A l'appel de différents mouvements
tels que Stop la grève ou Liberté chérie, des milliers de Franciliens
(8 000 selon la police, et de 15 000 à 20 000 selon les organisateurs)
ont manifesté hier à Paris «contre les blocages» dans les transports en
commun et les universités. Aux cris de «Grévistes, égoïstes» ou
«Laissez-nous travailler», les manifestants ont affronté le froid pour
montrer la «majorité silencieuse», exaspérée par une «minorité de
grévistes». Les slogans s'élaboraient au fil de la marche.
Lorsqu'un riverain du boulevard Voltaire envoie des seaux d'eau sur les
manifestants, ces derniers le huent, l'insultent et s'accordent pour le
qualifier de «fainéant». Puis d'autres enchaînent : «Cheminots, au
boulot», «Les trains sur les rails, c'est le droit au travail» ou
encore «Fillon, tiens bon».
Jean-Claude, retraité, en a clairement « ras le bol de ces
privilégiés qui ne peuvent pas admettre qu'un régime [de retraite] qui
s'applique à tous ne s'applique pas à eux ». Frédéric, étudiant à
Nanterre, souhaiterait même que le gouvernement « rétablisse l'ordre
par la force », tandis que Pierre-Henri, étudiant à Dauphine, admet que
« le droit de grève est constitutionnel » et qu'« il ne faut pas monter
les Français les uns contre les autres ». Selon Hervé Lambel,
commerçant et vice-président de l'association Créateurs d'emplois et de
richesses de France (Cerf), « les grèves de 1995 ont détruit 10 000
entreprises. Je suis inquiet pour les très petites entreprises dont le
chiffre d'affaires baisse, mais pas les charges à payer. »
Avec les passants surpris par l'ampleur de la mobilisation, le
dialogue s'engage. «C'est l'anarchie, c'est plus possible», affirme un
militant d'Alternative libérale. Pas convaincue, une jeune fille trouve
«anormal que le gouvernement arrive en disant: "C'est ma dernière
proposition."»