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Conseil de lecture au gouvernement pour réduire le chômage

par Jacques de Guenin, le 24/06/05
Note du Président: cet article date de 1993, d'où certains chiffres encore en Franc et quelques statistiques à actualiser. Néanmoins, bien que de 1993, cet article n'a peut être jamais été autant d'actualité. Preuve s'il en est que les gouvernements successifs n'ont pas "tout essayé". Dominique De Villepin devrait s'en inspirer pour réformer la France.

Il n'y a qu'une seule catégorie d'acteurs économiques susceptibles de créer des emplois : les "entreprenants". Or tout est fait, en France, pour les humilier et les décourager. Il est grand temps de renverser la tendance.


Si l'on veut avoir la moindre chance de résoudre le problème du chômage, il faut d'abord se demander qui crée les emplois, puis leur faciliter la vie. C'est exactement le contraire qui se passe. Il n'est donc pas étonnant que le chômage continue à augmenter.

A priori, il n'y a que deux sources d'emplois: l'Etat et les entreprises. Mais l'Etat ne peut jamais être créateur net d'emplois, et les grandes entreprises ne peuvent plus l'être aujourd'hui. Les seuls créateurs possibles d'emploi sont donc les responsables des moyennes et petites entreprises, y compris les membres des professions libérales, les commerçants, les artisans, et les exploitants agricoles. Ceux que nous appellerons les "entreprenants".

L'Etat ne peut pas être créateur net d'emplois

Dans un écrit lumineux et périodiquement réédité...aux Etats-Unis, le grand économiste landais Frédéric Bastiat a démontré que si l'Etat créait cent emplois quelque part, il en détruisait toujours un peu plus de cent quelque part ailleurs dans l'Economie: ceux qui étaient alimentés avec l'argent prélevé pour payer les premiers, et ceux qui étaient alimentés avec l'argent dépensé pour effectuer les transferts. L'encadré ci-dessous est extrait de cet écrit.

"L'Etat ouvre un chemin, bâtit un palais, redresse une rue, perce un canal; par là il donne du travail à certains ouvriers, c'est ce qu'on voit; mais il prive de travail certains autres ouvriers, c'est ce qu'on ne voit pas.

Voilà la route en cours d'exécution. Mille ouvriers arrivent tous les matins, se retirent tous les soirs, emportent leur salaire, cela est certain. Si la route n'eût pas été décrétée, si les fonds n'eussent pas été votés, ces braves gens n'eussent rencontré là ni ce travail ni ce salaire; cela est certain encore.

Mais est-ce tout? L'opération dans son ensemble, n'embrasse-t-elle pas autre chose? Au moment où le président prononce les paroles sacramentelles "L'Assemblée a adopté", les millions descendent-ils miraculeusement sur un rayon de lune dans les coffres du ministère des travaux publics? Pour que l'évolution, comme on dit, soit complète, ne faut-il pas que l'Etat organise la recette aussi bien que la dépense? qu'il mette ses percepteurs en campagne et ses contribuables à contribution?

Etudiez donc la question dans ses deux éléments. Tout en constatant la destination que l'Etat donne aux millions votés, ne négligez pas de constater aussi la destination que les contribuables auraient donnée - et ne peuvent plus donner - à ces mêmes millions. Alors vous comprendrez qu'une entreprise publique est une médaille à deux revers. Sur l'une figure un ouvrier occupé, avec cette devise: "ce qu'on voit"; sur l'autre, un ouvrier inoccupé avec cette devise: "ce qu'on ne voit pas".


L'expérience le confirme : de 1976 à 1990, le nombre de fonctionnaires et d'agents des collectivités locales est passé de 3 500 000 à 4 170 000. Pendant ce même temps, le nombre de chômeurs officiels s'est accru de plus de deux millions! Le nombre de fonctionnaires pour cent actifs est chez nous de 25%, alors qu'il est de 18% aux Etats-Unis et de 8% au Japon. Or les taux de chômage dans ces trois pays sont respectivement de 11%, de 6%, et de 3%!

Les grandes entreprises ne peuvent plus créer d'emplois.

Les grandes entreprises ont été créatrices d'emplois dans les périodes où s'est développée la consommation de masse des biens durables qui équipent nos foyers (voitures, réfrigérateurs, etc.). Mais aujourd'hui les foyers sont équipés, et ces entreprises ne travaillent que pour le renouvellement. Leur volume de production varie peu d'une année sur l'autre. Or en tant que consommateurs, nous désirons tous que les prix de ces biens diminue, et la concurrence se charge de relayer nos désirs. Nous poussons donc ces entreprises à être de plus en plus efficaces. Et comme leur volume varie peu, cela veut dire qu'elles doivent travailler avec de moins en moins de monde. Ainsi, depuis 1982, les entreprises françaises de plus de 500 salariés ont perdu au total 22% de leurs effectifs!

Seule la petite entreprise est capable de s'adapter rapidement à l'évolution des besoins.

Il n'y a rien là d'anormal : c'est cette productivité croissante qui permet l'amélioration de nos niveaux de vie. Et en même temps que nos niveaux de vie augmentent, nous disposons de plus de ressources pour satisfaire d'autres besoins, par exemple la garde des enfants des mères qui travaillent... C'est ainsi que dans les pays où l'Etat n'entrave pas le marché, de nouvelles activités se créent, ou de petites entreprises se développent, pour satisfaire ces besoins.

Mais tout est fait, en France, pour décourager la création et l'essor des entreprises.

Pour en avoir la preuve, interrogez donc le peintre ou le menuisier qui vous a fait attendre plusieurs semaines parce qu'il a du travail par dessus la tête. Demandez lui donc pourquoi il n'embauche pas un compagnon. Vous aurez droit aux réponses les plus variées. Il y a celui qui vous dira qu'il a déjà fait l'expérience, mais que les rapports avec l'administration sont beaucoup trop compliqués et frustrants dès qu'on a un employé. Il n'a pas le temps d'y faire face.
Et comment ne pas le croire? Le code du travail et le code de la sécurité sociale ont plus de deux mille pages chacun! Comme ces codes s'accroissent de plusieurs dizaines de règlements nouveaux chaque année, ils sont devenus depuis longtemps illisibles et incohérents. Mais gare à vous si vous les ignorez.
Un autre vous dira qu'il préfère sa médiocrité actuelle, mais avec un carnet de commandes bien rempli, à un chiffre d'affaires plus élevé, mais avec le spectre des difficultés de se séparer d'un employé si les commandes faiblissent.
Un autre vous dira qu'il cherche un compagnon, mais qu'il n'en trouve pas : pour qu'il soit rentable, il ne faut pas qu'il coûte plus de 10 000 francs par mois. Or avec les charges et les coûts de toute nature, cela veut dire que le compagnon ne touchera en net que 4600 francs par mois. A ce prix là , il préfère rester chez lui et recevoir des indemnités de chômage, voire le RMI.
Et ceci n'est qu'une partie de la litanie que nous avons entendue nous-mêmes lorsque nous avons interrogé des entreprenants sur le tas lors d'une récente campagne électorale. Il y a aussi la fiscalité, qui revêt pour l'entreprise les formes les plus variées : taxe professionnelle, taxe sur les salaires, taxe foncière, droits d'enregistrement, taxe sur les véhicules, taxe d'apprentissage, impôt sur les bénéfices, etc.Chaque fois qu'une municipalité, un conseil général, un conseil régional, l'Etat, inventent de nouvelles dépenses, où vont-ils trouver les ressources, sinon en ponctionnant encore un peu plus, directement ou indirectement, les entreprenants?
Comment cette complexité, ce "harcèlement textuel", cette fiscalité, et le coût des prélèvements, ne décourageraient-ils pas le créateur potentiel d'entreprise, l'artisan qui voudrait prendre un compagnon, l'agriculteur qui voudrait prendre un ouvrier?
S'il y a encore des gens qui ont le courage de lancer des activités, c'est qu'heureusement ils ne sont pas conscients de ces obstacles. Malheureusement, quand ils les découvrent, c'est souvent parce que l'Etat les met en faillite.
Les faits, hélas, confirment pleinement l'analyse qui précède : depuis des années, il disparaît en France à peu près autant d'entreprises qu'il ne s'en crée. Et nous avons 11% de chômeurs. Aux Etats-Unis, pendant les années Reagan, grâce à la déréglementation, le nombre de petites entreprises à doublé, et le chômage est passé de 9% à 5%. Au Japon, où l'Etat fiche la paix aux entreprenants, le nombre de petites entreprises s'accroît de plus de cent mille par an! Et il n'y a pas de chômage.