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Capitalisme et liberté |
Discours pour une réforme de l'Education Nationale prononcé le 27 février 2005, à l'assemblée générale de l'association.Je viens vous parler aujourd'hui d'une des réformes essentielles dont la France a besoin, celle de l'Education Nationale. Notre système, on ne peut plus coûteux, produit des résultats de plus en plus médiocres. De propositions de réformes en changements de ministres, on parvient toujours au même résultat : le statut quo. M. Fillon nous a alors promis une « grande loi d'orientation pour l'Ecole ». Titre ambitieux. M. Fillon a commencé par faire plancher la nation au moyen d'une commission - une de plus : la commission Thélot. Il s'agissait là essentiellement d'une opération de stratégie politique visant à faire penser que l'on avait réellement associé les Français à la réflexion. Or, à la vue du contenu démesurément creux de la réforme Fillon, il paraît impossible que la nation toute entière ait réfléchi pendant plus d'un an aux modalités de cette réforme. Ou alors c'est que la réforme de l'Education Nationale est encore plus urgente qu'on aurait pu l'imaginer... En effet, la réforme Fillon est une somme presque infinie de petites mesures dont on a du mal à comprendre en quoi elles pourraient bien résoudre les problèmes éducatifs français. Parmi toutes ces mesures, j'en ai sélectionné trois pour étayer mon propos. Tout d'abord, on rend l'épreuve de sport obligatoire au BEPC. A tous ceux qui cherchaient à faire en sorte que l'échec scolaire soit diminué et que tous les élèves parviennent à s'épanouir aussi bien dans leur vie personnelle que sur le marché du travail, M. Fillon annonce sa solution : rendons le sport obligatoire pour le passage du brevet des collèges ! Ne riez pas. Il faut entendre mon deuxième et mon troisième point pour discerner les synergies évidentes relatives à ce projet : en effet, il est également prévu de rendre obligatoire l'apprentissage de la Marseillaise, ce qui constitue mon deuxième point ; et enfin troisième point, il est prévu de mettre en place un « haut conseil de l'Education ». On sent ici la marque de Jacques Chirac, spécialiste des hauts conseils ou hautes autorités en tout genre. Qu'est ce que ce « haut conseil »? Il s'agit en fait d'un regroupement de personnes éminemment importantes qui vont réfléchir aux problèmes de l'éducation nationale et nous imposer des solutions. Car mesdames et messieurs, il n'y a rien de mieux qu'une bonne vieille haute autorité étatique pour choisir à votre place. Les sages qui feront partie de ce haut conseil savent mieux que vous et décideront donc pour vous et pour tous. Avec tout cela, nul doute que la France va reprendre le chemin de la croissance et faire honneur aux Lumières. Soyons sérieux quelques instants. Est-ce là une réforme efficace ? Est-ce là une réforme courageuse ? Va t-on réellement, mercredi prochain, voter un tel texte à l'assemblée nationale? Au delà des exemples cocasses que je viens de citer, est ce que la suppression des TPE ou l'instauration du contrôle continu au baccalauréat - mesure d'ailleurs exigée par la gauche révolutionnaire de 1968 comme l'a récemment rappelé Jacques Garello - répondent aux défis de notre système éducatif ? Devant de telles bagatelles politiques, il convient de rappeler la réforme que prônent les libéraux et de souligner une fois encore le gouffre qui existe entre les libéraux et le gouvernement actuel. La première des différences concerne le mot « réforme ». Pour les libéraux, une réforme de l'Education Nationale appelle des changements structurels. La pseudo-réforme du gouvernement, elle, n'apporte que quelques ajustements, quelques rustines à un système dont on ne change pas le fond. Mais que proposent donc les libéraux ? Nous proposons en fait une réforme qui repose sur trois mesures essentielles. La première d'entre elle concerne la suppression de la carte scolaire et le rétablissement de la liberté de choix quant à l'établissement dans lequel on effectuera ses études. Aujourd'hui, chaque élève est assigné à un établissement en fonction de son lieu d'habitation. L'Etat choisit donc en lieu et place de l'élève ou de ses parents. Ainsi, les établissements ne sont pas en concurrence et n'ont donc pas de raison particulière d'essayer de s'améliorer. Ils savent en effet qu'ils ont un nombre d'élèves qui viendront obligatoirement suivre les cours quelle que soit la qualité de leur enseignement. Laisser le libre choix aux élèves et aux parents permettra aux établissements d'être mis en concurrence. Une émulation entre les établissements sera donc créée et la qualité de l'enseignement n'en sera qu'améliorée. La seconde proposition de réforme des libéraux concerne l'autonomie des établissements scolaires. L'idée qu'une grande loi sur l'Education soit décidée de Paris pour tous est une utopie. Comment une loi générale peut-elle s'adapter et prévoir la multitude de cas particuliers ? Au lieu de tout vouloir réguler par la loi, il faut laisser les établissements autonomes dans leur organisation et le recrutement. Chacun trouvera sa place dans une école autonome car le système pourra s'adapter aux spécificités et aux besoins de chacun. Le chef d'établissement pourra par exemple organiser son école avec les filières les plus adaptées à sa population d'élèves. Un système autonome permettra également la création et l'expérimentation de nouvelles méthodes d'enseignement. Encore une fois, les méthodes d'enseignement sont actuellement décidées de Paris et appliquées uniformément à tous, malgré les différences individuelles entre les élèves. L'autonomie amènerait à une diversification des méthodes d'enseignement et enrichirait ainsi le système éducatif. De même, les chefs d'établissement doivent pouvoir décider du nombre et de la qualité des professeurs dont ils ont besoin, et ce, encore une fois, en fonction des besoins locaux. La politique en matière de ressources humaines, d'augmentation salariale et de promotion doit également pouvoir être décidée localement. Les licenciements, comme partout ailleurs, doivent également être possibles en cas de fautes sérieuses ou lourdes. Au nom de quoi un professeur serait-il à l'abris de toute sanction quels que soient ses actes ? Au nom de quoi un professeur ne serait-il pas plus rapidement promu ou mieux rémunéré si son investissement et sa qualité sont jugés exceptionnels ? Enfin la troisième proposition de réforme des libéraux concerne le chèque éducation. Nous proposons qu'un chèque éducation soit créé et attribué à chaque élève. Au lieu que l'Etat finance directement les établissements scolaires, ce serait les élèves qui décideraient de l'attribution de ce montant à tel ou tel établissement. Ainsi les établissements jugés mauvais par les élèves ou les parents d'élèves, ceux qui ne proposent pas de mode de formation adapté et performant, fermeront faute de moyens alors que d'autres plus performants se créeront pour répondre à la demande. Voici rapidement un tour d'horizon des propositions libérales. Pour avoir très souvent discuté de toutes ces propositions de réformes, j'ai pu noter qu'elles étaient parfois approuvées mais considérées comme un peu utopiques. Mais est ce le système libéral que je viens de décrire qui est utopique ou la pensée française qui est archaïque ? Car mesdames et messieurs, sachez que ce que je viens de vous présenter n'est pas l'invention du siècle, mais la manière dont sont organisés - ou s'organisent - l'essentiel des pays de l'Union Européenne.
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