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Les syndicats, seuls maîtres à bord de l'Education nationale

par Isabelle Hannart, le 23/05/05
Il y a deux ans, Luc Ferry annonçait un grand débat sur l'école, qui serait suivi d'une grande loi d'orientation. Le calendrier a été tenu, et, en apparence, la volonté du gouvernement de consulter les citoyens aussi. Pourtant, en dépit du tapage autour du vote de la loi, aucun changement de cap n'a été programmé. Les causes de cet immobilisme sont très claires quand on voit qui sont les vrais auteurs de cette loi.

Premier acte : fin 2003, les Français sont conviés à un grand débat pour faire des propositions sur l' « école de demain ». La Commission dirigée par Claude Thélot (ancien syndicaliste du SGEN-CFDT) est chargée, « en toute indépendance » selon les termes officiels, d'organiser et de synthétiser les débats. Mais, sur le terrain, qui anime et mène les débats ? Dans la plupart des cas, les syndicalistes enseignants, qui mènent la danse et rédigent les comptes-rendus. Voilà pourquoi aucune idée nouvelle n'est soulevée, ou du moins retenue. Ce débat se transforme en tribune des revendications partisanes de professeurs syndicalisés ou de fédérations de parents d'élèves tout aussi politisées. Suite à ces débats soi-disant démocratiques, la Commission Thélot procède à de nombreuses auditions au cours desquelles s'expriment tour à tour chacun des patrons des syndicats d'enseignants. « Le Miroir du Débat », synthèse générale de toutes les discussions et auditions, est rendu public en octobre 2004. Sans surprise, il reflète essentiellement les vues des syndicats d'enseignants, autrement dit un mélange d'immobilisme et de volonté d'en finir avec les derniers vestiges d'exigence et de sélection qui subsistent à l'Education nationale.

Deuxième acte : décembre 2004, le gouvernement rédige le projet de loi sur l'avenir de l'école. Mais loin de se contenter de prendre en compte les conclusions de la Commission Thélot, qui, malgré tous ses défauts, reflétait tout de même sous certains aspects la volonté des parents et des professeurs non-syndiqués, François Fillon annonce à la surprise générale qu'il consultera à nouveau chacun des « partenaires sociaux », comme s'ils n'avaient pas déjà suffisamment été entendus.

Troisième acte : les débats parlementaires. Le rapporteur de la Loi à l'Assemblée Frédéric Reiss auditionne une nouvelle fois un à un les syndicats d'enseignants. Et comme si ça ne suffisait pas, les députés de gauche présentent en masse des amendements directement inspirés des revendications des enseignants syndicalistes. Les députés de la majorité, dont certains reconnaissent tout de même en privé la nécessité d'une réforme de l'école, craignent la rue et choisissent de faire le dos rond en suivant complaisamment les consignes de vote du gouvernement.

Quatrième acte : le vote de la Loi. On l'a vu, François Fillon s'était appliqué à reprendre autant que possible les revendications syndicales dans son texte de loi. Surprise, les syndicats décident tout de même de se mettre en grève et d'encourager les lycéens à lancer un cycle de manifestations et d'occupations d'établissements scolaires dont on ne voit pas encore la fin aujourd'hui. C'est le couronnement de la logique révolutionnaire des syndicats d'enseignants qui, non contents de tirer toutes les ficelles, poussent la logique de contestation et de blocage systématique jusqu'à empêcher le vote d'une loi qu'ils ont eux-mêmes virtuellement rédigée.

L'omniprésence des syndicats dans le processus législatif jusqu'au vote de la Loi est déjà inquiétant. Mais le plus fort reste à venir.

Cinquième acte : avril 2004, la Loi a été votée. On croyait la partie jouée. Pas du tout : François Fillon annonce que commencent maintenant « les concertations entre le ministère et les organisations de l'Éducation nationale sur les arrêtés et décrets d'application de la loi sur l'école ». On croit rêver ! Il n'aura donc pas suffi que les syndicats écrivent quasiment eux-mêmes le texte de Loi. Il faut encore que ce soit eux qui rédigent les textes d'application ! Mais ce n'est pas tout : dans la procédure, il est prévu que, au mois de juin prochain, avant la publication de ces décrets, les textes passeront devant... le Conseil supérieur de l'éducation et la Commission technique paritaire qui sont deux organes notoirement connus pour être dominés par... les patrons des syndicats d'enseignants.

On savait l'Education nationale cogérée par des syndicats. On la déplorait depuis longtemps paralysée par les syndicats. Le vote et l'application de la Loi Fillon nous apprennent en fait que l'Education nationale est la propriété privée des syndicats. François Fillon n'aura pas osé bouger une seule fois le gros orteil sans leur demander la permission. C'est n'est plus la cogestion, c'est la dictature. Et pourtant, nos élèves auraient tant eu besoin d'une vraie réforme...

Isabelle Hannart
SOS Education, mai 2005