Libert� Ch�rie
Libert� Ch�rie
Action ! Idées Medias
Ce que pense l'homme de la norme sur le liberalisme
Rechercher :
Recherche avancée
La f�d�rationMon comit�Tous les comit�sMon compteForum

Oui, le libéralisme est social

10 idées reçues, 10 réfutations sur le Libéralisme

Projet pour une révolution

Enchères sociales et « pouvoir d’achat »

Discours de Christophe Maillard le 27 octobre à Lyon

François Bayrou, le candidat social-démocrate

De la liberté politique chez Montesquieu, au rôle d'un gouvernement.

Non au protectionnisme ! Oui à la concurrence ! Oui à la baisse des prix !

"Il y a trop de lois liberticides dans ce pays!" - Intervention de Thierry Desjardins lors de l'AG

Analyse économique des manifestations étudiantes contre le CPE

Y a-t-il un libéral dans la salle ?

Conférence-débat de Liberté Chérie : Logique du libéralisme (compte rendu)

Procès, le
par Franz Kafka Le jour de son arrestation, K. ouvre la porte de sa chambre pour s'informer de son ...

Envoyer à un ami
Imprimer

Ce que pense l'homme de la norme sur le liberalisme

par Florence Guernalec, le 12/07/05
Extrait de l'essai "La norme" de Florence Guernalec.

Il aime tout et tout le monde sans nuance - excepté la guerre, l'argent, le pape, le Sida, Hitler, l'Amérique, les licenciements et le verglas sur les routes. Il se donne des airs « cool », ne dit jamais « je » mais « nous » : il croit sincèrement parler au nom de tous et a l'assurance de ceux qui s'imaginent avoir forcément raison. Touchez à un de ses cheveux et vous en ferez un martyr... Le militant altermondialiste est une espèce protégée. Tout le monde l'aime, personne n'ose le critiquer. C'est un saint ! Restait à lui trouver un ennemi crédible : le rôle du méchant a été attribué à l'unanimité au Libéralisme. Il lui aura suffit d'un slogan publicitaire - « Le monde n'est pas une marchandise » - pour rendre son cri audible. Aujourd'hui, nul besoin d'échafauder de grandes idées pour être pris au sérieux et faire l'ouverture du journal de 20 heures... Le Libéralisme sera donc « sauvage » ou ne sera pas. Et la société capitaliste sera soumise à la « Loi de la jungle » et à la « Loi du plus fort ». Dans Le « petit Libéralisme illustré » de la Norme, l'image du « renard libre dans le poulailler libre » charrie tous les fantasmes et les peurs des contes pour enfants : les proies faciles symbolisent ici les « honnêtes travailleurs » ; et les prédateurs, les capitalistes. Le prêt à penser de la Norme compile un ensemble de formules chocs, faciles à retenir et à emporter partout. A répéter sans réfléchir... Dans cette parodie de procès, ne manquent que les preuves et les éléments à charge. Mais pour l'« Homme de la Norme », l'affaire est entendue, inutile de se justifier : le Libéralisme traîne avec lui une odeur de soufre qui a pour noms, « plans sociaux », « chômage », « précarité », « sans abris », « injustices sociales »... Conspué et décrié de toute part, le Libéralisme est donc condamné à la peine capitale : dans les réquisitoires, les mots « nazisme » et « fascisme » sont employés comme des injures pour qualifier l' « horreur » attribuée au Libéralisme et à ses complices. Idéologie et démagogie sont les deux mamelles qui nourrissent les pages « Débats » des quotidiens et toute une littérature de gare toujours prompte à dénoncer les méfaits de la « bête immonde ».

Que savent ces maîtres à penser sur le Libéralisme ? Strictement rien. Ceux qui croient appartenir à l'élite de la France et qui se pressent sur tous les plateaux de télévision pour participer au lynchage, jouent aux économistes comme les enfants jouent au docteur... Parmi ceux qui font le plus de tapage médiatique et vendent le plus de livres, aucun n'a étudié les Sciences Economiques, ni même l'Histoire économique car au fond, aucun ne s'y intéresse vraiment, même entre la poire et le fromage. Aucune de ces « consciences » n'est capable de définir le mot « Libéralisme » encore moins d'en dessiner les contours. Au pays de l'ignorance, ils sont les rois. Et en tant que tel, ils règnent sans partage sur leurs sujets, l'Homme de la rue : ces personnalités médiatiques entretiennent le fantasme que ceux qui dirigent le monde, « veulent la peau » du peuple. Il aura donc suffit que ces maîtres à penser se présentent comme des esprits cultivés dotés d'une grande intelligence, pour que personne n'ose émettre de doutes sur la probité et la pertinence de leur discours.

Si la Norme s'intéressait réellement à l'Histoire, elle saurait que le Libéralisme n'est pas une idéologie : personne n'a inventé le « laisser faire » - ni la Bourgeoisie, ni des pseudo économistes à la solde des capitalistes. Lorsqu'il y a 3000 ans avant J-C, les Phéniciens quittaient les rives de Byblos pour vendre leurs marchandises en Méditerranée - déjà les prémices de la mondialisation - ils étaient sans le savoir des libéraux comme Monsieur Jourdain déclamait de la prose. Le Libéralisme s'est naturellement imposé comme LE mode de développement du commerce et des échanges. Autrement dit, le Libéralisme est aussi vieux que l'Economie car le Libéralisme, c'est l'Economie - et inversement. Au début de l'industrialisation au XVIIIe siècle, les penseurs commencent à s'intéresser aux pratiques et usages en cours dans le commerce : ils découvrent alors les « lois naturelles » de l'économie à savoir la libre-circulation des Hommes et des biens, le libre-échange des marchandises et la liberté des prix. Pour qu'il y ait transaction sur un marché, vendeurs et acheteurs doivent s'entendre sur le prix. Les premiers économistes mettent ainsi en évidence que le prix de vente d'une marchandise est déterminé par sa valeur d'échange (et non par sa valeur d'usage). Et ce prix évolue en fonction de la loi de l'offre et de la demande. Le revenu d'un individu et par extension la richesse des nations, proviennent donc de la vente de biens et de services. Par leur commerce, les entrepreneurs contribuent au développement économique de la société et au progrès car non seulement, ceux-ci retirent un salaire de leur activité mais ils enrichissent indirectement les différents agents économiques - ménages, entreprises, Etat - par leur consommation et les impôts prélevés sur leurs revenus.

La Norme se moque pas mal des « lois naturelles » de l'économie. Elle préfère s'enflammer pour des idéologies échafaudées par des esprits révoltés et utopiques. Les différents courants anti-libéraux qui fleurissent en France à partir de la fin du XVIIIe, remettent en cause la Révolution industrielle comme source de progrès. Les premiers Socialistes proposent de remplacer la société capitaliste par une « société harmonieuse » au service de tous qui supprimera la concurrence entre les producteurs et les rapports de force entre les classes sociales. Ainsi naît l'idée d'une économie planifiée, débarrassée de la propriété privée et de capitalistes accusés d'être à l'origine des inégalités sociales. Pour la Norme, l'économie doit être contrôlée et orientée par l'idéologie, et les libertés du commerce, restreintes.

En Russie, les Communistes mettent en oeuvre ce programme révolutionnaire en collectivisant les moyens de production. Le patronat est remplacé par une superstructure politique qui fixe les orientations et objectifs des entreprises sans consulter le peuple. Dans cette société planifiée, l'offre est donc totalement déconnectée de la demande : en clair, les producteurs ne tiennent pas compte des désirs des consommateurs et les prix ne sont pas fixés par le marché. Résultat la majeure partie des marchandises produites ne trouve pas acheteur. Sans ventes, l'argent nécessaire pour faire fonctionner les chaînes de production et payer les travailleurs, fait défaut. Et comme les entreprises sont en situation de monopole, elles ne sont pas incitées à fabriquer de nouveaux produits susceptibles d'intéresser les consommateurs, ni même à améliorer la qualité des biens qu'elles produisent. Enfin, les individus ne retirent aucun bénéfice personnel de leurs efforts : dans ce système, les ouvriers ne peuvent, en effet, espérer de meilleurs salaires et une amélioration de leur niveau de vie puisque les résultats financiers de leur usine comme ceux de l'ensemble de l'économie nationale, sont médiocres.Bref, l'idéologie socialiste « marche sur la tête » car elle défie toutes les « lois naturelles » de l'économie.

La Norme française ne retient pas les leçons de l'Histoire. Elle s'obstine à faire une lecture idéologique des événements au lieu d'examiner les faits : ainsi, les hommes politiques attribuent la crise économique des années 70 au Libéralisme qui fait une fois encore figure de coupable idéal. Or le ralentissement de la croissance ne provient pas de la dérégulation des marchés et de la mondialisation comme elle l'affirme mais du déclin du secteur industriel qui détruit désormais plus d'emplois qu'il n'en crée. La Norme oublie que pendant les trente glorieuses (1945-1975), le Libéralisme est synonyme de plein emploi, de progrès social et d'augmentation constante et significative du niveau de vie des ménages. Et pourtant, les hommes politiques français, Jacques Chirac compris, militent tous pour moins de Libéralisme et plus de sociale-démocratie. La version imaginée par Valery Giscard d'Estaing s'apparente à un cocktail exotique composé d'un tiers de Libéralisme, un tiers de Communisme et un tiers d'improvisation : en clair, le secteur privé est étroitement encadré par un Etat omnipotent qui pèse sur tous les rouages de la vie économique et sociale, et le barman Giscard jongle maladroitement avec les deux liqueurs. Cette politique marque l'apogée de l'Etat providence cher aux partis de la Norme qui vont se succéder aux affaires. Au final, le cocktail magique concocté par la Droite a un goût amère puisque la pression fiscale augmente lourdement, le chômage aussi. Et rien n'est fait pour favoriser l'émergence de nouveaux secteurs économiques créateurs d'emplois.

Mai 81 sonne l'heure de la « rupture avec le Capitalisme ». Après vingt-tois ans d'opposition, la Gauche a les mains libres pour mettre en œuvre la « troisième voie » (ni Libéralisme, ni Communisme) - il ne s'agit en réalité que d'une radicalisation de la politique sociale-démocrate de Giscard d'Estaing. Le nouveau pouvoir politique rejette l'économie de marché au profit d'un Etat entrepreneur : avec les nationalisations des banques et des principaux groupes industriels du pays, François Mitterrand entend ainsi contrôler l'économie libérale. Le gouvernement espère relancer la consommation et faire baisser le chômage en augmentant les dépenses publiques. La France allait ainsi passer des « ténèbres à la lumière » dixit Jack Lang. L'aventure tourne vite court car le bilan économique et social de cette politique socialo-communiste est désastreux : avec une inflation à deux chiffres, plusieurs dévaluations du Franc, un déficit public et commercial creusés, le pouvoir d'achat des français régresse, le chômage continue de grimper et la France voit apparaître les premiers Sans Domiciles Fixes (SDF). Un an après son arrivée triomphale au pouvoir, François Mitterrand est contraint de stopper net l'expérience de la « troisième voie » et de mettre en place une politique de rigueur pour combler les déficits. Les alternatives au Libéralisme meurent jeune...

En désaccord avec les nouvelles orientations de la Gauche, le Parti Communiste (PC) claque la porte du gouvernement au début des années 80. Le PC met ainsi fin à la collaboration entamée avec les Socialistes en 1972, avec la signature du « Programme commun ». Au sein de la Norme française, le Communisme jouit toujours du bénéfice du doute, en particulier chez les « mal comprenants ». Malgré la multiplication des témoignages sur la réalité du système, ses plus fervents supporters affirment même que l'URSS est un modèle de société. Officiellement, la vie des soviétiques est un long fleuve tranquille : le pays ne connaît pas le chômage, ni la pauvreté. Les conflits sociaux n'existent pas... Et pourtant, la Norme va se prendre une bonne claque dans la figure : l'histoire commence comme un mauvais jeu de rôles - un pays est partagé en deux, la partie située à l'Ouest est libérale ; celle située à l'Est, communiste. Après quarante ans de ce jeu de massacre, les « joueurs » constatent que l'économie de l'Ouest s'est développée tandis que celle de l'Est restait bloquée au moment où le « jeu » a débuté : le tissu industriel de l'Ouest s'est modernisé et le pouvoir d'achat de ses habitants a augmenté tandis que les conditions de vie de la population de l'Est ont stagné voire régressé au fil des ans... S'agit-il d'une mauvaise science-fiction ou d'un délire imaginé par les libéraux ? Ni l'un, ni l'autre. C'est en fait l'expérience qu'a vécue l'Allemagne de 1949 à 1989. Le mur du Berlin ne permet plus de cacher ce que les esprits libres et clairvoyants savaient déjà depuis longtemps : le Libéralisme, c'est la gestion de l'abondance ; le Communisme, la gestion de la pénurie. Mais pour la Norme française, l'expérience allemande comme toutes les autres vécues dans les pays de l'Est et le tiers-monde, ne prouve rien : selon elle, l'idéal socialiste a partout été dévoyé par une poignée de réactionnaires, rien ne permet de remettre en cause cette idéologie. En France, le Communisme demeure étrangement inattaquable...

Les années 80 auront provisoirement mis fin aux illusions des nouilles qui croyaient encore aux « lendemains qui chantent ». Partout où le Communisme a régné, il a échoué lamentablement. Partout où un gouvernement a mis en place une « troisième voie », il s'est pris les pieds dans le tapis : le PIB par habitant des pays libéraux comme les Etats-Unis est plus élevé et augmente plus vite que celui des pays sociaux-démocrates comme la France. Ce résultat n'est pas surprenant puisque les économies libérales enregistrent de meilleurs taux de croissance que les économies administrées, et un taux de chômage inférieur. Rattrapée de plein fouet par la réalité, la Norme française est contrainte d'adapter son discours à défaut de changer radicalement de politique, elle se livre alors à quelques contorsions intellectuelles censées lui éviter de « perdre la face » et de faire son mea culpa : la Norme persiste à condamner fermement le « Libéralisme sauvage » (ou ultra-libéralisme), et invente l'expression de « Libéralisme tempéré » (ou régulé) qui a ses faveurs mais qui ne s'affirme que du bout des lèvres et sur la pointe des pieds pour ne pas effrayer une partie de son électorat. Ainsi, après avoir dénoncé les terribles ravages causés par le Capitalisme, la Norme nous apprend sans crainte du ridicule, qu'il y a désormais un « bon » et un « mauvais » Libéralisme. La bonne blague peut se résumer par la formule du social-libéral Lionel Jospin : « oui à l'économie de marché, non à la société de marché ». Ces acrobaties de langage ne parviennent pas à cacher l'essentiel : par ce demi-aveu, la Norme donne entièrement raison aux adeptes du Libéralisme, même un idiot l'aurait compris. Et les travailleurs réalisent un peu tard qu'on les a trompés, que les manifestations et grèves qu'ils ont organisées contre le système capitaliste, n'ont servi à rien ! Le Libéralisme a gagné la partie sans même avoir eu besoin de se défendre : ses adversaires se sont disqualifiés tout seul.

Florence Guernalec.

La suite de cet extrait est accessible ici : http://www.crackersandco.com/lanorme/portraitnorme.htm