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Référendum sur la Constitution Européenne

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Point de vue: "non" à la Constitution européenne

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L'Europe providence?

par Maxime Rollin, le 24/05/05
Le psychodrame politique qui secoue la France depuis de longues semaines à propos de la Constitution européenne dévoilerait, au dire des commentateurs, une profonde division entre ses partisans et ses détracteurs. Illusion. Il révèle en réalité une sorte d'union sacrée, une formidable unanimité autour d'une certaine vision de l'Europe en général et du "modèle social européen" en particulier. Le débat français n'est qu'apparent. Il oppose deux camps qui se déchirent sur l'interprétation d'un texte que personne ou presque n'a lu mais qui s'accordent finalement, sans l'avouer, sur les grands principes politiques qu'ils souhaitent voir adoptés par l'Union Européenne. Du Parti Socialiste à l'UMP en passant par les extrêmes de tous bords, le mot d'ordre est identique : haro sur l'Europe libérale !

Les raisons qui poussent les uns à faire campagne en faveur du traité constitutionnel et les autres contre lui sont, au fond, d'une confondante similitude. Les premiers craignent qu'un rejet du texte n'empêche l'Europe de s'organiser contre "les forces du marché" ou "la mondialisation libérale" quand les seconds estiment que c'est l'adoption elle-même de la Constitution qui plongerait l'Europe dans l'horreur libérale. Adversaire commun, analyse et stratégie différentes... Les ténors des campagnes pro et anti-traité s'étripent mais exécutent la même partition. L'affligeante surenchère à laquelle se livrent les uns et les autres a connu son point d'orgue lorsque le président de la République lui-même s'est réjoui du fait que cette Constitution était d'une " logique non libérale ", affirmant même qu'elle serait l'arme la plus efficace pour lutter contre les " risques " d'une " dérive libérale ". Argument peu convaincant pour ceux qui attendent d'une Constitution qu'elle protège la liberté et les droits fondamentaux des individus avant toute autre chose...

Certains observateurs semblent terrifiés par les conséquences d'un vote négatif qui jetterait, selon eux, la France aux oubliettes de l'Europe. Bien plus que les conséquences supposées d'un résultat hypothétique, ce sont les arguments avancés de toutes parts avant le scrutin qui sont effrayants. Le "modèle social européen" auquel aspireraient les Français est tout simplement celui d'une Europe qui reproduirait à l'échelle du continent le fameux " modèle français ". Les commentaires soulevés par l'examen de la Constitution le confirment d'une manière éclatante : les hommes politiques français rêvent d'une "Europe providence" qui endosserait les habits d'un Etat essoufflé, sur le déclin, incapable aujourd'hui de répondre aux attentes de leurs concitoyens. Inquiétante perspective... A l'heure du choix, ceux qui nous gouvernent expriment haut et fort leur désir d'une Europe érigée en forteresse sociale qui nous mettrait " à l'abri " de la mondialisation libérale. Une Europe organisatrice, régulatrice, protectrice, administrée.

Les ambitions que nourrissent nos dirigeants pour l'Europe de demain sont en profond décalage avec l'esprit de la construction européenne débutée il y a près d'un demi-siècle. Nombre de réformes de bon sens sont à mettre à l'actif d'une Europe qui a su imposer aux Etats les mesures économiques libératrices que ces derniers refusaient jusqu'alors d'envisager. L'Europe d'hier a permis une ouverture à la concurrence dans des domaines importants ; la classe politique française unanime souhaite que celle de demain protège les services publics, en d'autres termes, les monopoles nationaux. L'Europe d'hier a aboli certains quotas ; nos hommes politiques exigent aujourd'hui leur restauration. L'Europe d'hier a souhaité la libre circulation des personnes des biens, des capitaux et des services ; nos dirigeants politiques réclament que la circulation des travailleurs soit strictement encadrée au sein de celle de demain... Les virulentes critiques portées à l'encontre de la directive service dite "directive Bolkestein" ou des importations de textile chinois marquent parfaitement la crainte profonde des Français à l'égard du libre-échange en particulier et de la liberté économique en général. Nous voudrions d'une Europe qui nous protège non seulement de nos "concurrents" asiatiques ou américains mais aussi de nos " alliés " européens !

Le projet européen qu'expriment les responsables français à l'occasion de cette campagne, tenants ou non de la Constitution, est bien triste. C'est le projet d'une Europe frileuse, recroquevillée, méfiante. Ils rejettent massivement les aspects libéraux (ils ne le sont pas tous !) de la politique menée par l'Union Européenne. Ce qui semble inquiétant pour nous, libéraux français, n'est pas tant la conséquence du vote à venir (qui peut réellement prédire les implications du "oui" ou du "non" français ?) mais l'opinion fermement exprimée à cette occasion par la totalité de la classe politique française. Or, la France n'est pas (encore ?) le "mouton noir" de l'Europe et l'avis des dirigeants et des représentants Français est loin d'être insignifiant. L'abandon, exigé et obtenu par la France, de la directive service en est la preuve récente. Nous pouvons donc craindre que la voix française, traditionnellement hostile aux options libérales, ne se radicalise encore et exerce une néfaste influence sur les grandes orientations politiques de l'Europe de demain.

Nous craignons cette hypothèse parce que les Français ont tout à gagner dans le grand projet européen... à la condition que l'Europe reste le puissant moteur de progrès économique et d'ouverture qu'elle incarne depuis des décennies. A condition qu'elle persiste à abattre les frontières, à favoriser la concurrence, à faire tomber les monopoles, à pousser les réformes, à sanctionner les politiques nationales inconséquentes, à freiner les dépenses publiques... L'Europe doit continuer à abolir les quotas le long de ses frontières et à favoriser une libre circulation absolue sur son territoire, pour le plus grand bonheur du consommateur européen, de chaque Européen. C'est cette Europe-là que nous voulons, une Europe qui nous fasse avancer en brisant les conservatismes, une Europe qui libère, une Europe libérale. Les peurs infondées qu'expriment certains Français sont habilement entretenues par le discours mensonger d'une classe politique qui, de gauche comme de droite cherche simplement à se protéger du vent réformateur venant d'Europe.

S'il est impossible de prédire l'issue du référendum, il est certain qu'au soir du 29 mai, quels qu'en soient les résultats, les heureux vainqueurs hurleront, à tort ou à raison : "L'Europe libérale est morte ! Vive l'Europe providence !" Puissent-ils se tromper !