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Libéralisme ou socialisme

par Christophe Maillard, le 28/04/05
Il est coutumier de qualifier la politique de Jacques Chirac et de son gouvernement de politique " ultra libérale ". Syndicats, médias, partis et autres organisations altermondialistes vocifèrent contre cette politique ravageuse. Mais là où les libéraux admettent que les réformes actuellement votées constituent un échec sans pareil, ils n'y voient pas la même cause. Plus encore, ils ne se reconnaissent pas dans les réformes chiraquiennes et osent les accuser de mesures socialistes. Il convient d'expliquer ce paradoxe.

Le libéralisme est une philosophie politique dont les différents pouvoirs cherchent à se prémunir. Les libéraux militent en effet pour une diminution de l'étendue des prérogatives de l'Etat, ce qui engendrerait de fait une diminution du pouvoir des dirigeants en place et une remise en question de leur raison d'être. Si nos opposants ont ainsi réussi à faire du libéralisme la fausse bonne raison de l'échec de la politique chiraquienne, les Français, quant à eux, ne resteront pas longtemps dupes. Comment peut-on en effet affirmer que la politique menée lors de ces trois dernières années fut un tant soit peu libérale ?

Les libéraux de Liberté Chérie plaident depuis toujours pour que l'on organise la décroissance de l'Etat. Nous considérons que les lois souvent trop complexes voire incompréhensibles ne parviendront jamais à épouser la diversité des cas particuliers. Plus encore, notre association considère que l'Etat choisit trop souvent en lieu et place des individus. Notre société accorde actuellement davantage sa confiance au groupe qu'à l'individu. Et de ce point de vue, de promesses électorales nous ne pouvons plus nous satisfaire. Trois ans après les élections présidentielles force est de constater que le poids de l'Etat n'a pas diminué. Les effectifs de fonctionnaires sont toujours pléthoriques. Selon Contribuables Associés, dix millions de personnes sont directement rétribuées ou pensionnées par l'Etat. Mieux, le mode de fonctionnement de l'Etat n'est toujours pas amélioré : les fonctionnaires sont restés à l'écart de la réforme des retraites comme cela fut le cas pour la très récente réforme sur l'assouplissement des 35 heures. De même, le rapport Mandelkern a semble t-il annihilé le peu de velléités à instaurer un service minimum dans les transports. On va jusqu'à tenter de nous faire croire qu'un tel service minimum est illusoire alors que d'autres agents publics - médecins ou agents EDF par exemple - sont pourtant organisés autour de ce service minimum. Comment peut-on dire d'une politique qu'elle est " ultra-libérale " lorsque l'Etat conserve une place aussi importante sur le marché de l'emploi et que certaines catégories de la population conservent des avantages acquis au détriment de l'égalité de droit que prônent les libéraux ?

Plus inquiétant : comment penser que les hommes qui sont au pouvoir depuis plus de trente ans et qui y ont mené une politique où les dépenses excédaient systématiquement les recettes iraient adopter une gestion plus saine et n'accumuleraient plus des dettes sur les générations futures ? Du déficit de la sécurité sociale au déficit budgétaire en passant par celui de la SNCF, il n'y a qu'une explication politique à donner : les réformes qui sont menées pour enrayer ces difficultés ne sont que des rustines incapables d'endiguer le panier percé de nos dépenses. Il ne nous est jamais proposé ne serait-ce qu'une réforme courageuse, libérale qui proposerait des changements de fond, des changements structurels. Que ce soit pour l'assurance maladie l'année dernière ou pour l'Education Nationale dont la réforme s'esquisse, on prélève un euro par-ci, on modifie quelques options scolaires par-là mais les systèmes, dans leur structure, restent les mêmes et donc déficitaires et inefficaces.

Les hommes de pouvoir nous présentent souvent ces dépenses publiques comme un moyen de relancer la croissance. Mais alors comment peut-on ensuite accuser ces keynésiens " d'ultra-libéraux " ? Si les dépenses de l'Etat permettaient de relancer la croissance, la France serait la locomotive de l'économie mondiale depuis longtemps. Or, il semble bien que le taux de croissance de notre économie soit actuellement bien éloigné des taux de croissance étrangers. D'une manière générale, notre économie keynésienne a toujours tendance, en période de crise, à lorgner de manière quémandeuse vers nos amis d'outre atlantique. Preuve s'il en est de l'incapacité de notre " formidable " modèle français à trouver seul une solution à ses problèmes.

Continuer ainsi de croire que nous avons besoin de la tutelle de l'Etat témoigne d'une mauvaise foi peu scrupuleuse. Nous avons pourtant quelques rares exemples qui témoignent de l'efficacité sociale des mesures libérales. La privatisation de France Télécom, décriée par certains à l'époque, a permis à chaque Français de gagner en pouvoir d'achat par la diminution de ses factures téléphoniques. Le service rendu, enfin peu coûteux, a permis aux Français de gagner en qualité de vie et de ne plus avoir l'oeil sur la montre lors de leurs appels téléphoniques. N'est-ce pas là une formidable réforme sociale ? N'a t-on pas trop tendance à confondre mesures socialistes et mesures sociales ?

Enfin, au delà du fait que la politique de Jacques Chirac n'est pas " ultra libérale " mais bel et bien d'inspiration socialiste, Liberté Chérie ne peut que dénoncer la complaisance de nos dirigeants à l'égard des organisations altermondialistes ou communistes. Deux exemples clairs étayeront notre argument.

Nous avons d'une part Jacques Chirac qui ose reprendre les idées d'ATTAC - après avoir financé son Forum Social Européen - en proposant un impôt mondial. Au lieu de lever nos barrières protectionnistes - notamment nos subventions agricoles délivrées dans le cadre de la PAC - qui étouffent les économies des pays du sud, notre Président a la suffisance de proposer un impôt mondial dont on sait par expérience qu'il sera inefficace. Ce n'est pas des subventions qu'il faut donner aux pays du sud mais la possibilité de vendre leur production à nos pays.

D'autre part, comment ne pas déplorer l'importance que donne le gouvernement aux organisations syndicales communistes dans l'élaboration des réformes ? Pourquoi continuer à frustrer les parlementaires courageux, prêts à voter les réformes nécessaires, dans le seul but de ne pas contrarier des organisations syndicales archaïques et non représentatives ? Ne devrait-on pas plutôt réformer l'espace syndical français pour créer des syndicats forts, modernes et représentatifs ?

Il est finalement désopilant de lire ou d'entendre que la France est gouvernée par des ultra-libéraux. Nous devons reconnaître qu'il y a eu là un formidable tour de magie de la part de nos opposants qui ont réussi à faire passer leurs politiques socialistes pour des politiques libérales et à faire du libéralisme la raison de leur échec. Ouvrons les yeux !

Christophe Maillard