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SNCF : la plus grande catastrophe (ferroviaire) du monde ?
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SNCF : la plus grande catastrophe (ferroviaire) du monde ?

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SNCF : la plus grande catastrophe (ferroviaire) du monde ?

par Jean-Pierre Chevallier, le 24/06/05

La SNCF est une entreprise et comme son nom l'indique : c'est la Société Nationale des Chemins de fer Français, qui publie ses comptes comme toutes les entreprises. Elle affiche un bénéfice net de 401 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 22 milliards d'euros en 2004, mais ces chiffres ne donnent pas une image fidèle de la réalité car les bénéfices publiés s'expliquent par un résultat exceptionnel de 196 millions d'euros et surtout une bonne dizaine de milliards d'euros de... subventions ! (de l'Etat et d'administrations territoriales) qui devraient figurer sur une ligne spécifique en dehors du chiffre d'affaires (qui ne devrait totaliser que le seul produit des ventes effectivement payées par les clients).


Pire : les dettes à long terme de 18 milliards d'euros devraient être majorées de plus de 8 milliards d'euros de dettes transférées à l'Etat (SAAD) et d'une bonne partie de la dizaine de milliards d'euros de dettes d'exploitation dont la réalité n'est pas vraisemblable (elles camouflent manifestement des dettes à long terme). En outre, les capitaux propres de l'ordre de 3 milliards d'euros n'intègrent pas 7 milliards d'euros de provisions pour les charges de retraite. La situation nette est donc négative en réalité de 4 milliards d'euros avec des pertes récurrentes d'une bonne dizaine de milliards d'euros.


Les dirigeants de la SNCF cherchent à tromper le public en présentant des comptes qui ne correspondent pas à la réalité. La SNCF devrait donc être déclarée en faillite frauduleuse (puisqu'il y a tromperie sur les comptes).


La situation du transport ferroviaire en France s'aggrave encore quand on prend en considération les 28 milliards d'euros de dettes à long terme de RFF (Réseau ferré de France) qui ne dispose que d'un à 2 milliards d'euros de capitaux propres ! RFF est d'ailleurs la seule entreprise du monde dont les charges financières, qui se montent à près de 2 milliards d'euros, sont presque égales à son chiffre d'affaires !


Etats-Unis


Aux Etats-Unis, des sociétés cotées en bourse font des bénéfices en transportant des marchandises par chemins de fer. Les quatre plus grandes, Norfolk Southern, Burlington Northern, Union Pacific, et CSX font globalement plus de $ 2 milliards de bénéfices pour un chiffre d'affaires de $ 39 milliards. Leur rentabilité nette (6,8 %) est du même ordre que celle des autres entreprises américaines et elles alimentent les caisses de l'Etat en versant plus d'un milliard de dollars d'impôts sur les sociétés.


***


En 2004, 229 877 personnes travaillaient à la SNCF avec une productivité très faible car chaque salarié ne générait en moyenne que 95 960 euros de chiffre d'affaires alors que la norme est de 150 000 euros.
En appliquant à la SNCF les ratios habituels, il apparaît un sureffectif de 90 000 emplois. Par ailleurs, les conditions de travail sont très favorable aux cheminots puisque le salaire moyen brut mensuel de 2 660 euros est nettement supérieur au salaire brut médian en France (2 000 euros environ en 2003).


***


Une bonne dizaine de milliards d'euros sont engloutis en pures pertes chaque année dans le transport ferroviaire qui a accumulé au fil des années une soixantaine de milliards d'euros de dettes ! qui sont comblées par des impôts, ce qui diminue d'autant le pouvoir d'achat des ménages, les ressources des entreprises et la
croissance du PIB. C'est aussi de l'argent non gagné qui est distribué massivement à plus de 200 000 personnes, ce qui alimente l'augmentation de l'agrégat monétaire M1 et donc l'inflation.


Les Français sont curieusement majoritairement persuadés que la SNCF est unservice public qui constituerait un modèle social que le monde entier nous envierait alors qu'il s'agit là d'un échec monumental hérité du socialisme de type soviétique marxiste.


Economie des transports


Les Français se posent des questions : quel est le meilleur moyen de transport ? faut-il construire de nouvelles lignes TGV ? creuser un nouveau tunnel entre la France et l'Italie ? où ? développer le ferroroutage ? etc, etc, et multiplient les réunions, les débats, etc, etc.


Les Américains résolvent ces problèmes par la vieille bonne main invisible des marchés : des sociétés de transport de marchandises par rail sont en concurrence entre elles, avec celles du Canada et avec celles qui utilisent la route et la voie d'eau. Chaque client choisit librement la solution qui est la plus rentable pour lui, c'est aussi celle qui
est la plus avantageuse pour l'ensemble des Américains et l'économie des Etats-Unis.


Le rôle de l'Etat dans les transports se limite à anticiper les besoins en infrastructure en faisant des analyses coûts-avantages de façon à déterminer les meilleures solutions pour que les marchés du transport fonctionnent dans les meilleures conditions possibles. L'optimum économique est ainsi atteint au bénéfice de tout le monde.


Le transport des voyageurs n'est pas rentable par le train. Pour les courtes distances, la voiture est plus avantageuse, et c'est l'avion pour les longues distances.


***


en millions US$

Norfolk

Burlington

Union Pac.

CSX

Totaux

SNCF

2004

 

 

Millions d'euros

Chiffre d'affaires

7 312

10 946

12 655

8 020

38 933

22 059

Rés. opérationnel

1 702

1 686

1 295

1000

5 683

647

Impôt / bénéfices

379

482

252

219

1 332

25

Résultat net

923

791

604

339

2 657

401

Dettes long terme

6 863

6 051

7 981

6 234

27 129

18 032

Capitaux propres

7 990

9 311

12 655

6 811

36 767

3 220

Ratios en %

Rés opération / CA

23,3

15,4

10,2

12,5

14,6

2,9

Résultat net / CA

12,6

7,2

4,8

4,2

6,8

1,8

Gearing

85,9

65,0

63,1

91,5

73,8

560,0

ROE

11,6

8,5

4,8

5,0

7,2

12,5

ROCE

11,5

11,0

6,3

7,7

8,9

3,0


Deux compagnies canadiennes ont une forte activité aux Etats-Unis : Canadian Pacific Railway et Canadian National Railway.


Le gearing est le ratio des dettes à long terme sur les capitaux propres Un gearing supérieur à 50 % est hors norme, et suicidaire au dessus de 100 %...


ROE : Return On Equity. C'est le ratio du résultat net sur les capitaux propres. Il apparaît anormalement élevé pour la SNCF car les capitaux propres sont très faibles.


ROCE : ReturnOnCapital Employed. C'est le ratio du résultat opérationnel sur les capitaux permanents (capitaux propres plus dettes à long terme) qui est ici plus significatif que le ROE. Le transport ferroviaire peut avoir une rentabilité opérationnelle élevée (supérieure à la norme de 10 %) mais il est très gourmand en capital.


Les dettes à long terme de RFF de 28,631 milliards d'euros et celles de la SAAD (Service Annexe d'Amortissement de la Dette) de 8,359 milliards d'euros devraient être intégrées à celles de la SNCF qui sont donc en réalité au minimum de... 55,022 milliards d'euros !


Le salaire brut moyen de la SNCF est calculé à partir des charges de personnel 9,779 milliards d'euros sur un effectif de 229 877 affecté d'un coefficient multiplicateur de 0,75 correspondant aux charges dites patronales.


Le chiffre d'affaires du seul fret ferroviaire de la SNCF est de 6,393 milliards d'euros. Le transport de marchandises par train est donc proportionnellement plus important aux Etats-Unis qu'en France.


Jean-Pierre Chevallier est Professeur d'économie à l'Université de Nice