auraient peut-être eu leur utilité ici, pour rompre avec cet interventionnisme ruineux et désastreux. Enfin, un plan de création de places d'urgence mérite d'être cité, notamment pour l'accueil de la très grande exclusion.

Troisième pilier : l'égalité des chances
Revenons à notre jeunesse sinistrée.
750 équipes de réussite éducative disposeront chacune de 1 million d'euros par an pour tenter d'accompagner les élèves en grande difficulté. Ces 750 millions d'euros annuels seront cofinancés par la fameuse technique du mille-feuille (30 % chaque partenaire). Ajoutant 150 plate-formes de réussite éducative et une trentaine d'internats de réussite éducative, c'est le succès assuré. Etonnant que Fillon n'y ait pas pensé.
Bref, après l'Education Nationale, voici la Rééducation Nationale.
Petite anecdote : on va reconnaître dorénavant des pôles d'excellence éducative dans 150 collèges en difficulté, au plus grand mépris de la culture égalitariste âprement revendiquée par nos syndicats apolitiques d'enseignants. Serait-ce un début d'autonomie qui pointe son nez ?
Pour lutter encore mieux contre l'inégalité entre les territoires, une DSU = Dotation de Solidarité Urbaine de 120 millions d'euros par an, pendant 5 ans, viendra s'ajouter à la DGF = Dotation Générale de Fonctionnement. Un calcul encore plus fin, plus complexe, avec primes et contre-effets, sera mise en œuvre par des experts qui suivront le tout de près. Chaque département aura droit à un guichet unique d'accueil sur les droits sociaux, à 50.000 euros pièce. Et puis 300 points d'écoute jeune pour compléter le tout ; à 40.000 euros pièce, on ne va pas se priver. Bien entendu, il ne manquait plus qu'une formation diplômante pour la médiation. Je suggère une formation diplômante pour inventer de nouvelles formations diplômantes. Une nouvelle ADM va tout changer, la HALDE : Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité. On manquait d'institutions et d'associations pour lutter contre la discrimination, justement. Bref, une panoplie complète de générosité bien emballée, digne d'un 1er ministrable.

Conclusion
En France, la politique est la sphère de répartition du pouvoir. Notre système politique distribue ensuite les privilèges, attribue les richesses prélevées (pour ne pas dire confisquées tant la pression fiscale est excessive) selon des critères clientélistes, fabrique des commissions et des agences toutes les semaines pour compliquer un peu plus le système, remercier les amis et restreindre davantage nos libertés
Or, l'expérience montre que le seul mécanisme qui fonctionne pour résorber la pénurie et assurer la prospérité, c'est la liberté dans le cadre du marché.
Alors je vous le demande :
Devons-nous continuer à nous soumettre aux interventions sauvages de l'Etat dans la sphère de l'emploi et dans celle du logement, deux domaines dont les Français souffrent le plus aujourd'hui ? Combien de temps allons-nous devoir subir les expérimentations d'hommes politiques en quête de gloire ?

Eh bien je vous le dis : nous en avons assez de ces élucubrations bureaucratiques de technocrates coupés de la réalité !
Le plan Borloo de 12 milliards d'euros, c'est 12 milliards de trop et des dizaines de milliers d'emplois publics inutiles de plus !

Face à l'échec permanent des interventions de l'Etat, notre réponse est simple : Laissez enfin fonctionner le marché, qu'il s'agisse de celui de l'emploi ou du logement
laissez-nous profiter du fruit de nos efforts. Bref, rendez-nous notre liberté !