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Chirac : le discours de la réforme
Liberté Chérie ou l'essor de la société civile
"Il y a trop de lois liberticides dans ce pays!" - Intervention de Thierry Desjardins lors de l'AG
L'été des libéraux
La mobilisation et les perturbations, heure par heure
Discours de Christophe Maillard le 27 octobre à Lyon
Le PS a eu sa grande réforme : celle des 35 heures. L’UMP a aujourd’hui sa Martine, sa grande ambition avec le plan de cohésion sociale.
Projet pour une révolution
Compte-Rendus de l'université d'été 2005
Oui, le libéralisme est social
Réformes : demandons l'impossible !
Elections européennes 2004 : Nouvel échec pour le gouvernement...
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Outrage a chefs d'Etat
par Lysander Spooner
Tout gouvernement n'est qu'une « association secrète de voleurs et d'assassins...
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L'écologiste sceptique
Écologiste sceptique l'
par Bjorn Lomborg
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Pollution atmosphérique, épu...
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Y a-t-il un libéral dans la salle ?
le 09/04/04
par Sylvie Pierre-Brossolette
Source : Le Figaro Magazine
Après l'échec des régionales, la droite doute. Doit-elle pousser le feu des réformes ? Oui, mais prudemment, répond Jacques Chirac, tandis que dans sa majorité libéraux et réformateurs estiment qu'il est plus que jamais nécessaire d'aller de l'avant.
Il y a la foule des grands jours. Dans l'hémicycle, les députés attendent Jean-Pierre Raffarin avec la gourmandise d'une meute qui guette sa proie. En ce début d'après-midi du lundi 5 avril, le Premier ministre monte à la tribune de l'Assemblée nationale, décidé à affronter les sceptiques sur tous les bancs et à démontrer qu'il n'est pas condamné à l'immobilisme. Depuis le second tour des régionales, il se sait en sursis, soupçonné d'avoir perdu son autorité sur le gouvernement, sa crédibilité dans le pays et sa capacité à imposer des changements. Le président de la République l'a reconduit mais a désavoué plusieurs mesures symboliques de son action à Matignon. « Je garde le cap des réformes », affirme Raffarin avec force à la fin de son discours, prononcé sur un ton qui se voulait entraînant. L'accueil des siens fut poli. Et pourtant, il avait osé le mot qui fâche. Sans convaincre.
A peine le Premier ministre a-t-il rejoint le banc du gouvernement, que les critiques fusent, andante en public, pianissimo en coulisse. Les réformistes n'ont pas été rassurés par les serments volontaristes d'un chef de gouvernement dos au mur. Coanimateur du groupe des députés réformateurs, l'UMP Hervé Novelli dresse un constat globalement négatif : « Rien de neuf dans ce discours. C'était un catalogue. Il manquait un fil conducteur à une politique. Raffarin n'a rien dit de précis sur l'assurance-maladie. Il essaie de concilier tout et son contraire, la redistribution et la croissance. C'est une impossible synthèse. Il a provoqué un grand scepticisme chez les parlementaires. Nous, on va continuer à réclamer que l'on favorise la croissance... »
C'est tout l'enjeu des trois prochaînes années. La droite va-t-elle renoncer à moderniser le pays parce qu'une marée rose a submergé les derniers scrutins ? Va-t-elle céder à la facilité ou à la peur d'un « troisième tour » qui aurait lieu dans la rue ? Dès les résultats électoraux connus, les libéraux ont senti le danger. Jacques Chirac, en s'exprimant à la télévision le 1er avril, a confirmé leurs craintes. Le Président semblait éloigner les réformes de l'horizon de la majorité. La réaction est sévère chez tous ceux qui, à droite, piaffent depuis deux ans. La débâcle des régionales, selon ces réformateurs frustrés, vient davantage d'une colère du peuple de droite devant l'inaction de « Raffarin II » que d'un excès d'initiative « libérant les énergies ». Du coup, selon eux, baisser les bras serait une erreur de fond. « Il faut s'attaquer plus fermement aux freins qui empêchent un changement d'état d'esprit de s'opérer en France », plaident les députés réformateurs qui réclament davantage de détermination. A leurs yeux, rien ne serait pire qu'un « virage social » qui emporterait avec lui toute ambition libérale.
Le nouveau patron de Bercy s'affiche en effet comme un partisan déclaré des réformes. Il les engagera dans toute la mesure du possible, en essayant de ne pas se faire piéger par les avocats de la fameuse « dimension sociale » qu'il faudrait donner à toute action. Il pratiquera donc le libéralisme à sa façon, en prenant soin de brouiller les lignes entre droite et gauche. Il ne veut pas être ressenti comme «l'homme du Medef», d'autant que Seillière l'a qualifié l'autre matin sur RTL de... «Zidane des finances ». Il ne veut pas non plus se sentir prison-nier de la prudence de l'Elysée. Il a prévenu Jacques Chirac : il est prêt à prendre tous les risques, à condition d'avoir sa liberté de manoeuvre. Décidée à son retour d'Irlande, où il a rencontré ses nouveaux homologues européens, son intervention dès le 8 avril au 20 heures de TF1 consiste à expliquer aux Français son souhait d'incarner à Bercy un ministère de la « sécurité économique », après avoir dirigé celui de la sécurité intérieure. En diminuant la dette de l'État tout en débloquant l'épargne des consommateurs. En n'augmentant pas les impôts, mais en faisant des économies. En insufflant son énergie à une croissance molle qu'il espère améliorer d'un demi-point par la seule force du verbe. «Je suis persuadé que la France ne refuse pas le changement », répète-t-il. Les travaux pratiques l'attendent. Les libéraux aussi.
Une occasion se présente de défier le conformisme et les peurs. Les réformateurs, qu'ils soient au gouvernement, au Parlement ou dans les entreprises, sauront-ils convaincre Jacques Chirac de sur-monter ses réticences à bousculer le «cher et vieux pays » ? S'ils y par-venaient, alors que les comptes sont dans le rouge cramoisi, les électeurs à cran et le ministre des Finances pas vraiment en cour, ce serait une ruse de l'Histoire.
La politique a vieilli. Peut-être même est-elle morte. Lors des scrutins régionaux des 21 et 28 mars, les Français ont persisté et signé. Ils ne croient plus en leurs dernières idoles. Dans les urnes, les électeurs dérobent désormais aux uns des parcelles de pouvoir qu'ils lèguent à d'autres. Ce bégaiement démocratique consacre le parti de la sanction, devenu le premier parti sans étiquette de France. Cela fait plus de vingt ans que les majorités sortantes ne sont pas reconduites et chaque élection entérine le principe de la prime à l'opposant. Plus personne ne sort vainqueur des suffrages. Sur le ring électoral, les victoires s'attribuent aux points mais la poli-tique, elle, chancelle K.-O. debout. Cependant que gauche et droite se repassent tour à tour la débâcle, les électeurs ressassent leur désarroi. La politique en France serait-elle à ce point devenue un art impossible ?
La première erreur d'interprétation du scrutin régional consisterait à croire que la débâcle de la droite est celle des idées libérales. Les néosocialistes de la rue de Solferino affirment ainsi que le gouvernement aurait été châtié pour avoir osé des réformes libérales ; que le scrutin du 28 mars le sommerait de prendre un virage social. Le président de la République n'est pas en reste, dont les déclarations d'après scrutin augurent des reculades pour acheter la paix sociale. C'est oublier que, malgré sa bonne volonté, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin s'est moins fait remarquer par des réformes franches que par des ébauches et des hésitations. Est-il alors sérieux de prétendre que Jean-Pierre Raffarin est puni pour des réformes qu'il n'a pas faites, ou si peu ?
«A évoquer la réforme sans l'engager, on mécontente ceux qui la craignent en décevant ceux qui l'espèrent. » La classe politique en général et la droite en particulier seraient inspirées de méditer cette maxime électorale. Cette règle d'or en politique est pourtant bien connue : d'abord ne pas décevoir son électorat, ensuite tenter de l'élargir. Contre toute attente, le président de la République a fait le pari inverse, en se montrant clément à l'égard de ceux que l'on croyait être ses opposants et en décevant son propre camp. En refusant d'abolir les 35 heures qui s'avèrent pourtant chaque jour un fardeau plus pesant pour la compétitivité de notre économie. En réservant un bon accueil aux revendications les plus irrationnelles des altermondialistes. En reportant chaque jour l'instauration d'un service mini-mum dans les transports publics, pourtant l'une de ses promesses électorales. Le résultat est que personne ne se satisfait de ce jeu de dupes et que tout le monde trouve à redire. Inutile et incertaine gouvernance. A force de vouloir ménager la chèvre et le chou, on ne ménage que soi-même. Autre proverbe.
Au vrai, la principale erreur du gouverne-ment hit d'avoir trop tardé dans les réformes. D'avoir trop cédé aux imprécations de l'op-position et aux menaces des forces braquées du statu quo. Un sondage CSA, réalisé le 28 mars après l'annonce des résultats, invalide d'ailleurs totalement l'idée selon laquelle le gouvernement aurait été puni d'avoir trop réformé. Si 42 % des Français souhaitent l'abandon des réformes engagées, 45 % souhaitent au contraire leur poursuite, voire une franche accélération des réformes ! Mais pour l'heure, ce gouvernement n'a pas convaincu, initiant certaines réformes sans les parachever, en reportant d'autres. La réforme des retraites par exemple, qui a donné aux syndicats l'occasion de paralyser le pays pendant deux mois, reste d'un trop maigre contenu. Le simple recul de l'âge de départ à la retraite ne suffit pas. Presque rien n'a été fait pour réparer les inégalités entre le secteur public et le secteur privé ou abroger les nombreux privilèges de la fonction publique.
II faut aller au secours des réformes
Les cent jours accordés à Raffarin par Jacques Chirac surviennent donc deux ans trop tard. Deux années qui s'ajoutent à tant d'autres : cela finit par faire une génération sacrifiée. Espérons que le Premier ministre saura braver l'impopularité. Car n'en déplaise aux opposants systématiques, nécessité fait loi en fait de réformes. Tony Blair, José Maria Aznar et Gerhard Schröder n'ont-ils pas eu le courage de déplaire pour mieux moderniser leur pays ? Tony Blair affirmait récemment que « faiblir dans notre mission de réforme, ce serait trahir les succès passés et trahir nos valeurs. La réforme est le plus sûr chemin vers la justice sociale ».
Ces mêmes alliés européens que nous aimons tant critiquer doivent s'interroger sur cette étrange passion française pour l'autoflagellation, qui n'a d'égale que son arrogance sur la scène internationale. La vérité est que, debout sur la scène extérieure, la France est un pays couché et malade sur la scène intérieure. La France n'est pas en bonne forme économique pour des raisons structurelles que tout le monde connaît. Le taux de croissance moyen de la France dans les dix dernières années a été nettement plus faible que chez la plupart de ses partenaires : 1,8 % de 1992 à 2002 contre 3,5 % aux Etats-Unis, 2,7 % en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. En termes de niveau de vie, la France ne se retrouve en 2003 qu'au 12e rang européen au lieu du 3e rang en 1990. Quant à notre dette publique, elle n'a cessé de s'accroître, même en période de forte croissance, pour s'élever en 2003 à près de 1 000 milliards d'euros (63 % du PIB). Et nulle fatalité pourtant puisque là oli nous avons échoué, nombre de nos voisins européens ont fait mieux que nous.
Une politique sociale opium du peuple ?
La deuxième erreur d'interprétation serait de souscrire au credo angélique du tout «social» qui s'élève ces derniers temps comme un ultime recours incantatoire. Il n'est pas un jour sans que l'on entende parler de progrès social, de cohésion sociale, de justice sociale. Au terme grève s'est même sournoisement substitué celui de mouvement social, appel édulcoré à la lutte des classes.
Nous aspirons à la justice sociale et c'est pourquoi nous refusons les simples litanies. La vérité est qu'il n'y aura pas de véritable pro-grès social en France tant qu'il n'y aura pas d'enrichissement de la nation. La prospérité économique est le prérequis indispensable à la justice sociale. On ne redistribue pas ce que l'on ne possède pas, sauf à mettre en péril le sort des générations fritures. Un système social non financé et donc sans richesses n'est voué qu'à entraîner toujours plus de paupérisation et de mal-être. Au final, c'est l'espérance d'une société plus juste, plus humaine, que l'on sacrifie en achetant une éphémère paix sociale.
La France doit se donner les moyens économiques d'être solidaire pour porter le pro-grès social au plus grand nombre. En promouvant la richesse et en prodiguant les libertés. Ce n'est pas en se réfugiant dans une société d'assistance que notre pays portera durablement secours et bien-être aux plus démunis. L'égalité et la justice sont de vains mots pour qui n'accepte pas d'en payer le prix, ici et maintenant.
A cet égard, la politique sociale érigée en dogme unique est l'opium du peuple. Il n'y a pas d'espérance politique sans prime efficacité du politique. Seule la réforme aujourd'hui est cet art du possible. Les générations futures payent depuis trop longtemps les pots cassés d'un refus irrationnel de réformer.
Moins d'intervention de l'État, moins de réglementations et moins de prélèvements. En un mot, moins de contraintes. Voilà le désir partagé par grand nombre de Français. Libérer la France du poids de son État qui excède plus de 50 % de son PIB et mobilise près de 25 % de ses actifs. Seules des réformes structurelles nous donneront les moyens d'être véritablement sociaux. A commencer par celle de l'assurance-maladie, bientôt en cessation de paiements.
Dans les mois qui viennent, le gouverne-ment et l'opposition courent le risque de brasser beaucoup d'énergie à tenter de se neutraliser. Ce jeu de rôle contre-productif a d'ores et déjà lassé. Pour avancer, le gouvernement n'aura ni la partie facile ni les coudées franches. Dans ce contexte, une troisième force existe en dehors du jeu des syndicats et des politiques : la société civile pour les réformes. Elle ras-semble tous les individus soucieux de l'avenir et conscients qu'il commence aujourd'hui par un changement de cap.
Notre association, Liberté chérie, appelle à la mobilisation tous ceux qui sont prêts à encourager et à soutenir les réformes. Nous ne voulons plus subir les grands mouvements sociaux s'ils cachent de simples intérêts de clans. Le chantage a passé. Les usagers ne supporteront plus les semaines sociales « chargées » avec leur cohorte injuste de tracas et de perturbations. L'opinion réformatrice saura discerner les revendications légitimes des uns et les simples réflexes corporatistes des autres. Elle n'admettra plus qu'au nom de la « justice sociale » le plus grand nombre fasse les frais d'agissements irresponsables et asociaux.
Si la politique a vieilli, la société civile reste porteuse d'espoir. Une nouvelle génération ne croit ni au déclin irréversible ni au destin imaginaire. En fait de politique, elle veut croire à ce qu'il est permis d'espérer, à ce qui est efficace, responsable et porteur de liberté. Le rêve et l'utopie viennent assez tôt si on les a mérités. Pour l'heure, la prospérité durable et le progrès social sont dans le camp des réformes libérales.
* Ce point de vue est cosigné par Gonzague Basset-Chercot, Édouard Fillias, Sabine Herold, Maxime Rollin, Stéphane Roudaut (http://www.liberte-cherie.com).
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