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Le Service Public tourné en dérision

par Jacques de Guenin, le 20/05/05
La SNCF se prépare à une journée d'inaction nationale le 2 juin. Ce sera la quatrième fois en cinq mois. A quoi il faut ajouter 31 mouvements asociaux de caractère régional depuis le début de l'année!

Les motifs les plus ahurissants sont avancés par les syndicats. D'après Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT-Cheminots, il s'agit "d'une journée d'action de grève [c'est à dire une journée d'inaction], pour l'emploi, les salaires, le fret, et la défense du service public."

Oui, M. Le Reste, l'emploi est bien un problème grave à la SNCF, mais pas dans le sens où vous l'entendez. Promouvoir le service public, cela veut dire aussi rechercher la productivité maximum pour le service rendu de façon à économiser l'argent du peuple. Or les effectifs de la SNCF sont encore aujourd'hui très largement excédentaires comme vous vous en convaincrez en lisant l'article " Les effectifs de la SNCF" sur ce même site.

Non, M. Le Reste, les cheminots ne sont ni sous-payés ni surmenés. Nous le montrerons dans un prochain article. Contentons nous de remarquer aujourd'hui qu'on n'a aucune peine à en recruter, contrairement, par exemple, aux infirmières.

Oui, M. Le Reste, le fret ferroviaire est bien un problème : les industriels lui reprochent son manque de fiabilité, dû en particulier aux grèves à répétition. Nous lui consacrerons bientôt un article.

Non, M. Le Reste, vous ne défendez pas le service public, vous le torpillez. Vous prenez le public en otage pour faire avancer vos revendications corporatistes, et pour vous donner une raison d'être, face notamment aux surenchères de syndicats encore moins raisonnables que le vôtre. Chacune de vos grèves est une véritable galère pour des dizaines de milliers de braves gens qui cherchent par tous les moyens à se rendre au travail malgré vos grèves inconsidérées : gares surpeuplées; informations arbitraires et souvent fausses sur les panneaux d'affichage; trains aux horaires aléatoires pris d'assaut par des foules plus importantes que la contenance du train, couloirs des wagons complètement remplis de personnes debout, changement inopinés de trains en cours de trajet, voyageurs étrangers et vielles dames complètement désemparés, femmes enceintes écrasées par la foule, travailleuses attendues chez elles par les enfants seuls à la maison, rendez vous manqués, nuits passées à l'hôtel, etc. Comment peut-on être assez cynique pour appeler cela la défense du service public?

Mais vous avez des circonstances atténuantes : votre direction, avec la lâche complicité de l'Etat, vous laisse croire que la SNCF a des résultats proches de l'équilibre. Or il s'agit d'une escroquerie intellectuelle à côté de laquelle la falsification des comptes d'Enron fait pâle figure. On est arrivé à ce résultat en découpant à l'intérieur des chemins de fer français un sous ensemble baptisé SNCF dont les dépenses étaient du même ordre que les recettes, et en rejetant à l'extérieur les plus grosses sources de perte. En réalité, les chemins de fer en France coûtent chaque année environ 13 milliards d'Euro au contribuable. Vous avez bien lu : 13 milliards, c'est à dire autant que le déficit de la Sécurité Sociale. Nous le montrerons dans un prochain article.

Liberté chérie.

Source :
(AFP) Grève SNCF le 2 juin: Gallois annonce une série de rendez-vous sociaux